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Arrêt sur images dénonce la complicité de certains journalistes avec L214

Arrêt sur images (ASI) a récemment mené l’enquête sur les « relations étroites, complices, nouées » par certains journalistes avec l’association antispéciste L214, accusant ceux-ci d’être « devenus au fil des années de véritables relais de communication », non sans avoir oublié au passage quelques règles déontologiques de base. Et les exemples cités sont éloquents !

Parmi la centaine de documents internes de L214 auxquels Arrêt sur images (ASI) a eu accès, figure une liste de journalistes ouvertement « acquis à la cause » de l’association antispéciste L214, comme le révèle l’excellente enquête en deux volets publiée les 14 et 15 février 2022 par le site d’analyse critique des médias.

C’est notamment le cas du très militant journaliste Hugo Clément ou encore de médias viraux comme Brut et Konbini, pour lesquels Hugo Clément a travaillé, et qui, selon ASI, font partie du « petit club des médias qualifiés de “sympathisants” par L214 à partir de la fin des années 2010 ». Non seulement ceux-ci diffusent complaisamment la communication de L214, sans prendre le moindre recul critique, mais encore, dévoile ASI, ils vont jusqu’à troquer leur costume de journaliste contre celui de militant actif.

L’exemple mentionné par ASI est à cet égard sidérant ! Ainsi, lorsque Hugo Clément est invité à l’émission « C l’hebdo » sur France 5 le 9 octobre 2020, il est interpellé par Jean-Michel Aphatie, l’un des chroniqueurs, au sujet d’une enquête menée par Emmanuelle Ducros mettant en évidence que L214 « harcèle les entreprises ». L’émission n’étant pas diffusée en direct, Hugo Clément s’empresse d’avertir L214 : « Apathie (sic) a fait toute une chronique pour relayer le torchon de Ducros sur vous. […] Préparez peut-être une réponse d’ici la diffusion demain soir, pour poster au moment de l’émission. Ça vous donne un peu d’avance pour préparer du matos pour les réseaux », peut-on lire dans le message adressé par Clément à l’association spéciste. Des conseils qui seront suivis à la lettre, puisque, au moment de la diffusion de « C l’hebdo », le lendemain, L214 met en ligne « une série de tweets léchés dénonçant la chronique d’Aphatie ».

Cette pratique n’est pas sans rappeler celle du journaliste Stéphane Foucart qui, en 2015, n’avait pas hésité à conseiller à un responsable du Criigen de poursuivre en diffamation le responsable du site imposteurs.org (voir A&E, « La guérilla judiciaire du lobby vert »).

Quant au média vidéo Brut et à son concurrent Konbini, ils sont accusés par ASI d’être « entrés de plain-pied dans les plans com’ de L214 ». « Jusqu’à se faire coproducteur, par exemple, d’une vidéo portant sur un abattoir de chevaux, en décembre 2018 » en ce qui concerne Konbini – avec des séquences de vidéos présélectionnées par L214 –, et « pour son enquête sur les élevages de lapins Orylag » de décembre 2017, s’agissant de Brut. Or, lorsque les vidéos ont été diffusées, ni Brut ni Konbini n’ont fait état de ce partenariat, déplore ASI.

Ainsi, comme le constate ASI, « certains journalistes et médias semblent mettre de côté la nécessaire indépendance journalistique », selon laquelle on peut parfaitement « traiter les informations importantes issues du travail de L214 sans devenir des relais de communication ».

L214 tient la plume

Et, malheureusement, Hugo Clément n’est pas le seul à envoyer sa déontologie « à l’abattoir », pour reprendre les termes d’ASI. C’est également le cas de Luce Lapin de Charlie Hebdo, de Sarah Finger de Libération ou encore d’Anne-Cécile Beaudoin de Paris Match, en charge de la rubrique « cause animale » de son site web.

Depuis 2015, la rédactrice en chef adjointe de Paris Match a ainsi rédigé une quarantaine d’articles portant directement sur les actions de l’association, n’hésitant pas à faire relire, corriger et amender certains articles par la responsable de L214, Brigitte Gothière. « Si tu veux apporter des modifs dans le papier, n’hésite pas », lui a-t-elle ainsi écrit dans un courriel en date du 9 octobre 2015, à propos d’un article qui serait publié le 14 octobre. Une pratique qu’elle revendique volontiers, estimant « qu’il s’agit de vérifier la véracité des informations ».

