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Écophyto 2030 : Des alternatives à l’IFT existent déjà

Alors que le projet du Plan Écophyto 2030 continue à proposer l’indicateur de fréquence de traitement (IFT) comme principal indicateur, il en existe d’autres, dont l’objectif consiste à mesurer non pas les quantités, mais les risques liés à l’utilisation des pesticides

« Pour faciliter l’atténuation des risques, il faut comprendre la nature des risques eux-mêmes en termes d’occurrence, de gravité et de localisation », expliquait Kathleen Lewis, professeur de chimie agricole au sein de l’école des sciences de la vie et de la médecine (LMS) de l’université du Hertfordshire (Royaume-Uni), dans un article publié en juillet 2021 par le Journal of Environmental Quality.

Or, les facteurs qui influent sur ces questions de risques sont multiples et très variés, telles les propriétés physicochimiques de la substance active (sa vitesse de dégradation, sa mobilité, sa solubilité et sa volatilité) et sa toxicité pour la biodiversité non ciblée. « D’autres facteurs doivent également être pris en compte comme la formulation de la substance active, la méthode d’application, le calendrier et le dosage, ainsi que les conditions environnementales (notamment les caractéristiques du sol, les conditions météorologiques et la topographie) », poursuit la spécialiste.

Même s’il est difficile de caractériser l’ensemble de ces risques – qui sont spécifiques à chaque matière active en fonction de nombreux facteurs –, il existe cependant quelques méthodes basées sur des modèles mathématiques, parmi lesquelles plusieurs sont approuvées et validées par les autorités de réglementation. C’est le cas du modèle d’évaluation Pearl (Pesticide Emission Assessment at Regional and Local) qui décrit le devenir d’un pesticide dans le système sol-plante, du Pelmo (Pesticide Leaching Model) qui simule le mouvement vertical des pesticides dans le sol et qui peut être utilisé pour prédire la lixiviation des pesticides, ou encore du PRZM (Pesticide Root Zone Model) utilisé pour prédire le ruissellement des champs agricoles.

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D’autres modèles permettent de prendre en compte des préoccupations plus larges, comme, par exemple, Primoo (Pesticide Residue Intake Model) qui est le modèle d’ingestion de résidus de pesticides utilisé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments pour évaluer les risques alimentaires liés aux résidus de pesticides, ou encore Gleams (Groundwater Loading Effects of Agricultural Management Systems) qui simule différents systèmes de gestion, notamment les rotations de cultures, les pratiques de travail du sol, les pratiques de conservation, l’irrigation, le drainage ou les pratiques de fertilisation et les traitements aux pesticides.

Les facteurs qui influent sur les questions de risques sont multiples et très variés, telles les propriétés physicochimiques de la substance active et sa toxicité pour la biodiversité non ciblée

En outre, des indicateurs « multi-dimensionnels » ont également été mis au point afin de déterminer les effets des pesticides à la fois sur les humains, les eaux souterraines et la biodiversité. L’un des tout premiers et des plus simples, qui reste le plus utilisé à ce jour, est le quotient d’impact environnemental (QIE).

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Le Danemark opte pour un indicateur de pression

Dès 2017, le Danemark a décidé de remplacer son indicateur de fréquence de traitements (IFT) par le Pesticide Load (PL), composé de trois sous-indicateurs qui visent à mesurer la pression potentielle sur la santé humaine (PL-HH), le devenir dans l’environnement (PL-FATE) et l’écotoxicité (PL-ECO).

« Le PL-HH est déterminé en fonction des recommandations de risque pour l’utilisateur figurant sur l’étiquette du produit, tandis que le PL-ECO est calculé sur la base des valeurs de toxicologie aiguë et chronique des matières actives sur les mammifères, les oiseaux, les poissons, les vers de terre et les abeilles. Enfin, le PL-FATE est calculé sur la base de la demi-vie des matières actives dans les sols, de son facteur de bioaccumulation et de l’index de SCI-GROW », explique le professeur Per Kudsk, directeur de la section Santé des cultures au département d’agroécologie de l’université d’Aarhus (Danemark). L’idée sous-jacente est que les substances actives, qui sont utilisées en grandes quantités et qui sont persistantes, mobiles, bioaccumulables et écotoxiques pour de nombreuses espèces, devraient avoir une charge plus élevée que celles qui ne le sont pas. Cette approche permet, d’une part, d’identifier grâce à une cartographie des « points chauds » sur lesquels il est ainsi possible d’agir localement, et, d’autre part, d’obtenir, en combinant cet indicateur avec l’indice de fréquence de traitement, une estimation de la pression exercée par l’utilisation des pesticides sur l’environnement et la santé, et donc de suivre son évolution à l’échelle nationale.

La Suisse se focalise sur la réduction des risques

S’inspirant de l’expérience danoise, le Parlement fédéral suisse a, lui aussi, décidé d’inscrire dans la loi la réduction de 50 % des risques environnementaux liés à l’utilisation des pesticides (initiative parlementaire 19.475 intitulée « Réduire le risque de l’utilisation de pesticides»).

Tout comme le Danemark, la Suisse a opté pour différents indicateurs, à savoir un indicateur pour les eaux de surface, un autre pour les habitats terrestres et un dernier pour les eaux souterraines, tous trois ayant été conçus par l’institut agronomique suisse Agroscope. Pour chacun de ces indicateurs, « on multiplie pour chaque substance active la surface traitée par un score de risque, puis par un facteur de réduction du risque », indique Judith Blom, responsable adjointe du groupe de recherche « Produits phytosanitaires » de l’institut hélvétique.

Le « score de risque » est basé sur les propriétés des substances (ou de leurs métabolites) qui déterminent leur comportement dans le compartiment environnemental concerné, tandis que le « facteur de réduction du risque » se calcule en fonction des mesures de réduction spécifiques aux produits (et donc susceptibles d’évoluer dans le temps pour certaines substances actives), mais également grâce à des mesures générales (qui peuvent changer globalement pour toutes les substances actives).

Cette approche se démarque de celle des Danois dans la mesure où les risques utilisateurs ne sont pas abordés. En revanche, concernant l’environnement, elle reste de loin la plus aboutie car elle a l’avantage de prendre en compte les mesures de réduction du risque, que celles-ci soient spécifiques aux produits ou d’ordre général. Ce que ne permettent pas les indicateurs de risque existants, tels que le Pesticide Load danois ou le HRI européen, qui n’ont ni l’un ni l’autre intégré le calcul de l’exposition.

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