Souveraineté alimentaire, vraiment ?

edito gil riviere-wekstein

Le discours politique ne fait pas toujours preuve d’une grande cohérence. Ainsi, le leitmotiv agricole du président Macron s’articule clairement autour du concept de souveraineté alimentaire. « Déléguer notre alimentation serait une faute », a-t-il encore déclaré en mars dernier. Des propos qu’il a confirmés le 18 mai, lors d’un débat organisé par le Conseil de l’agriculture française sur ce thème.

Lequel débat offrit surtout l’occasion de découvrir, pour ceux qui l’ignoraient encore, une vérité bien dérangeante : selon les spécialistes, la France importe actuellement 60 % des fruits et 40 % des légumes qu’elle consomme, et jusqu’à 50 % du poulet. Alors que notre production de porc a décliné de 7 % en dix ans, celle de certains de nos voisins, en l’espèce l’Allemagne et l’Espagne, a augmenté de 29 %. Dans l’hebdomadaire Le  Point, Géraldine Woessner rappelle qu’en 2019, pour la première fois depuis les années 1970, la balance commerciale agricole de la France avec ses voisins européens a plongé dans le rouge. Et si « cette première alerte est passée quasiment inaperçue aux yeux du grand public, les autorités l’ont pourtant reçue comme une gifle », note la journaliste.

Certes, on ne saurait imputer cette situation aux seules décisions du mandat de Macron. C’est assurément le triste résultat des politiques agricoles menées par tous les gouvernements de ces dernières années. Ainsi, faute d’ambition agricole, la France a perdu en compétitivité face à ses voisins européens.

« Il faut relativiser le ‘’tout va mal’’ », nuance toutefois Sébastien Abis, directeur du Club Demeter. « Nous importons de plus en plus, mais nos exportations couvrent encore la différence, contrairement à l’Allemagne dont le solde agricole est déficitaire », explique l’expert, qui met cependant en garde contre la tentation de miser exclusivement sur la montée en gamme des produits au mépris de la consommation de masse. « Il ne faudrait pas qu’on fasse la même erreur avec notre agriculture qu’avec le textile. On a fermé nos usines pour ne garder que la haute couture », avertit Sébastien Abis.

C’est pourtant le choix stratégique qui semble se dégager de la nouvelle politique agricole de l’Union européenne, intitulée « De la ferme à la table » et qui, selon différentes études du département américain de l’Agriculture, entraînerait une baisse de production et in fine un réel appauvrissement agricole de l’Europe. Les auteurs de ces analyses en arrivent même à la conclusion que cette stratégie profitera davantage aux agriculteurs américains qu’aux producteurs de l’UE. Un comble !

Un avertissement qui mérite d’être pris au sérieux, au moment où les négociations sur la nouvelle PAC sont en cours…

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