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Apiculture : rappel à l’ordre de la DGAL sur des pratiques illégales

Mise en garde de la DGAL Les pratiques illégales dans l'apiculture

LA DGAL met enfin en garde la profession apicole contre ses pratiques illégales et l’usage de médicaments n’ayant pas reçu d’AMM. Un rappel qui déplaît à certaines associations apicoles.

Dans son « message ADAPI n°220 » daté de décembre 2020, l’Association pour le développement de l’apiculture provençale (ADAPI) se désole de ce qu’elle appelle « la marche funèbre des expérimentations sur Varroa ».

Les auteurs se font l’écho d’une note confidentielle signée par Jean-Bernard Garnier, président d’ADA France (la fédération nationale du réseau de développement apicole), présentant un rappel à l’ordre des autorités sanitaires sur l’interdiction d’usage des médicaments utilisés contre Varroa qui ne bénéficient pas d’une autorisation de mise sur le marché (AMM).

Des apiculteurs passibles d’une amende de 150 000 euros pour l’utilisation de médicaments ne disposant pas d’AMM

Ce délit est passible de sévères sanctions, dont la destruction des abeilles et des produits de la ruche, le tout assorti d’une amende pouvant s’élever, le cas échéant, jusqu’à 150 000 euros, comme le rappelle ADA France. L’utilisation de médicaments ne disposant pas d’AMM est pourtant pratiquée depuis longtemps par de nombreux apiculteurs.

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Pendant des années, ces méthodes ont même été encouragées par certaines associations apicoles, et tolérées par les organismes de certification, notamment Ecocert. C’est pourquoi il est très courant de retrouver dans les cires d’opercules des traces de produits acaricides interdits tels que du coumaphos, du chlorfenvinphos ou encore du propargite.

Lors d’une réunion apicole en date du 20 octobre 2020, des représentants d’ADA France, de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) et de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) ont enregistré l’existence de publications sur Internet expliquant aux apiculteurs comment fabriquer et ensuite utiliser des produits interdits en Europe. En ligne de mire, notamment, une publication de l’Itsap (Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation) concernant l’Aluen CAP, un médicament vétérinaire antivarroa commercialisé par la coopérative apicole argentine Pampero, qui est autorisé en Argentine mais ne dispose toujours pas d’AMM en Europe.

Certes, cette formulation à base d’acide oxalique auquel on a ajouté de la glycérine – donc un cocktail assez facile à fabriquer soi-même –, n’est pas sans intérêt, comme en témoignent les travaux de l’Itsap. Alors que l’action de l’acide oxalique, tel qu’appliqué actuellement par dégouttement ou sublimation, reste conditionnée à l’absence de couvain operculé dans la colonie, ce n’est pas le cas pour l’Aluen CAP, comme l’explique l’Itsap, qui a retiré de son blog une publication concernant ce produit suite à la mise en garde de la DGAL.

De même, certaines ADA ont fait la promotion de ces « lanières d’acide oxalique copiant l’Aluen CAP », déplore Luc Bastin, vétérinaire apicole, qui s’insurge contre le fait que des apiculteurs puissent ainsi jouer « à l’apprenti sorcier avec des recettes maison ou pâle copie de médicaments existant dans d’autre pays ». Et il note en guise d’avertissement : « Le jour où un organisme de consommateurs va mettre le doigt sur ces pratiques frauduleuses, cela va faire très mal pour la filière. »

La tentation des petites bouillies artisanales

On peut en effet s’interroger sur la pertinence de cette coutume des apiculteurs à concocter ces petites bouillies artisanales sans AMM, qui seront ensuite déversées dans les ruches au détriment de la santé des consommateurs, alors qu’il existe déjà sur le marché de nombreuses solutions de traitement antivarroa, dont plus d’une dizaine en AB. D’autant plus que, contrairement aux solutions homologuées, ces mélanges artisanaux mal dosés peuvent aussi se révéler fatals pour la ruche, comme nous l’a confirmé le fabricant d’une des solutions légales de lutte contre le varroa.

Préférant garder l’anonymat, il déplore que ce genre de pratiques crée en outre une concurrence déloyale entre les apiculteurs respectueux de la législation – consacrant donc un budget souvent non négligeable à la protection de leurs ruches – et ceux qui ne le sont pas. Ces derniers prennent au demeurant de sérieux risques pour leur santé, car le maniement inadéquat de l’acide oxalique peut provoquer des problèmes graves de type embolies et brûlures du larynx et des vacuoles pulmonaires, ou encore des brûlures cutanées. Un produit naturel certes, mais pas vraiment inoffensif !

La fin des expérimentations, vraiment ?

Mais ce rappel à l’ordre signe-t-il vraiment la fin des expérimentations sur Varroa, comme le clame l’ADAPI, qui se dit ainsi privée de la possibilité de diffuser « une information innovante et alternative sur les traitements contre Varroa » ?

La réponse est clairement négative. « Pour l’activité apicole comme pour toutes les autres activités agricoles, il existe un cadre légal pour mener des expérimentations permettant ensuite d’obtenir une AMM, qui reste la seule garantie pour avoir une solution adaptée avec des risques acceptables pour l’utilisateur comme pour le consommateur », rappelle Luc Bastin. Ce parcours n’a bien entendu rien à voir avec ces pratiques illégales encore trop courantes qui ont été mises en cause par la DGAL et la brigade vétérinaire. Ce rappel est d’autant plus important que l’apiculture compte un nombre d’amateurs, parfois mal informés, largement supérieur à celui des professionnels.

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