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Les nouveaux « chiens de garde » mobilisés contre le journaliste de M6 Mac Lesggy

M6 Mac Lesggy e=m6

Copie écran de l'émission e=M6

Signataires d’une tribune publiée dans Le Monde, une petite trentaine de personnes issues de la recherche s’érigent en police de la pensée afin de tenter de museler le journaliste Mac Lesggy

Dans son essai intitulé Les Chiens de garde, publié en 1932, Paul Nizan s’en prenait à certains philosophes de son époque qu’il considérait comme les « chiens de garde » de la bourgeoisie.

Quarante ans plus tard, le journaliste Serge Halimi reprenait la même critique dans Les Nouveaux Chiens de garde, ouvrage mettant cette fois en cause la caste des journalistes qui seraient, selon lui, au service du pouvoir politique et économique. « Se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s’est enfermé dans une classe et dans une caste », écrivait alors l’auteur.

Haro sur Mac Lesggy !

Aujourd’hui, les choses ont changé : la pensée dominante est devenue celle de l’écologie politique, qui a, à son tour, ses nouveaux « chiens de garde ». Et gare à ceux qui oseront défier le credo vert !

C’est le cas du journaliste scientifique Mac Lesggy, qui fait l’objet d’une campagne de dénigrement depuis qu’il a pris le parti de défendre l’agriculture française, le nucléaire et les OGM. Accusé, comme tous ceux qui partagent ce type d’opinions et le font savoir, d’être un « marchand de doute » et de « fabriquer de l’ignorance », il est la cible d’une tribune parue le 17 mars dans Le Monde sous le titre « La recherche publique doit se mobiliser pour se prémunir de l’instrumentalisation du doute scientifique ».

Signée par une petite trentaine de personnes issues du monde de la recherche – essentiellement des écologues, accompagnés de « politistes » et de sociologues –, la tribune en question postule que la science aurait prouvé la nécessité absolue d’une révolution écologiste radicale.

« Le nombre des résultats académiques récents mettent en évidence la nécessité de transitions radicales pour répondre à des défis environnementaux, énergétiques, agronomiques, sanitaires, sociaux et de bien-être animal pressants et interreliés », écrivent ses auteurs, dont la plume pourrait parfaitement avoir été tenue par Stéphane Foucart, journaliste du même quotidien, qui est à la fois l’ami de certains des signataires et l’un des journalistes actuels les plus acquis à la cause décroissante.

Les auteurs de cette tribune déplorent que « ces transitions se heurtent à de multiples résistances d’acteurs diversifiés, dont certains scientifiques ». Parmi ces résistances, ils pointent donc du doigt Mac Lesggy, en raison notamment d’un numéro récent de son émission «E = M6» consacré à l’agriculture.

Selon eux, cette émission serait condamnable car « de nombreuses omissions introduisent un biais sur les atouts et les limites des agricultures présentées », et ils précisent : « Ainsi, les pratiques agroécologiques (diversification des cultures et des paysages, rotations, intercultures, mélanges d’espèces, articulation culture-élevage, agroforesterie), dont la science a montré la pertinence pour répondre aux enjeux actuels, sont ignorées. La place excessive des productions animales n’est pas mentionnée. » Avant de délivrer leur sentence : « De telles approches, ne retenant que certaines dimensions, ne sont pas acceptables. »

Répondant à ces critiques, Mac Lesggy, aux commandes de l’émission « E = M6 » depuis trente ans, écrit : « Plutôt que de porter un regard expert, et éventuellement critique, sur la démarche de l’émission, (…) les auteurs s’attardent longuement sur ce qui devrait selon eux s’y trouver, et ne s’y trouve pas. » Et de conclure : « S’il appartient au monde scientifique, lorsque nous l’interrogeons sur une question précise, de nous apporter des réponses, il n’est pas du ressort du monde scientifique, ou de telle ou telle coterie au sein de celui-ci, de dicter aux journalistes leurs choix éditoriaux. »

Le « clan des purs »

De toute évidence, la défense de la science n’est en effet pas l’enjeu qui préoccupe les signataires, lesquels font preuve d’une discrétion étonnante concernant la vague d’irrationalité et de complotisme qui traverse notre société. La raison en est certainement que l’agriculture biodynamique, l’écolospiritualisme et les remèdes naturels « miracles » sont plutôt populaires chez les sympathisants de la cause écologiste.

L’objet véritable de la tribune est de dicter ce qui « acceptable » et ce qui ne l’est pas, en l’espèce : présenter l’agriculture autrement qu’à travers le prisme écologiste, le seul qui, à leurs yeux, n’est pas soumis à l’influence malfaisante des forces agro-industrielles. Un appel est ainsi lancé à la mobilisation des scientifiques de la recherche publique, ceux qui sont censés être « purs », contre « de possibles dévoiements de la littérature scientifique au service d’intérêts privés ».

L’ironie de ces propos saute aux yeux lorsque l’on découvre, parmi les signataires qui revendiquent « une science rigoureuse, exigeante, transparente », une personnalité telle que Pierre-Henri Gouyon, membre du conseil scientifique du CRIIGEN, l’association anti-OGM qui a reçu des financements de Léa Nature, Ekibio, Auchan et Carrefour.

On y débusque également d’autres responsables d’ONG écologistes, comme Isabelle Goldringer de Sciences Citoyennes ou encore Annie Thébaud-Mony, présidente de l’association Henri Pézerat. Et que dire de la présence du baron belge Olivier De Schutter, membre du comité d’organisation du Tribunal International Monsanto sponsorisé par Biocoop et candidat en troisième place sur la liste écolo pour les Européennes de 2019 ?

