AccueilA la uneL’industrie de la fertilisation : un maillon essentiel de notre souveraineté alimentaire

L’industrie de la fertilisation : un maillon essentiel de notre souveraineté alimentaire

En marge de l’assemblée générale de l’Unifa (l’Union des industries de la fertilisation), qui s’est tenue le 16 juin, Delphine Guey, nouvellement élue présidente, dresse pour A&E les nouvelles orientations du syndicat de la fertilisation, dans le cadre de la transition énergétique

Élue tout récemment à la présidence de l’Unifa, quelle sera votre feuille de route pour l’année à venir ?

Pendant longtemps, notre industrie n’a pas ressenti le besoin de communiquer auprès du citoyen. Cependant, depuis la pandémie de la Covid, et plus encore avec la guerre en Ukraine, qui a directement impacté nos importations d’engrais, nous avons éprouvé un réel besoin d’expliquer comment nos entreprises répondent – et répondront – aux enjeux de société. Notamment en montrant pourquoi l’industrie de la fertilisation est un maillon essentiel de notre souveraineté alimentaire, tandis que les engrais organiques constituent une source primordiale pour préserver le carbone dans le sol, et il faut donc assurer leur adaptation face au défi climatique. Aujourd’hui, par exemple, l’usage des engrais minéraux permet de nourrir près de 50 % de la population mondiale.

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De même, il ne peut y avoir de réelle transition environnementale, énergétique et climatique sans la contribution de notre secteur : on estime que les émissions de GES liées aux engrais représentent 10 % des émissions du secteur agricole et 2,5 % des émissions mondiales de GES, dont 1,5% provient de leur application. L’industrie des engrais est consciente de ces émissions et s’engage à les réduire dans la mesure du possible. L’implication de nos adhérents pour améliorer la qualité du sol, mais aussi de l’eau et de l’air, et pour diminuer ce pourcentage, est pourtant bien réelle depuis de nombreuses années.

En trente ans, on a réduit de 43% la consommation d’engrais en France grâce à une notable amélioration de leur efficacité. Mais on peut aller encore plus loin et faire encore mieux. Je pense plus particulièrement au pilotage digital de la fertilisation, au déploiement ciblé sur les plantes qui en ont besoin, et à la recherche variétale pour développer le système racinaire par exemple, mais aussi, au développement d’une trajectoire de décarbonation du secteur de la fertilisation.

Enfin, la question des engrais minéraux peut être encore aujourd’hui un sujet qui soulève les polémiques, alors qu’il existe une réelle complémentarité entre les différentes formes d’engrais utilisés en agriculture. Combiner organique et minéral représente l’approche la plus performante pour augmenter la matière organique dans le sol, ce qui est un bon indicateur de la santé des sols. Cette complémentarité permet de répondre à la grande diversité des cultures et aux différents modes de fertilisation.

Les engrais utilisés par les agriculteurs français et produits en France ont été divisés par deux en 40 ans. Comment en est-on arrivé là? Est-ce que vous souhaitez inverser cette tendance ?

Notre ancrage territorial est effectivement important avec 77 sites répartis sur l’ensemble du territoire. Et pourtant, la production française d’engrais a accusé une très forte décroissance depuis quarante ans. Cela s’explique d’abord par la décroissance industrielle subie par la France et par le fait que les agriculteurs ont amélioré leurs pratiques de fertilisation. Mais c’est également dû au fait que les agriculteurs se sont tournés vers des sources d’approvisionnement extérieures pour des raisons économiques, important les fertilisants de pays tiers au détriment des producteurs locaux. C’est le cas pour tous les fertilisants minéraux.

Or, le renforcement de notre souveraineté alimentaire exige le développement de nos entreprises en France, afin de diminuer notre dépendance aux importations. Il est donc nécessaire que nos entreprises bénéficient d’une impulsion industrielle forte en France, afin de lever les freins à l’innovation, notamment, pour qu’elles soient accompagnées dans leurs projets de développement territorial et dans les dernières étapes de leurs transformations, en matière énergétique et environnementale.

Il faut ainsi favoriser l’acte de production agricole. Notre ambition est que les produits les plus respectueux de l’environnement, générés en France, soient mieux valorisés pour les agriculteurs. Dans ces conditions, les entreprises de notre secteur pourront plus facilement investir en France.

