Brusset au café du commerce

Surfant sur la vague de scepticisme qui émerge dans le secteur de l’agriculture biologique, Christophe Brusset publie Les Imposteurs du bio . Un livre dont on ne recommande pas la lecture

Déjà auteur de deux ouvrages parus chez le même éditeur, Vous êtes fous d’avaler ça ! en 2015, suivi de Et maintenant on mange quoi ? en 2018, Christophe Brusset se définit comme un « ardent détracteur de la malbouffe ». 

Inconnu dans les rangs des militants écologistes, Brusset, qui a écrit ses derniers livres en collaboration avec le directeur littéraire de Flammarion Éric Maitrot, n’a clairement aucune expertise dans le domaine agricole et la santé, comme en témoignent les quelques pages délirantes qu’il consacre au glyphosate, tout imprégnées de relents du mythe élise-lucetien des analyses d’urines contaminées. 

Un habit taillé sur mesure

Afin d’asseoir sa légitimité, l’auteur Brusset a endossé l’habit du « repenti ». Ainsi, il aurait été successivement trader dans l’agrobusiness, secrétaire général de groupes internationaux de l’agroalimentaire , ou encore concepteur de produits, ayant notamment « fabriqué de la confiture de fraise… sans fraises ». 

Sa longue carrière – vingt-cinq ans au service de l’agro-industrie – l’aurait ainsi amené à travailler pour « le plus gros importateur de miel en France ». L’occasion pour lui de découvrir « des laboratoires qui fabriquaient des sucres liquides auxquels on ajoute différentes teintes de colorants », acheté pour du miel premier prix, et vendu « à moins de 6 € le kilo au supermarché ». On aurait donc pu s’attendre à ce que, scandalisé par ce qu’il a observé, ce « lanceur d’alerte » fasse profiter de son expérience les services des fraudes afin de démonter ces filières illégales. Visiblement, il a préféré se lancer dans la coécriture – adoptant un style littéraire qui s’apparente à celui des livres pour ados – de livres à scandale. Avec un succès d’ailleurs certain, puisque son premier livre a été vendu à près de 100 000 exemplaires. À n’en pas douter, le créneau de la lutte contre la malbouffe est davantage rémunérateur que celui de la collaboration avec la DGCCRF…

Pour preuve de sa bonne foi, il invoque sa famille, où tout le monde serait « bio jusqu’au bout des ongles ». Et, bien entendu, le plus local possible ! « Mon épouse ne porte plus que des tee-shirts de coton bio et en a même acheté en bioplastique compostable. Mes filles ne jurent que par la cosmétique au minimum naturelle, et si possible bio, qui leur assure que les produits sont sains et n’ont jamais été testés sur les animaux », se félicite Brusset.

La vieille thèse du bon et du mauvais bio

Sans surprise, il met en œuvre la thèse du « bon bio » versus le « mauvais bio ». Le bon, c’est tout naturellement celui des AMAP et de Biocoop – la seule enseigne à bénéficier des éloges de l’auteur –, tandis que le mauvais serait celui promu par la FNSEA et vendu par ses anciens amis de l’agrobusiness, le bras armé du capitalisme libéral et de la mondialisation.

À lire aussi : Biocoop mis en cause par ses salariés

Bref, une thèse déjà largement développée par d’autres avant lui, bien mieux documentés, tel Frédéric Denhez, auteur du livre Le Bio, au risque de se perdre, paru en 2018 (Buchet-Chastel).

Cela étant, y a-t-il lieu de se réjouir de lire, sous la plume de Brusset, un réquisitoire contre les abus du bio et les multiples pratiques frauduleuses dont il fait l’objet ? Ce n’est assurément pas l’avis de François Veillerette. Car le patron de Générations Futures, quoique félicité dans l’ouvrage pour ses multiples actions contre l’agriculture conventionnelle, s’est déclaré « bien énervé » par l’interview qu’a accordée Brusset au journal de France Inter.

De même, Claude Aubert, cité lui aussi très positivement par Brusset, a émis à son sujet un jugement très sévère : « L’auteur fait partie de ces gens qui, prétendant défendre le bio, font tout pour le démolir, sous prétexte d’en dénoncer les dérives. » Le militant écolo, pionnier du bio, « ne voit pas l’intérêt de cet exercice, qui consiste à jeter le bébé avec l’eau du bain, sinon pour l’auteur dont le livre est déjà un best-seller ». Il n’a pas tort. Enfin, Jacques Caplat, autre figure incontournable de la galaxie bio, estime pour sa part que « pointer ces abus en ciblant sur la bio […], c’est carrément malhonnête car ça donne l’impression biaisée que la bio serait pire ». Et de conclure : « La “réception” de ce genre de discours est de dire : “Aah, je te l’avais bien dit, la bio c’est l’arnaque”. »

On ne peut que partager leur avis, d’autant que les dénonciations détaillées par le livre se résument à des propos d’une banalité digne du café du commerce, avec certes, ici et là, quelques références citées, mais généralement d’un intérêt très limité. Finalement, encore un livre que l’on pourra parfaitement laisser dormir chez son libraire…

Exit mobile version