Le communiqué de presse de l’Anses sur les VrTH sème la confusion

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. On a pu le vérifier une fois de plus après le communiqué de presse de l’Anses concernant la culture de variétés rendues tolérantes aux herbicides (VrTH)

Le 18 mars dernier, le service de presse de l’Anses a commenté les résultats des travaux de l’équipe de Guillaume Fried du laboratoire de la santé des végétaux, à Montferrier-sur-Lez (34), publiés dans la revue Weed Research.

L’étude en question concerne l’impact de l’utilisation des VrTH pour la culture du tournesol et conclut que « les cultures de variétés tolérantes aux herbicides sont associées à une plus faible diversité d’espèces adventices », et qu’aucune différence n’est observée en marge des parcelles. « Cette plus faible diversité d’adventices peut être attribuée à une plus grande utilisation d’herbicides et à des rotations de cultures plus courtes, alors que les facteurs paysagers peuvent être plus importants pour la diversité en marge des parcelles », note l’étude, qui précise toutefois que « l’association du binage et de l’utilisation des VrTH doit être interprétée comme une réponse à une forte abondance d’A. artemisiifolia (ambroisie) plutôt que sa cause ».

Une communication orientée de l’Anses

La rédaction du communiqué de presse de l’Anses aurait pu mettre l’accent sur les conclusions rassurantes de cette étude, établissant qu’« aucun effet involontaire des VrTH n’a été trouvé en marge des parcelles » et confirmant l’utilité des VrTH dans les zones à forte abondance d’ambroisie dont le pollen fortement allergène suscite des problématiques de santé publique.

Cependant, c’est la première partie de la phrase, remarquant que « les pratiques associées aux VrTH conduisent à une plus faible diversité des communautés d’adventices dans la parcelle », qui a retenu l’attention des rédacteurs du communiqué de l’Anses. Et pour enfoncer le clou, l’auteur de l’étude est lui-même pris à témoin : « Les agriculteurs cultivant des VrTH font plus de traitements avec des herbicides. Ainsi, ils utilisent en moyenne 1,5 dose pleine de traitement par an, tandis que ceux cultivant des variétés classiques en agriculture conventionnelle en utilisent 1,25. Cette différence peut paraître faible mais elle suffit pour expliquer la diminution de la biodiversité. »

Du pain bénit pour la journaliste militante Magali Reinert, du site d’information écologiste Reporterre, qui n’a pas hésité à se saisir du communiqué de l’Anses pour affirmer que « selon une étude, ces “nouveaux OGM” entraînent une utilisation accrue de ces produits toxiques ». Et d’y ajouter la mention de son cru : « Et ne sont pas efficaces. »

Ambroisie

Même son de cloche du côté de la Confédération paysanne qui, dans « une lettre ouverte aux productrices et producteurs de tournesol », cite l’étude de l’Anses sur « la diminution de la biodiversité de la flore adventice » et sur « l’augmentation de la fréquence des traitements herbicides, et cela sans atténuer la pression de l’ambroisie sur les parcelles ». Et pour semer un peu plus de confusion chez les agriculteurs, la Conf’ reprend son sempiternel refrain sur « la nature des semences », suggérant que leur utilisation pourrait ne pas être légale s’il s’agit d’OGM qui devraient être réglementés. Autrement dit, d’OGM « obtenus par des techniques de cultures cellulaires en laboratoire dont la sécurité n’est pas avérée depuis longtemps ».

Ce qui n’est pas du tout l’avis de BASF Agro qui, dans un communiqué de presse daté du 7 août 2018, avait déjà fait savoir qu’au sujet du tournesol, « l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne est clair : les solutions Clearfield utilisent des techniques de mutagénèse exemptées de la réglementation OGM ». Des propos confirmés par Christian Huyghe, directeur scientifique de l’agriculture à l’Inrae : « Les agriculteurs de la Confédération paysanne considèrent les semences de tournesol résistantes au VrTH obtenues par mutagénèse comme des OGM. C’est inexact », a-t-il indiqué au Figaro. « De toute évidence, aucun semencier ne proposerait de semences qui ne seraient pas conformes au droit français », note pour sa part Arnaud Rondeau, chargé de mission relations terrains et environnement à la FOP.

