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Les seules positions acceptables se basent sur les données scientifiques, rappelle le député Pierre Henriet

Pierre Henriet depute LREM Vendee

Lors des journées pour l’agriculture, le député LREM de Vendée Pierre Henriet s’est entretenu avec A&E sur les sujets d’actualité : gestion de l’eau, NBT et glyphosate

Face à la pénurie d’eau qui touche chroniquement la France, les gouvernements successifs ont toujours affiché leur volonté d’avoir une stratégie de stockage de l’eau. Or, dans les faits, les difficultés demeurent pour la réalisation des retenues d’eau. Comment rassurer les agriculteurs sur les engagements du ministre actuel ?

Tout d’abord, rappelons que, dans toutes les civilisations et tout particulièrement dans les pays à forte période de sécheresse, on a capté l’eau pour les besoins agricoles qui sont in fine les besoins alimentaires de l’humanité. À partir du XIIe siècle, le Marais poitevin, territoire dans lequel je suis élu, est sorti de terre sur cette base. Le sujet du stockage de l’eau n’est donc pas nouveau.

Depuis la grande sécheresse de 1976, les agriculteurs ont trouvé dans l’irrigation une réponse partielle à la sécurisation de leurs productions céréalières, et donc de leurs revenus. L’irrigation financée par les utilisateurs a été fortement encouragée pour supprimer le très impopulaire « impôt sécheresse ». Aujourd’hui, la montée en puissance des réserves d’eau est un élément clé pour garantir notre souveraineté alimentaire.

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Pour ce qui est du Marais poitevin, les retenues d’eau y représentent plus de 60 % des volumes d’irrigation prélevés. Ce territoire comporte des terres agricoles inondées tous les hivers et des terres asséchées en été. Ce phénomène cyclique a donc obligé les acteurs locaux (agriculteurs, élus, DDTM, etc.) à anticiper sur la réalisation de ces réserves depuis plus de dix ans. L’installation s’est faite aisément et a même permis de résoudre de nombreux problèmes dans la gestion de l’eau comme dans la préservation de la biodiversité.

Mais l’aménagement de ces réserves est depuis quelque temps sujet à controverse, car il est devenu la cible des militants écologistes pour des raisons plus politiques qu’environnementales. En 2019, à la suite du projet d’implantation de 16 réserves d’eau dans le Marais poitevin, une ZAD s’est créée à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres). Cela me semble une bonne illustration de ce conflit.

Car tous les éléments mis en avant par ces militants extrémistes se fondent sur des arguments qui ne tiennent pas la route. Ceux-ci parlent en effet de « pillage de l’eau des nappes phréatiques, bien commun de la nation » ou encore d’un Marais Poitevin qui serait « menacé d’être mis au régime sec même en hiver » : beaucoup d’incantations mais jamais l’ombre d’un fait scientifique !

Tous les éléments mis en avant par ces militants extrémistes se fondent sur des arguments qui ne tiennent pas la route

Or, avec le recul de dix années d’utilisation dans le Marais poitevin côté Vendée, les réserves ont permis de capter l’eau en période d’inondation l’hiver, et les niveaux sont en nette amélioration l’été. Ainsi, l’activité agricole se fait en harmonie avec les autres activités économiques locales, notamment touristiques. L’Observatoire départemental de l’eau de la Vendée confirme d’ailleurs cette tendance dans toutes ses études.

Aujourd’hui, nous devons nous appuyer sur ces exemples qui ont fait leurs preuves. Les agriculteurs irrigants ont besoin d’être rassurés car leurs investissements exigent une sécurisation de leurs revenus. Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, comprend ces enjeux et, en tant qu’ingénieur des Eaux et Forêts, a tout de suite mesuré les résultats de cette stratégie de stockage de l’eau.

Toutefois, il doit sans cesse les défendre auprès de la Commission européenne et prêter l’oreille aux légitimes préoccupations de nos concitoyens, dont le lien avec le monde paysan est très ténu, voire inexistant. C’est pourquoi le travail de sensibilisation doit se poursuivre à la fois auprès des élus mais aussi du grand public, en particulier par le biais des grands médias nationaux.

Pour résumer, les acteurs du quotidien s’appuient sur les expériences locales pour comprendre les enjeux autour de la réalisation des retenues d’eau, tandis que d’autres – les militants écologistes, notamment – s’appuient sur des dogmes idéologiques qui ne correspondent à aucune réalité scientifique.

Le futur de l’agriculture dépend de la qualité des semences. Or, ce secteur exprime des inquiétudes concernant la possibilité d’utiliser les NBT (New Breeding Techniques) après avoir été privé de l’usage des OGM. Quelle est votre position à ce sujet ?

Le débat sur les NBT rejoue le même scénario que celui sur les OGM. Pourtant, l’amélioration des plantes participe, comme les technologies digitales, à relever les défis de l’agriculture : réchauffement climatique, réduction des intrants et protection des sols.

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Les nouvelles techniques de sélection végétale ont pour objectif, notamment, de rendre les plantes plus résistantes. Comme vous le savez, la culture des organismes génétiquement modifiés à des fins commerciales est interdite en France depuis 2008. Les NBT permettent de modifier le génome des plantes sans introduire de gènes en provenance d’une autre plante, grâce à des techniques comme Crispr-Cas9.

On ne peut en permanence opposer les agriculteurs, qui seraient des pollueurs par vocation, aux apiculteurs, qui seraient vertueux !

Cela a notamment fait l’objet de rapports, d’études et de débats au sein de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), où j’ai l’honneur de siéger en tant que député. Tout comme le collectif de scientifiques qui s’est exprimé en janvier dernier dans une tribune publiée par Le Monde, je déplore que les gouvernements bloquent les réponses que la recherche française apporte aux maladies des plantes. Nos gouvernants européens subissent des pressions de la société, où les peurs prennent le pas sur la connaissance scientifique.