Sans parler de celle des militants d’Europe Écologie-Les Verts, comme par exemple Ève Fouilleux, Sylvaine Lemeilleur et Étienne-Pascal Journet… Bref, c’est l’hôpital qui se moque de la charité !

Sans surprise, Stéphane Foucart s’est empressé de faire un tweet sur la tribune, avec pour commentaire : « Une trentaine de chercheurs dénoncent la propagande déguisée en vulgarisation scientifique de l’émission E=M6 sur l’agriculture. » Tweet repris par de nombreuses personnalités de l’écolosphère comme François Veillerette, Corinne Lepage, Cyril Dion, des associations telles Combat Monsanto et Justice Pesticides, et les journalistes Marie Dupin, Tristan Waleckx ou Samuel Gontier.

Voilà donc, à l’œuvre, le « clan des purs » contre « la propagande déguisée »…

La contre-offensive

Toutefois, cette tribune ne mériterait pas que l’on s’y attarde si elle ne s’inscrivait pas dans ce qui apparaît comme une contre-offensive de ces nouveaux « chiens de garde » agrémentés à la sauce verte.

En effet, pendant des années, et sans jamais avoir à faire face à une quelconque résistance, les écologistes décroissants ont pu diffuser ad libitum leurs propos à l’encontre de l’agriculture conventionnelle, qui ont malheureusement souvent été repris sans recul par de nombreux médias. Si, pendant toute cette période, quelques voix – dont celle de l’auteur de cet article – se sont élevées pour défier les « agribasheurs », elles restaient fort isolées et n’avaient alors que très peu de chances de se faire entendre. Mais, avec l’arrivée des réseaux sociaux, la fin de la récréation a été sifflée.

Désormais, dès qu’une ineptie sur les pratiques agricoles, ou sur un tout autre sujet, est lâchée dans l’un des médias grand public, des agriculteurs, des scientifiques et des journalistes éclairés se manifestent pour démonter une argumentation fallacieuse ou des faits erronés… et cela au grand désespoir de l’écolosphère !

Refusant toute confrontation avec le monde réel, Foucart n’a rien trouvé de mieux que de restreindre l’accès à son compte Twitter à ses seuls sympathisants. Mais comme cela ne suffisait manifestement pas, une contre-offensive a été jugée indispensable. Celle-ci a été lancée en septembre 2020, avec la sortie du livre Les gardiens de la raison, rédigé par Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens (La Découverte).

À lire aussi : Au cœur de la pensée de Stéphane Foucart

Foucart le disait déjà en présentant le livre sur France Inter, et il tient depuis lors toujours le même discours : « À chaque fois que quelqu’un se réclame de LA science, parle au nom de la science, en défense de la science, de l’esprit critique, du rationalisme, etc., c’est à peu près systématiquement pour défendre des intérêts industriels. »

Dans leur ouvrage, les auteurs fustigent les multiples internautes qui interviennent afin de rectifier les erreurs des militants écolo décroissants en ces termes: « Les amateurs de science ont été convertis en relais zélés et bénévoles de messages essentiellement politiques, manipulés pour propager le contenu dégriffé des industriels du toxique. » La stratégie adoptée par le trio est d’ailleurs digne des bonnes méthodes staliniennes : refusant le débat, comme le déplore Thibault Prévost dans un article consacré au livre , ceux-ci préfèrent disqualifier leurs adversaires – journaliste, professionnel, scientifique ou simple citoyen – au motif qu’ils seraient « à peu près systématiquement » du côté maléfique des intérêts industriels. Et cela, en leur apposant désormais l’étiquette infâmante de « gardiens de la raison ». L’appellation a ensuite été recyclée à volonté par ces nouveaux « chiens de garde ».

L’objet véritable de la tribune est de dicter ce qui « acceptable » et ce qui ne l’est pas, en l’espèce: présenter l’agriculture autrement qu’à travers le prisme écologiste

À la sortie du livre – qui fait aujourd’hui figure de « bible » au sein de l’écolosphère – a fait suite quelques mois plus tard, le 23 février 2021 pour être précis, la diffusion sur Arte d’un film intitulé La fabrique de l’ignorance, disponible en replay sur Arte.tv jusqu’au 23 avril. Réalisé par le philosophe des sciences Franck Cuvelier, il a été écrit en collaboration avec… Stéphane Foucart. Consultant pour la société ZED qui a produit le film, Foucart intervient tout naturellement dans le documentaire. Et on le retrouve aussi dans un autre documentaire, d’une durée totale de quatre heures, intitulé Voyage en agnotologie, réalisé en 2018 par le même Franck Cuvelier. Rediffusé de façon opportune par France Culture à partir du 22 février, il est désormais également disponible sur le site de la radio en podcast.

« Plus c’est gros, plus ça passe », a-t-on l’habitude de dire familièrement. Mais cela ne semble plus être la règle aujourd’hui, comme en témoignent certaines critiques suscitées par le documentaire d’Arte. « Si les intérêts financiers tentent sans aucun doute de tordre la science à leur profit, des idéologies politiques ou des mouvements militants (écologistes ultra mais pas seulement) n’hésitent pas à user des mêmes procédés. L’occulter n’est pas faire preuve de rigueur scientifique », écrit ainsi le journaliste d’Ouest-France Philippe Richard. Une mise au point dévastatrice !

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