La presse agricole ne fait guère mieux

On aurait pu espérer de la part de la presse agricole spécialisée une lecture du communiqué de l’Anses plus nuancée. Malheureusement, ce ne fut ni le cas d’Agra Presse, qui a repris les éléments de langage du communiqué en question sur les « atteintes à la biodiversité végétale » et « l’augmentation des traitements herbicides », ni non plus du site Réussir, qui fait également état de « la perte de biodiversité avec les VrTH ». Une lecture plus attentive de l’étude aurait pourtant permis d’apporter un éclairage différent, ce qui aurait supposé, cependant, de consacrer au sujet un peu plus de temps…

« Les agriculteurs de la Conf’ considèrent les semences de tournesol résistantes au VrTH obtenues par mutagénèse comme des OGM. C’est inexact », confirme Christian Huyghe, de l’Inrae

Car, comme le note avec pertinence Franck Duroueix, expert stratégique, responsable de l’évaluation des intrants chez Terres Inovia : « Constater un IFT un peu plus élevé pour réduire la nuisibilité des adventices, à l’image de la lutte contre l’ambroisie, est plutôt logique. » Et il ajoute que « si l’on considère que la présence de ces adventices constitue une biodiversité, la réduction est naturelle, mais cela est propre à toutes les bonnes stratégies de désherbage, quelle que soit l’espèce cultivée, VrTH ou pas ». Ce qui revient à dire que l’objectif d’un agriculteur n’est pas de préserver une biodiversité d’adventices, aussi intéressante soit-elle, mais d’obtenir à l’intérieur de ses parcelles une récolte de blé, de colza, de maïs ou de tournesol.

En outre, les essais pluriannuels réalisés dans les premières années qui ont suivi le lancement du système de production Clearfield en France montrent que, sur une parcelle à flore identique, l’IFT herbicide est de 1,04 lorsque sa solution Clearfield est utilisée, contre 1,33 pour un désherbage classique en prélevée. Des données qui ne correspondent donc pas à celles mises en avant par l’étude de Guillaume Fried, qui semblent d’autant plus étranges qu’il est clairement spécifié que « l’organisation de notre étude ne nous permet pas de comparer l’efficacité sur le contrôle de l’ambroisie ». Et pour cause, puisque son étude ne distingue pas les différentes technologies VrTH, la technologie Clearfield étant particulièrement efficace contre l’ambroisie alors que c’est moins le cas d’Express Sun. « Amalgamer ces deux solutions aux performances différentes sur cette espèce invasive ne permet pas de juger chacune d’entre elles », explique Jean-Marc Petat de BASF Agro, dans sa réponse adressée à la presse.

Un objectif de 900 000 ha de surfaces de tournesol cultivées en 2023

Au moment où, répondant aux attentes des producteurs, le gouvernement encourage la filière à augmenter les surfaces de tournesol cultivées – 800000 ha ont été semés cette année contre 700 000 en 2021 – pour atteindre l’objectif de 900 000 ha en 2023, et à investir dans des usines de trituration étant donné notre sous-capacité actuelle, il est étonnant qu’une agence comme l’Anses ne soit pas plus pédagogique dans sa présentation d’un outil qui reste essentiel aux producteurs pour protéger efficacement leurs cultures. « Dans certains territoires, ces semences représentent l’unique alternative à un moment où on a plus que jamais besoin de cette culture en France », rappelle Arnaud Rondeau, qui estime qu’elles représentent un petit tiers des semences de tournesol vendues en France. La question de la production est devenue d’une actualité plus brûlante encore depuis que la guerre en Ukraine a suscité des inquiétudes sur la disponibilité d’huile de tournesol. Et si Arnaud Rousseau, le président du groupe Avril, se dit pour l’heure confiant, son groupe utilisant 100 % de tournesol français pour ses marques d’huile alimentaire et disposant de stocks suffisants jusqu’à la fin de l’année en cours, il se montre toutefois moins rassurant pour ce qui concerne l’année prochaine.

Lire aussi : La vocation exportatrice de la France à nouveau une priorité

En outre, du côté des marques de distributeurs, le tournesol est importé à 100% d’Ukraine. Or, le blocage des exports de la mer Noire a asséché le marché et provoqué une flambée des prix, en dépit des efforts considérables qui ont été déployés par les autorités ukrainiennes pour faciliter le transport par train.

Lire aussi : Ukraine : les conséquences pour la filière semence / Entretien le Pdt d’AGPM D. Peyraube

« Constater un IFT un peu plus élevé pour réduire la nuisibilité des adventices est plutôt logique », note avec pertinence Franck Duroueix

Mais des goulots d’étranglement persistent aux frontières. Ainsi, selon le cabinet UkrAgroConsul, 40 000 tonnes de graines de tournesol seraient encore bloquées intra muros sur un potentiel d’export de 150 000 tonnes, et 3,4 Mt d’huile de tournesol sur les 7 Mt exportables. Et pour l’année prochaine, la crainte de réduction des semis – seulement 4,4 Mha pourront être implantés, contre 6,8 Mha en 2021 – soumet à une forte pression les marchés, qui s’emballent, le prix de la tonne de tournesol étant passé de 630 euros la veille de l’invasion russe à plus de 1000 euros aujourd’hui.

De quoi encourager les producteurs français à augmenter largement leurs surfaces de tournesol cette année…dans la mesure où ils ont toujours accès aux semences adéquates.

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