Julien Denormandie s’est d’ailleurs exprimé sur le sujet dans la presse agricole. Il se veut très pédagogue et n’hésite pas à affirmer que « le cadre juridique européen n’est plus compatible avec le cadre scientifique ».

Là encore, il s’agit d’un combat où la science et la connaissance doivent prendre le dessus.

Les conclusions de l’étude réglementaire des quatre pays rapporteurs sur le glyphosate indiquent clairement qu’il n’y a aucun risque sanitaire dans le cadre d’un usage normal de cette matière active. Trouvez-vous normal que la France persiste à exiger son interdiction à l’échelle européenne ?

Le glyphosate, herbicide emblématique, est sujet à forte polémique. Je reconnais que la France a une position assez ambiguë. J’ai d’ailleurs, dans un premier temps, été personnellement assez naïf sur ce sujet, avant de revoir ma position.

Nous nous sommes emparés de cette question à l’OPECST : une étude très complète sur l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux par l’Echa, l’Efsa et l’Anses (n° 477 – 2 mai 2019) nous a permis de mettre en avant qu’il n’y avait pas de toxicité à long terme du glyphosate, en revenant sur une étude du Circ dont l’appréciation n’était que partielle. La récente étude réglementaire des quatre pays rapporteurs vient confirmer la non-toxicité du glyphosate. Cette molécule focalise toutes les peurs et tous les rejets, au nombre desquels il y a d’abord et avant tout le rejet de Monsanto, qui a d’ailleurs été condamné devant plu- sieurs juridictions américaines – ce qui ne simplifie pas, aujourd’hui, les nécessaires évolutions à venir.

Là encore, la seule position acceptable, c’est celle qui se base sur les données scientifiques. Au politique de prendre ses responsabilités et de ne pas céder aux peurs qui fragilisent notre société.

Toujours sur la question du glyphosate, comment se fait-il que le gouvernement ait tant de mal à aller dans le sens de son agence sanitaire qui, elle, se prononce en faveur d’une réapprobation de l’herbicide, quand ce même gouvernement n’a aucune difficulté à faire confiance aux équipes de l’agence de santé médicale sur le sujet des vaccins ? Comment expliquez-vous cette contradiction flagrante ?

La contradiction que vous soulignez rend compte de l’adhésion d’une grande majorité de Français à la politique vaccinale, d’une part, et de leur peur du glyphosate, d’autre part. On ne peut pas ignorer les oppositions frontales qui existent dans la population au sujet du glyphosate. D’autant plus qu’il y a parfois même purement et simplement un refus du débat !

L’engagement du président de la République était à cet égard très clair : il n’y aura d’arrêt du glyphosate que lorsqu’une alternative crédible le permettra. Cependant, depuis la nouvelle étude des quatre agences sanitaires, l’objectif doit être entièrement réexaminé. Je dis cela notamment dans la perspective de l’Accord de Paris sur le climat, car nous savons bien que l’utilisation du glyphosate permet de réduire considérablement les émissions de CO2.

Les agriculteurs apprécient leur ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, qui défend leurs intérêts. Pourtant, on constate que sur le sujet sensible des pesticides, le gouvernement ne facilite pas le travail des agriculteurs. Ainsi, le projet d’arrêté «abeilles» a récemment soulevé une bronca parmi eux. Ne craignez-vous pas qu’en fin de compte, les agriculteurs ne se sentent trahis par leur ministre ?

Effectivement, l’Anses recommande de renforcer le cadre réglementaire de l’exposition des abeilles et de tous les pollinisateurs aux produits phyto et formule des recommandations dans ce sens. Actuellement, le projet d’arrêté dit « abeilles » est soumis à consultation publique par le ministère de la Transition écologique. Sur ce sujet, il convient de renforcer la concertation de toutes les parties prenantes. On ne peut en permanence opposer les agriculteurs, qui seraient des pollueurs par vocation, aux apiculteurs, qui seraient vertueux par définition ! Je crois au dialogue, qui permet d’établir un diagnostic et des orientations avec un calendrier. Je tiens à souligner que la profession agricole édite, depuis de nombreuses années, un guide d’utilisation des produits phyto… Je partage avec le ministre de l’Agriculture la volonté de poursuivre les échanges et d’éviter les postures clivantes. Il faut faire confiance aux acteurs impliqués pour trouver des solutions simples, efficaces et applicables.

En tant que membre de l’OPECST, avez-vous constaté depuis votre élection une évolution du rapport des politiques avec la science ? Autrement dit, estimez-vous que vos travaux sont suffisamment pris en compte par le législateur ?

Ma réponse sera claire : les travaux de l’OPECST ne sont pas suffisamment pris en compte par le Parlement. La qualité des rapports et des études mériterait d’ailleurs une meilleure vulgarisation. Les médias nationaux devraient aussi être des relais pour diffuser ces éléments auprès du grand public.

Au sein de l’OPECST, quel que soit le sujet traité, les débats sont respectueux de tous les points de vue exprimés. Il faut observer que l’approche scientifique, qui est faite de méthode, de vérification et de démonstration, devrait davantage inspirer les parlementaires dans leur quotidien. Le scientifique sait avouer ses torts, le politique le fait trop rarement.

Comme vous le voyez, nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins entre l’idéologie militante et la rationalité scientifique. Des militants extrémistes investissent de plus en plus non seulement le terrain médiatique mais aussi le terrain scientifique, et, si la digue cède maintenant, notre siècle sera marqué par une génération qui aura choisi la facilité de la bien-pensance face à la complexité du monde réel.

N’oublions pas que l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions !

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