Parmi les projets innovants qui répondent à la nécessité de la transition environnementale, figure la décarbonation de la production des engrais et de leurs usages. Pouvez-vous nous en dire plus sur la question ?

Les actions de décarbonation se déroulent à tous les niveaux, depuis les procédés de fabrication des engrais, des amendements et des biostimulants, jusqu’à leurs applications au champ. Et, en effet, nous avons plusieurs grands projets innovants, principalement dans la production d’engrais décarbonés, mais aussi dans le but de favoriser la réduction des pertes de nutriments au champ.

Concernant la fabrication, une véritable révolution est en cours. Elle consiste à bouleverser le processus de fabrication de l’ammoniac, qui entre dans la composition de la plupart des engrais azotés minéraux.

Ainsi, grâce à une collaboration avec des entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables, des projets pilotes ont démontré la faisabilité de produire ce qu’on appelle de l’ammoniac vert, qui est obtenu à partir de l’eau et non plus du gaz, grâce à l’utilisation des énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydroélectrique), et donc sans énergie fossile. Ce changement réduira fortement notre dépendance au gaz, qui représente jusqu’à 90 % du coût de production. En Europe du Nord, les premiers engrais décarbonés seront commercialisés dès l’année prochaine.

Et pour la réduction des pertes, nous développons des solutions à base de biostimulants, qui visent à limiter les pertes de nutriments dans le sol en contribuant à capter les éléments nutritifs nécessaires à la croissance des plantes. Ceux-ci participent à l’atténuation des stress climatiques subis par les plantes, en augmentant la tolérance au froid et/ou en renforçant la résistance à la sécheresse. Par exemple, les biostimulants favorisent un meilleur développement racinaire en permettant aux plantes d’absorber plus de nutriments et d’eau ou en améliorant la disponibilité des éléments nutritifs dans le sol. Ainsi, les plantes deviennent plus solides face à des conditions climatiques difficiles, et l’efficacité des nutriments est améliorée.

À cela viennent s’ajouter les nutriments issus de la valorisation des déchets organiques, qui induira une mutation de l’ensemble de la filière agroalimentaire. Autrement dit, nous prenons le parti de favoriser l’économie dite circulaire. Grâce à des partenariats, certaines de nos entreprises travaillent déjà avec des entreprises spécialisées dans les déchets pour développer, produire et commercialiser des solutions de fertilisation à partir du recyclage de produits organiques. En plus de l’utilisation de sous-produits issus de l’industrie agroalimentaire (farines de plumes ou d’os, tourteaux de café, de raisin, etc.) pour les engrais ou amendements organiques, l’objectif est de récupérer tous les nutriments possibles des biodéchets de nos assiettes. Cela constitue une approche indispensable pour une meilleure gestion des ressources naturelles et pour réduire les pertes de nutriments.

Enfin, les amendements minéraux basiques participent à l’effort collectif de préservation de la planète en diminuant les émissions de protoxyde d’azote, en favorisant le stockage du carbone dans le sol, et en renforçant la biodiversité et la vitalité des sols (bactéries, vers de terre, etc.).

Il est important que les agriculteurs soient eux-mêmes au cœur de tous ces changements et qu’ils puissent en retirer une rémunération substantielle

Souvent combinées entre elles, ces innovations participent à réduire l’empreinte environnementale de notre filière agroalimentaire et à assurer une meilleure efficacité des nutriments utilisés. Mais il est important que les agriculteurs soient eux-mêmes au cœur de tous ces changements et qu’ils puissent en retirer une rémunération substantielle.

Ainsi, l’une de nos entreprises a lancé l’initiative Agoro Carbon Alliance, qui les aide à valoriser leurs changements de pratiques grâce à une mise en relation avec un nombre croissant d’entreprises à la recherche de moyens permettant de respecter les engagements climatiques.

En rejoignant l’alliance Agoro Carbon, les agriculteurs pourront donc bénéficier d’un revenu supplémentaire, tout en maintenant le rendement de leurs cultures. Ils peuvent ainsi choisir les pratiques positives pour le climat qui sont le mieux adaptées à leur exploitation, ainsi que les surfaces déclarées dans le programme.

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