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Polémique stérile autour de la certification HVE

Logo HVE haute valeur environnementale

Le 13 novembre, l’Assemblée nationale a adopté un dispositif qui permettra aux exploitations visant la certification HVE (haute valeur environnementale) de profiter d’un crédit d’impôt. Bien qu’il ait fait l’unanimité dans l’hémicycle, ce dispositif attire cependant les foudres d’une partie de l’écolosphère. Éclairage de Josselin Saint-Raymond, directeur de l’Association nationale pommes poires (ANPP)

Générations Futures, Alerte aux toxiques et la Confédération paysanne ont déployé leurs forces contre la certification HVE, qualifiée de « cheval de Troie du greenwashing ». Tout d’abord, de quoi s’agit-il exactement ?

Je crois qu’il ne faut pas se tromper entre les objectifs de quelques ONG, dont le fonds de commerce repose sur la destruction de l’agriculture non biologique, et la volonté des consommateurs et des citoyens qui souhaitent être justement informés sur la réalité des bonnes pratiques agricoles mises en œuvre par les producteurs qui les nourrissent au quotidien. C’est l’objectif de la haute valeur environnementale (HVE).

La mention HVE correspond au niveau le plus élevé – le niveau 3 – de la certification environnementale des exploitations agricoles. Celle-ci est issue des réflexions menées dans le cadre du Grenelle de l’environnement en 2007 et mises en œuvre depuis février 2012 par le ministère de l’Agriculture et la commission nationale de la certification environnementale (CNCE). Le pilotage opéré par ces deux instances garantit la sincérité des engagements, loin de tout greenwashing.

Le développement de cette certification a été timide au début. Les pionniers en ont été les vignerons indépendants et quelques caves coopératives, rapidement suivis par les arboriculteurs, habitués à la certification de leurs produits. Cette mention valorisante était une occasion unique de mesurer la performance agroécologique des bonnes pratiques agricoles mises en œuvre sur les exploitations.

C’est le choix que nous avons fait à l’ANPP. Le label « Vergers écoresponsables » a été la première démarche de filière reconnue au niveau 2 de la certification environnementale en 2013. En 2018, nous nous sommes donné l’objectif suivant : 50 % de Vergers écoresponsables sur une exploitation certifiée HVE en 2022 et 100 % en 2029. Nous étions à 19 % en 2019 et nous sommes en avance sur notre objectif, avec 37 % et 477 exploitations certifiées au 1er septembre 2020.

La mention « haute valeur environnementale » s’appuie sur des indicateurs mesurant la performance environnementale des exploitations sur quatre thématiques : la préservation de la biodiversité, la maîtrise de la stratégie phytosanitaire, la bonne gestion de la fertilisation et une irrigation économe en eau. Pour conserver la certification, les exploitations agricoles sont auditées au moins une fois tous les dix-huit mois par un organisme certificateur agréé par le ministère de l’Agriculture.

La haute valeur environnementale ne s’oppose pas du tout à l’agriculture biologique. Elle en est au contraire une précieuse alliée, parfaitement complémentaire

Le logo « issu d’une exploitation haute valeur environnementale » peut être apposé sur les produits bruts et transformés, s’il contiennent au moins 95 % de matières premières agricoles issues d’exploitations de HVE.

À l’échelle nationale, toutes productions confondues, 8 200 exploitations (chiffre en date du 1er juillet 2020) peuvent revendiquer la mention « haute valeur environnementale », preuve de leur engagement dans des pratiques plus respectueuses de l’environnement et de la biodiversité. Elles étaient 5400 il y a un an, ce qui représente une hausse d’environ 50 % et près de 370 000 ha de la surface agricole utile (SAU).

Pourquoi une telle mobilisation contre ce nouveau référentiel ?

