Pesticides : de l’art de manipuler l’opinion avec de vraies informations

La réalisatrice de documentaire Myriam Tonelotto affirme que l’omission d’informations clés sans recours à aucune infox crée la plus efficace des désinformations. Et pour appuyer cette affirmation, elle a analysé un documentaire sur le nucléaire qui a été diffusé sur Arte en 2022. Elle s’est intéressée en particulier à une mesure réalisée sur la Loire, à Saumur, en janvier 2019 et qui affichait un taux de radioactivité de 300 becquerels par litre. Une radioactivité qui était due à la présence de tritium. Alors, cette information a été commentée de façon terriblement anxiogène dans le documentaire d’Arte. Or, Myriam Tonelotto dénombre pas moins de huit omissions d’informations essentielles qui auraient permis de rassurer le téléspectateur, notamment le fait qu’il faudrait pour atteindre ce seuil de nocivité, boire chaque jour pendant un an 66 litres d’eau par jour, 66 litres d’eau. Sélectionner ainsi certains chiffres, les présenter de façon anxiogène en prenant évidemment soin d’éviter toute information qui pourrait nuancer, voire rassurer : voilà exactement la méthode qu’on retrouve régulièrement dans les campagnes contre les pesticides.

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Que ce soit d’ailleurs au sujet des résidus présents dans l’alimentation ou sur les quantités de phytos utilisés dans les champs. En effet, de nombreux médias reprennent sans trop de recul les enquêtes anxiogènes sur les résidus de pesticides dans l’alimentation, qu’elles soient menées par des associations anti-pesticides comme Générations Futures ou même par des associations plus respectables de consommateurs. Systématiquement, il est question de fruits et légumes « imbibés », « gavés », « saturés » ou « gorgés » de pesticides. Une façon de dire que les aliments contiendraient une énorme quantité de pesticides. Pour appuyer cela, deux types de chiffres sont avancés. Le pourcentage d’aliments où l’on a trouvé au moins un résidu de pesticides et le nombre de résidus trouvés dans chaque aliment. Ces chiffres sont en général exacts, mais la question à se poser est la suivante : pourquoi la communication en se fait jamais sur le volume de résidus véritablement consommés ? Et la réponse est simple les quantités de résidus sont infinitésimales. 

On est exactement dans le même cas de figure que celui mentionné sur les 66 litre d’eau à boire par jour. Par exemple, dans quinze échantillons de muesli non bio testés d’une études de Générations Futures, l’association explique avoir trouvé au total 141 résidus. En volume, il s’agit en moyenne de 0,17 milligramme de résidus de pesticides par kilo de muesli. Alors, dans un bol de céréales de 45 grammes, ça veut dire qu’il contient en moyenne 0,000008 gramme de pesticides. Oui, vous m’avez bien entendu il y a cinq zéros après la virgule : 0,000008 gramme. C’est l’équivalent d’un cachet de paracétamol partagé entre 125 000 personnes. Alors prétendre que celui-ci serait «  gorgé », « gavé » ou « saturé » de résidus est tout simplement trompeur.

Une autre manipulation consiste à communiquer sur la quantité de pesticides utilisés sans jamais la rapporter à la surface cultivée. Le chiffre toujours évoqué, c’est environ 85 000 tonnes de pesticides utilisés en France. Le chiffre est exact à nouveau, mais on oublie de dire que la surface agricole utile en France s’élève à 27 millions d’hectares, dont 20 millions en culture. Il est donc normal que la France utilise en volume davantage de pesticides que la Suède ou la République tchèque, qui ont à peine 3 millions d’hectares cultivés. 

Un indicateur plus pertinent serait le volume utilisés par hectare. Et là, on découvre que la France se situe juste au-dessus de la moyenne européenne, loin derrière l’Irlande, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas ou encore l’Italie. En réalité, nos agriculteurs utilisent à peine 0,3 gramme de pesticides par mètre carré et par an. Alors que la France est un grand pays agricole avec de multiples types de cultures dont certains, comme la vigne, nécessitent d’être protégées, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’autres pays européens. 

Autre exemple : récemment, Générations Futures a expliqué que la quantité totale de cuivre utilisée en agriculture conventionnelle est quatre fois plus importante que celle utilisée par l’agriculture bio. En l’occurence 919 tonnes de cuivre en conventionnel contre 210 tonnes en bio. À nouveau, c’est exact. Sauf qu’une fois de plus, rapportée à la surface, l’agriculture bio est bien la championne de l’usage de solutions à base de cuivre.

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Rapportée à la surface, l’agriculture bio est bien la championne de l’usage de solutions à base de cuivre.

Quelques exemples : en 2016, la vigne bio a utilisé quasiment deux fois plus de cuivre par hectare que la vigne conventionnelle. Et en 2018, c’était quatre fois plus de cuivre par hectare pour la carotte bio et une fois demie de plus pour les salades, et presque le double pour la fraise bio. 

En conclusion, la force des associations anti-pesticides, c’est d’avoir construit une vision erronée, simpliste et manichéenne qui s’est imposée par la répétions des campagnes. Et malheureusement, ces éléments de langage ont systématiquement été repris par la presse. 

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