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Mélenchon en « Ecolo Maximo » à la Marche contre Monsanto-Bayer

À l’occasion de la 10e édition de la Marche contre Monsanto-Bayer et l’agrochimie, Mélenchon s’est revendiqué des théories complotistes loufoques de la militante indienne Vandana Shiva

Le 21 mai, un millier de manifestants ont défilé à Paris pour la 10e édition de la Marche contre Monsanto-Bayer et l’agrochimie. Initiée aux États-Unis en 2013, « the March against Monsanto », qui avait au départ vocation à essaimer au niveau international, n’est toutefois plus célébrée aujourd’hui qu’en France. Avec une participation souvent faible, qui semble encore avoir diminué par rapport aux années précédentes.

Ainsi, le quotidien Ouest-France rapporte qu’« entre 300 et 400 personnes ont convergé en centre-ville de Lorient, sous un soleil de plomb, à l’appel du collectif lorientais de la Marche contre Bayer-Monsanto ». À Lille, ce sont à peine 200 personnes qui se sont réunies place de la République « pour répondre à l’appel mondial de mobilisation citoyenne contre les firmes agrochimiques et les pesticides », tandis qu’à Strasbourg, il n’y avait pas plus d’une petite cinquantaine de personnes pour se rassembler place Kléber. « Nous sommes là pour protester contre toutes les entreprises qui continuent à produire et déverser des produits de plus en plus cancérigènes, génotoxiques, des perturbateurs endocriniens… », a expliqué à La Voix du Nord l’organisatrice de la manifestation de Lille, Judith Louyot, membre de l’association Générations Futures.

Voir aussi : Décrypage du programme agricole de Jean-Luc Mélanchon

À Paris, en revanche, le succès était (presque) au rendez-vous, le cortège parisien ayant réuni des activistes de divers groupements, comme le Collectif Vietnam-Dioxine, le Collectif Zéro Chlordécone Zéro Poison, les mouvements Secrets Toxiques et Extinction Rebellion, ainsi qu’une bonne vingtaine de représentants de Greenpeace Paris. Mais ce fut surtout l’occasion, pour les responsables de la coalition politique dirigée par Mélenchon, de se poser en sauveurs de l’humanité. Flanqué de Julien Bayou, Sandrine Rousseau et Aymeric Caron, le candidat malheureux à l’élection présidentielle s’est adressé aux militants dans un discours aussi caricatural que mensonger. Il a ainsi repris à son compte une théorie complotiste popularisée par la militante anti-OGM Vandana Shiva, selon laquelle les fabricants de pesticides rendraient volontairement les gens malades afin de pouvoir ensuite leur vendre leurs médicaments. « Si vous êtes malades, c’est une bonne affaire car vous devez vous soigner, et donc consommer du médicament. Et ça tombe bien, c’est les mêmes firmes qui produisent une chose et l’autre », a lancé le patron de La France insoumise, tandis qu’autour de lui on brandissait des slogans du genre : « Léchez des clitos, pas le cul de Monsanto. » « Présenté comme ça, évidemment… », ironisait sur Twitter le journaliste Claude Weill.

Le flop de la marche contre Monsanto n’est pas une bonne nouvelle

En réalité, cet événement est finalement presque de nature confidentielle, si on le compare, par exemple, à la manifestation « Wir haben Agrarindustrie satt ! » (Nous en avons assez de l’agrobusiness !) qui réunit chaque année à Berlin de 25 000 à 35 000 personnes. Pourtant, ces questions sensibles restent au cœur de l’actualité, à en croire ces deux militants qui confiaient à Ouest-France : « Cette année 2022 est importante. L’Europe est prête à reconduire les autorisations de mise sur le marché du glyphosate. De nouveaux produits OGM, cachés, apparaissent dans nos produits de consommation courante. Le Dicamba, une nouvelle molécule issue du groupe Bayer-Monsanto, encore plus nocive, déferle sur le marché. Et Lorient reste, à ce jour, l’une des portes d’entrées principales de soja OGM. »

On aurait cependant tort de considérer le flop de ces différentes manifestations contre « l’agrochimie » comme une bonne nouvelle, puisqu’il ne constitue pas pour autant le signe d’une plus faible mobilisation des activistes sur la thématique agricole.

Moins enthousiaste pour ce type d’actions, qu’elle juge sans doute « trop molles », la nouvelle génération des militants semble en effet privilégier des actions bien plus radicales, comme on a pu le constater en mars 2022, lorsque plus de 5 000 personnes se sont rassemblées à La Rochénard, dans les Deux-Sèvres, pour protester contre le projet de bassines.

Certains militants n’ont pas hésité alors à endommager une conduite d’irrigation, et des heurts violents ont éclaté avec les forces de l’ordre. De même, ce sont 2 000 personnes qui se sont regroupées à Lyon dans le but « d’assiéger le siège de Monsanto-Bayer » lors d’une opération organisée le 5 mars dernier.

L’air du temps est donc davantage aux opérations d’écosabotage et aux actions coup de poing qu’aux manifestations traditionnelles. Et cela même lorsque Mélenchon tient le rôle d’« Ecolo Maximo ».

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