Cette mobilisation repose sur une opposition stérile entre deux modèles agricoles, portée par certains militants de l’agriculture biologique. Ils pensent œuvrer à son développement commercial en l’opposant à l’agriculture conventionnelle. Cela arrange les distributeurs bio qui financent leurs actions. Mais c’est là une vision bien peu éclairée de l’avenir de l’agriculture française et européenne.

La haute valeur environnementale ne s’oppose pas du tout à l’agriculture biologique. Elle en est au contraire une précieuse alliée, parfaitement complémentaire. On peut légitimement imaginer qu’une exploitation engagée en agriculture biologique recherche la mention HVE pour démontrer la pertinence agroécologique de ses pratiques, qui reposent sur les obligations de moyens du cahier des charges AB.

L’élément déclencheur de ces attaques a été la volonté d’obtenir un crédit d’impôt pour les exploitations bénéficiant de la certification HVE. Ceux qui pensent que l’agriculture biologique doit être le seul levier de la transition agroécologique de la ferme France ont tout fait pour discréditer la HVE aux yeux des parlementaires. Mais mener cette stratégie, c’est opposer les modèles agricoles et les paysans entre eux et nier la qualité de l’agriculture conventionnelle française, qui assure plus de 90% de la production et l’alimentation quotidienne des Français et de tous nos clients à l’export.

Avec la HVE, nous avons l’opportunité unique de valoriser tous les engagements environnementaux, quel que soit le modèle, bio ou non. On s’attache à l’impact de la pratique plutôt qu’à la nature de cette dernière. C’est pourquoi les membres de l’association de développement de la HVE ont souhaité que ce crédit d’impôt HVE puisse se cumuler avec le crédit d’impôt en faveur de l’agriculture biologique. Cependant, je crains que les attaques se poursuivent, car ceux qui ont pensé le développement de la « bonne » agriculture en l’opposant à la « mauvaise » ne vont pas s’arrêter là.

Ce référentiel pourrait-il effectivement nuire aux partisans de l’agriculture biologique ?

En réalité, non. Mais comme le discours de certains partisans de l’agriculture biologique repose essentiellement sur la manipulation de la peur, une mention valorisante factuelle qui mesure l’efficacité agroécologique des pratiques agricoles peut en effet apparaître comme un obstacle à leur discours.

Je crains que les attaques se poursuivent, car ceux qui ont pensé le développement de la «bonne» agriculture en l’opposant à la «mauvaise» ne vont pas s’arrêter là

Cette crainte est renforcée par l’adhésion de plus en plus confirmée des distributeurs français. Je citerais en exemple Intermarché et Agromousquetaires. Ils ont compris avant les autres l’intérêt de la haute valeur environnementale, qui permet d’identifier, de manière transversale entre les rayons, les produits dont le mode de production est agroécologique. Et ils ont su le faire en restant à l’écoute des producteurs, à l’image de l’association entre le label Vergers écoresponsables et la mention HVE sur les pommes « Mon marché plaisir ». Et ils ne sont pas les seuls distributeurs à adopter cette stratégie.

En ce sens, les opposants à la HVE peuvent la percevoir comme un frein à la réussite de leur propagande, qui est plus anti-agriculture conventionnelle que pro-agriculture biologique.

Mais ce référentiel n’est-il pas de bas niveau, par rapport aux exigences d’autres labels, tel justement le label AB ?

Pas du tout ! L’accès à la HVE n’est pas facile, comme le démontrent les chiffres, puisqu’il nous reste près de 430 000 exploitations à convaincre ! Ce qui explique l’importance d’une valorisation financière grâce au crédit d’impôt, et également d’une valorisation par les consommateurs, afin de faire basculer un maximum d’exploitations. C’est notre intérêt à tous, du producteur jusqu’au distributeur, d’y arriver.

Pour conclure, j’inviterai tous les acteurs du monde agricole à s’emparer de la HVE. Ceux qui pensent que le modèle qu’ils défendent est supérieur en tous points aux autres auront ainsi l’occasion de le démontrer par cette mention valorisante, délivrée par un organisme indépendant, sous le contrôle de l’État.

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