” Les NBT, ce ne sont pas des OGM” déclare Julien Denormandie

Tout comme le lobby du bio, le ministre de l’Agriculture tente de restreindre la définition des OGM. Des propos qui ont suscités une réaction de Greenpeace

Dans un entretien accordé le  7 janvier à nos confères de l’agence Agra-Presse au sujet des NBT (New Techniques  ou nouvelles techniques d’édition génomique), le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, affirme que « les NBT, ce ne sont pas des OGM ».

« Il faut que les NBT aient une réglementation conforme à ce qu’elles sont, et pas à ce à quoi on voudrait les associer », poursuit le ministre, en insistant sur le fait qu’aujourd’hui « le cadre juridique européen n’est plus compatible avec le cadre scientifique ».

Comme le note le ministre, la Commission européenne attend le rapport qui sera rendu en mai pour proposer, à la demande des États membres, une révision de la réglementation couvrant les NBT, soumise à la directive 2001/18 depuis l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 25 juillet 2018. 

Le ministre confirme ainsi les propos tenus à l’occasion de l’assemblée générale de l’UFS (Union française des semenciers) du 5 novembre dernier. Dans son allocution de clôture, Julien Denormandie s’était en effet déclaré « conscient des enjeux économiques liés à ces techniques » qu’il juge « extrêmement utiles », et avait exprimé son souhait d’en voir évoluer le cadre juridique.

La riposte de Greenpeace

Sans surprise, Greenpeace France a dénoncé les propos du ministre. Dans un communiqué en date du 13 janvier, la multinationale verte a ainsi qualifié la position de Julien Denormandie de « renoncement extrêmement dangereux face au lobby incessant des entreprises de l’agrochimie et des semenciers ». 

Elle lui reproche en particulier de « réduire la définition des OGM à la seule technique de la transgenèse », et par là même d’« adopter tous les éléments de langage du lobby pro-OGM ».  Par conséquent, Greenpeace réclame « que la France maintienne sa position historique d’opposition à tous les OGM, qu’ils soient nouveaux ou anciens ».

L’association Inf’OGM, administrée par des militants anti-OGM, au nombre desquels figurent des membres (ou ex-) de Greenpeace, est également montée au créneau. « Cette déclaration de  @J_Denormandie, ministre de l’Agriculture, nous laisse sans voix… », note l’association.

De l’importance de faire évoluer la directive

Si les deux associations n’ont pas entièrement tort, elles omettent de préciser qu’il n’y a pas que le ministre de l’Agriculture qui, en contradiction avec l’arrêt de la CJUE, tente de restreindre la définition juridique des OGM. C’est aussi le cas du lobby du bio, qui s’applique à dissimuler que de nombreuses variétés utilisées en agriculture biologique et issues de la mutagénèse ou de la fusion cellulaire sont, elles aussi, des OGM, évidence qui a pourtant été confirmée par le même arrêt de la CJUE, et que les dirigeants de Greenpeace ne sont pas censés ignorer.

Quelques précisions glissées dans la déclaration du ministre  lui auraient permis de couper court à ces piques empoisonnées. Ainsi aurait-il suffi de préciser que « tout comme de nombreuses variétés utilisées en bio », les NBT sont, selon la définition juridique de l’Union européenne, bel et bien des OGM. D’où l’urgence de faire évoluer le cadre européen, afin de marquer la différence entre les plantes « transgéniques », pour lesquelles la directive 2001/18 a en effet été rédigée il y a presque vingt ans, et tous les autres OGM. 

Il n’est d’ailleurs pas anodin de noter que, une fois le Brexit conclu, le gouvernement britannique a décidé de mettre en consultation des projets sur l’édition du génome, s’estimant désormais libre de prendre des décisions fondées « sur la science  » , puisque le pays de Sa Majesté n’a visiblement pas l’intention de se priver des NBT.

En réalité, tout autant que le lobby des OGM, celui du bio a intérêt à faire évoluer ladite directive. Cela éviterait notamment aux acteurs de la filière bio de continuer à tromper les consommateurs, qui restent persuadés que les denrées alimentaires en vente dans les rayons bio ne sont jamais des OGM, une croyance totalement erronée.

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