Sulfoxaflor: Corteva répond à la Commission européenne

La volonté de la Commission européenne de restreindre l’usage du sulfoxaflor a provoqué une réaction ferme de la firme Corteva, qui estime cette initiative scientifiquement infondée

Le 7 avril dernier, la Commission européenne a annoncé vouloir restreindre « dans les semaines à venir » l’utilisation du sulfoxaflor, insecticide particulièrement efficace contre les pucerons, aux usages sous serres, au motif que celui-ci aurait des effets délétères sur les abeilles sauvages.

« La protection des pollinisateurs contre les pesticides nocifs revêt une importance capitale pour l’avenir de notre planète et de nos enfants » a expliqué Stella Kyriakides, commissaire européenne chargée de la santé et de la sécurité alimentaire, arguant que « les conclusions scientifiques de l’Efsa montrent que l’utilisation à l’extérieur du sulfoxaflor peut être nocive pour les bourdons et les abeilles solitaires ».

Lire aussi : Sulfoxaflor : du mauvais usage du principe de précaution

Le cas de cet insecticide commercialisé par Corteva fait l’objet d’un bras de fer soutenu depuis environ un an. Autorisé par l’UE en 2015, il est ainsi utilisé dans 18 pays de l’Union et dans 93 pays dans le monde. Et quoiqu’il soit dans le collimateur de la Commission, celle-ci n’a jamais recueilli un soutien suffisant des États membres à sa proposition de limiter son utilisation aux seules serres permanentes. Ainsi, tout récemment encore, lorsque la proposition de la Commission a été soumise en février dernier au Comité permanent, la majorité qualifiée nécessaire pour l’interdiction n’a pas été atteinte. Même échec de la Commission quand sa proposition a ensuite été débattue au comité d’appel, avec l’opposition renouvelée d’un groupe d’États membres. La Commission a donc décidé de passer en force – ce qu’elle a parfaitement le droit de faire selon les règles européennes – en adoptant de son propre chef un règlement pour limiter les usages du sulfoxaflor.

Dérives vertes de la Commission européenne

Voilà donc encore un très bel exemple de la dérive verte de la Commission, qui, malgré sa note en date du 23 mars sur la « sécurité alimentaire » et l’importance d’avoir un système alimentaire européen « résilient », n’hésite pas à restreindre les outils de protection des cultures. « Nous sommes particulièrement choqués par cette initiative, car ce produit répond parfaitement aux consignes européennes d’avoir des solutions moins rémanentes », réagit Igor Teslenko, le président de Corteva, qui a adressé une lettre ouverte à la commissaire Kyriakides. Le sulfoxaflor présente en effet plusieurs avantages par rapport aux néonicotinoïdes, notamment d’être peu persistant dans les sols et dans les plantes, d’avoir des métabolites qui ne sont pas toxiques pour les pollinisateurs, et de posséder un profil toxicologique plus favorable pour les animaux aquatiques.

« La décision d’adopter des restrictions aux utilisations en serre uniquement est disproportionnée et injustifiée compte tenu des preuves scientifiques à l’appui des utilisations en plein champ, de la disponibilité de mesures d’atténuation des risques et de la compatibilité avec la lutte antiparasitaire intégrée », indique Igor Teslenko, qui estime que cette décision a été motivée « par des considérations politiques peu judicieuses plutôt que par la science ».

Les données oubliées

Il souligne que, alors que « seules les données soumises en 2017 ont été examinées dans le cadre de l’évaluation des données de l’Efsa, au cours des cinq dernières années, des études supplémentaires ont été réalisées afin de répondre aux autres interrogations de l’agence européenne ». « En tant que demandeur, continue-t-il, nous avons régulièrement partagé nos études avec la Commission européenne et les États membres, mais ces données n’ont pas été examinées par l’Efsa. » Or, c’est précisément faute d’avoir intégré ces données récentes que l’Efsa n’a pas pu conclure à un risque faible pour les abeilles sauvages, selon Corteva.

« Lorsque le dossier a été examiné, il y a sept ans, la question des abeilles sauvages ne faisait pas partie des exigences en matière de données », précise Igor Teslenko. Pire encore, rappelle-t-il, « en tant que demandeur, nous n’étions alors même pas autorisés à les soumettre. Et tandis que les données sur les abeilles sauvages ont depuis été générées pour répondre aux dernières questions de l’Efsa, l’agence n’a pas eu l’occasion de les examiner avant l’adoption précipitée des restrictions proposées par la Commission ».

Pourtant, depuis l’approbation du sulfoxaflor en 2015, les autorités compétentes de pas moins de 17 États membres ont confirmé que l’utilisation en plein champ du sulfoxaflor ne posait aucun risque pour les abeilles sauvages. « Toutes les autorisations de sulfoxaflor existantes dans les États membres de l’UE incluent déjà des mesures d’atténuation des risques et il n’y a aucune utilisation pendant la floraison », précise le patron de Corteva, qui note qu’il n’y a eu à ce jour aucune incidence sur les pollinisateurs malgré les utilisations en plein champ pendant quatre saisons.

Ce produit est en effet déjà largement utilisé pour protéger des fruits tels que les pommes, les pêches, les tomates, les agrumes, ainsi que certains légumes, les pommes de terre et également les céréales. Plus de 30 % de la superficie agricole totale de l’Europe bénéficient aujourd’hui du sulfoxaflor, estime une étude réalisée par Nomisma Consulting Group présentée en février 2020. « À titre d’exemple, l’adoption de ces restrictions privera les producteurs de betteraves sucrières d’une solution sûre et efficace, affectera négativement leur productivité et générera des pertes alimentaires inutiles », déplore le président de Corteva. Ce qui sera également le cas des céréaliers de 8 États membres de l’UE, et des producteurs de colza, puisque l’homologation du sulfoxaflor était en cours.

En faisant fi de leur point de vue, la Commission a pris le risque politique d’accentuer encore le sentiment déjà très présent d’un fonctionnement technocrate et non démocratique.

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