Année de mildiou, année de cuivre

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crédit photo A&E

Alors que l’étude Esteban de Santé publique France de la population française a révélé la présence de cuivre dans la quasi-totalité de la population française, et en particulier chez les enfants qui consomment des produits bio, l’usage du cuivre a explosé en 2021

Les conditions climatiques exceptionnelles de cette année ont provoqué une propagation fulgurante du mildiou sur une grande partie du vignoble français, sur les cultures de pommes de terre dans le Nord de la France ainsi que sur les cultures de tomates de plein champ.

« Le mildiou a envahi les jardins cet été. Les tiges pourrissent, les feuilles deviennent noires et la suite est inévitable : les tomates meurent. Et tout ça, en très peu de temps », relate un article du Huffpost, tandis que LCI constate qu’en à peine trois semaines, le mildiou a décimé toutes les plantations de tomates. « Les feuilles sont grillées. Le champignon a pénétré à l’intérieur de la tomate », témoigne Célia Pot de vin, ingénieure agronome et directrice adjointe de l’association Les Anges Gardins, à Vieille-Église, près de Calais, qui gère une dizaine d’hectares cultivés en bio.

Pommes de terre aussi

Tout comme la tomate, la pomme de terre n’a pas échappé au mildiou. « On peut affirmer que le mildiou est présent sur 100 % des parcelles de pommes de terre », constate Luc Chatelain, président du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT). L’année 2007, pourtant restée dans les annales comme une année noire pour la pomme de terre, a même été dépassée, en dépit de la vigilance quotidienne et des interventions multiples des agriculteurs. « En une semaine tout peut être grillé », rappelle Martin Mascré, directeur de l’UNPT (Union nationale des producteurs de pomme de terre). 

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À partir du mois de juin, tous les éléments ont été réunis pour favoriser son développement, qui s’est poursuivi en juillet, où il n’a pas fait suffisamment chaud pour arrêter l’infestation. « Pour sauver les récoltes, nous avons heureusement obtenu des dérogations pour certains produits, afin de pouvoir les appliquer plus souvent que ce qui était autorisé. Cela a entraîné un surcoût considérable, jusqu’à 1 000 euros par hectare, contre à peine 400 euros pour une année normale », poursuit Martin Mascré, qui estime que, grâce à cette vigilance, le pire a heureusement été évité. En revanche, la situation se révèle plus compliquée pour l’agriculture biologique, qui a subi des pertes considérables. À l’instar de Jérome Hochin, producteur de pommes de terres bio à Berles-au-bois, dans le Pas-de-Calais, qui a perdu l’essentiel de sa production. « Jamais, je n’avais vécu ça. On a utilisé toutes les ressources possibles en agriculture biologique, mais cela n’a pas suffi », déplore le producteur, qui estime ses pertes à plusieurs milliers d’euros. S’il veut sauver sa prochaine récolte, il va devoir tout raser.

Et la vigne

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Crédit photo A&E

Idem pour la vigne, qui a également subi de plein fouet l’infestation du mildiou. Selon les services du ministère de l’Agriculture, la récolte française de vin devrait être en baisse de 24 % à 30 % en 2021, soit un niveau de rendement d’une faiblesse jamais vue depuis quarante-cinq ans.  Et là aussi, ce sont les vignes bio qui ont essuyé le plus de dégâts. « Début août, la plupart des viticulteurs bio ayant déjà dépassé leur quota des 4 kilos de cuivre par hectare autorisé, la dérogation n’a, de fait, qu’acté ce qui se passait sur le terrain », note Nicolas Seintourens, technicien spécialisé en viticulture.«  En général, la propagation du mildiou est stoppée début juin, lorsque le climat se réchauffe, mais cela n’a pas été le cas cette année, et les vignes fragilisées par le gel ont été particulièrement touchées », poursuit Nicolas Seintourens, qui prédit des « dégâts considérables, surtout dans le vignoble bio ». « Seules les petites exploitations qui ont une main-d’œuvre suffisante et qui sont bien équipées s’en sont sorties, car il fallait traiter vite et souvent. Pour les autres, il y a eu jusqu’à 80 % de pertes, quand les parcelles n’ont pas tout simplement été abandonnées », ajoute le technicien.

Comme pour la pomme de terre, le ministère de l’Agriculture a donc accordé une dérogation afin de permettre un usage de 5  kilos par hectare au lieu des 4  autorisés. Avec cependant un bémol à la clé : « La quantité totale sur 7  ans (2019-2025) ne doit pas dépasser 28 kg/ha, conformément à l’approbation européenne de la substance cuivre. » Difficile, en effet, d’autoriser l’épandage sans limitation d’un produit qui s’accumule d’année en année dans les sols, et en même temps de promouvoir une agriculture durable…

Néanmoins, le cahier des charges de l’agriculture biologique interdisant tous les produits de synthèse, les solutions à base de cuivre constituent aujourd’hui le seul et unique produit de traitement contre le mildiou. On peut donc comprendre les motivations du ministère de la rue de Varenne, soucieux de préserver une filière aux prises avec de telles difficultés.

Du cuivre chez les enfants

C’est d’ailleurs ce qui explique que, dans son étude Esteban, menée entre avril 2014 et mars 2016 auprès d’un échantillon de 1104 enfants et 2503 adultes, âgés de 6 à 74 ans, Santé publique France (SpF) note qu’on retrouve davantage de cuivre chez les consommateurs d’aliments issus de l’agriculture biologique, notamment les enfants. 

« Les concentrations urinaires en cuivre sont augmentées de 8 % chez ceux consommant plus de 4 fois par semaine des légumes en provenance de l’agriculture biologique par rapport à ceux n’en consommant jamais ou rarement », rapporte SpF, qui classe la consommation de légumes, de céréales et de fruits issus de ce mode de culture parmi les déterminants influant sur l’imprégnation en cuivre. Si l’on connaissait les inconvénients environnementaux de ce fongicide toxique, notamment pour les vers de terre ainsi que de nombreux micro-organismes souterrains tout aussi importants pour la vie microbiologique des sols, cette présence en excès de cuivre dans l’organisme mérite qu’on s’y intéresse davantage.Comme le rappelle SpF, « le cuivre en excès produit des radicaux libres responsables de lésions cellulaires au niveau de l’ADN et d’organites tels que les mitochondries ou les lysosomes ».  Certes, le cuivre est un oligoélément présent dans notre corps et, à ce titre, il participe à des réactions biochimiques, mais il contribue également à l’équilibre hormonal, régulant les sécrétions de la thyroïde, de l’hypophyse et des glandes corticosurrénales. 

Or, pendant longtemps, la toxicité des solutions à base de cuivre, comme la bouillie bordelaise, a fait l’objet d’un tabou, le lobby du bio ayant réussi à éclipser tout débat sur ce sujet.