Dans le cas de Charlie Hebdo, on apprend que Brigitte Gothière, l’une des responsables de l’association Stop Gavage, de laquelle est émanée L214, aurait l’habitude de « faire lignes » pour l’hebdomadaire. « Pourrais-tu me faire un petit texte, différent de ta préface, sur le bouquin, que je ne vais pas avoir le temps de lire », demande également Luce Lapin, le 6 novembre 2006, à l’auteur d’un ouvrage mettant en cause le financement d’études de l’Inra par des producteurs de foie gras. Non sans préciser : « En appuyant sur le côté politique et en montrant en quoi l’Inra est coupable et de quoi. » L’enquête d’ASI relate : « Celui-ci s’exécute. Charlie Hebdo publie le texte signé Luce Lapin le 15 novembre (avec quelques modifications de forme). » Et de poursuivre : « Dans les échanges de courriels entre la journaliste et L214, ce type de demandes se répète, en particulier les premières années : “ Faut lui écrire un truc plus personnalisé que le communiqué de presse”, note ainsi Sébastien Arsac dans un courriel interne, en 2007.»

Donatrice et journaliste

Le cas de la journaliste de Libération Sarah Finger est également stupéfiant. En 2016, elle décide de faire un don de 1800 euros à L214 pour l’achat d’un drone, étant par ailleurs une donatrice régulière de l’association, de l’ordre « d’une centaine à plusieurs centaines d’euros chaque année ».

Deux ans plus tard, elle demande à être retirée du fichier des adhérents, « pour des raisons objectives et liées à ma profession ». « La journaliste Sarah Finger “tient à ce que son don reste anonyme (vu son statut de journaliste)”, alors, il ne “ faudra pas la remercier au cours d’une AG par exemple”, précise aussitôt Arsac dans un courriel d’avril 2016 », note ASI, qui souligne également que son soutien n’a jamais été signalé aux lecteurs tout au long de la quarantaine d’articles sur L214 qu’elle a signés dans Libération depuis 2015.

Contactée par ASI, la journaliste se justifie en estimant ne pas devoir « s’interdire de participer en tant que personne au monde dans lequel elle vit ». Et elle ne s’interdit pas non plus d’apporter son soutien financier à d’autres associations dont elle couvre l’action, comme Greenpeace. Mais sans le préciser dans ses articles…

Enfin, lorsque ASI révèle que « selon un document d’octobre 2020, L214 prévoyait un “projet d’enquête pour Élise Lucet”, ou “associant trois médias”, en l’occurrence Hugo Clément sur France 5, Libération et Paris Match », ou encore que « l’association avait prémâché le travail journalistique, de son angle à sa structure en passant par les interlocuteurs prévus, évidemment tous favorables à ses propres positions », on ne peut s’empêcher de penser à d’autres symbioses entre ONG et journalistes. Combien de reportages, documentaires ou articles, reprennent intégralement les propos d’associations écologistes contre les pratiques agricoles conventionnelles ?

Ainsi, en janvier 2016, Générations Futures encourageait à voir sur France 2 le numéro de « Cash Investigation » consacré à l’impact des pesticides sur la santé, en précisant : « Générations Futures y a grandement travaillé en relation étroite avec le journaliste Martin Boudot pendant près d’un an. » En avril 2016, rebelote avec la diffusion d’un numéro d’ « Envoyé Spécial » sur les perturbateurs endocriniens concocté par la journaliste Sophie Rolland en étroite collaboration avec Générations Futures et Générations Cobayes. Ou encore cet « Envoyé Spécial » de janvier 2019 consacré au glyphosate, dans lequel les journalistes ont calqué leur glyphotest sur les analyses d’urine déjà réalisées auparavant par Générations Futures et l’association Campagne Glyphosate, optant pour le même laboratoire allemand.

La presse écrite souffre également de ces mêmes dérives. Qu’il s’agisse de la une du Nouvel Obs en 2012 sur « Les OGM sont des poisons », comme support de l’opération de communication de Gilles-Éric Séralini et du Criigen, ou des multiples articles de la journaliste Stéphane Horel, se faisant l’écho dans les colonnes du Monde des rapports et communiqués de l’association anti-lobbying Corporate Europe Observatory, avec laquelle elle collabore régulièrement (et parfois moyennant rémunération). Bref, autant de faits qui témoignent qu’il existe réellement un travail de ghostwriting et de vulgaire copié-collé opéré par certains journalistes à partir de la propagande des ONG écologistes. Pas étonnant, donc, qu’on retrouve in extenso dans ces médias tous les éléments de langage de ces associations militantes…

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