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Réduire de 50% les produits phytosanitaires : une idée imposée par Pan Europe

Depuis le Grenelle de l’environnement, les gouvernements successifs ont gardé l’objectif arbitraire de réduction de 50% des produits phytosanitaires. Retour sur les origines de cette « machine à baffes pondue par des ONG »

Opposé à la réduction de moitié dans l’usage des pesticides à l’horizon 2030 par rapport à la période 2015-2017, Éric Thirouin, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), a averti, lors de la conférence de presse du 17 janvier, qu’une telle stratégie conduirait droit « dans le mur ». Et de mettre en cause au premier chef les indicateurs choisis par la France pour mesurer l’usage des pesticides, à savoir l’IFT (indicateur de fréquence de traitement) et le Nodu (nombre de doses unités) qui prend en compte les quantités de pesticides vendues et les surfaces traitées, aux doses maximales homologuées.

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Cet objectif de réduction quantitatif de 50% a bel et bien été imposé la France grâce à l’une des meilleures opérations de lobbying menées par Pesticide Action Network Europe

« C’est une machine à baffes pondue par les ONG, acceptée par les politiques et qui nous mène dans une impasse », s’est indigné le président de l’AGPB. Et il a parfaitement raison ! Car cet objectif de réduction quantitatif de 50 %, repris par tous les gouvernements successifs depuis son adoption en 2008 à la suite du Grenelle de l’environnement, ne repose sur rien, n’a aucune justification scientifique ni sanitaire, et a bel et bien été imposé à la France grâce à l’une des meilleures opérations de lobbying menées par Pesticide Action Network Europe (Pan Europe), un collectif d’associations assez discret mais très efficace.

Une stratégie ourdie de longue date

Au moment du Grenelle de l’environnement, la présence de Pan Europe se manifestait en la personne de François Veillerette, l’un de ses administrateurs. Celui-ci, qui présiderait ce collectif entre 2012 et 2022, siégeait alors à toutes les réunions concernant la question des pesticides. Invité à s’exprimer en tant que patron de son association française, le MDRGF (Mouvement pour les droits et le respect des générations futures), bientôt raccourci en Générations Futures, il fut ensuite nommé parmi les quinze personnes « chargées de formuler des propositions » dans le Comité d’orientation et de suivi d’Écophyto 2018, au titre de « représentant de la société civile », une « promotion » qu’il doit à Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet.

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Pan Europe – qui bénéficie aujourd’hui d’un budget de plus de 550 000 euros, dont 311 000 euros de subvention de la Commission européenne, le reste provenant de structures siégeant… aux États-Unis, comme les fondations OAK Foundation, Jenifer Altman Foundation, Marisa Foundation et l’association SumOfUs – avait alors clairement fixé son objectif d’imposer à l’Europe une réduction « substantielle » de l’utilisation des pesticides, pour préparer ensuite l’élimination définitive de « la dépendance aux pesticides chimiques ». Et c’est à partir de mai 2002, soit bien avant le Grenelle, que Pan Europe a lancé sa campagne « PURE » (Pesticides Use Reduction in Europe) « pour proposer des mesures visant à réduire l’impact des pesticides sur la santé humaine et l’environnement », en précisant : « Nous pensons que ces mesures doivent être incluses dans une perspective spécifique de l’Union européenne qui soit juridiquement contraignante pour les États membres. »

Pan Europe bénéficie aujourd’hui d’un budget de plus de 550000 €, dont 311000 € de subvention de la Commission européenne, le reste provenant de structures siégeant… États-Unis

D’où la rédaction d’un premier texte visant à s’inscrire dans une future directive sur la réduction de l’utilisation des pesticides (la directive PURE), qui bénéficia du soutien de plus de 80 organisations, issues de 29 pays, « représentant l’environnement, l’alimentation, la santé publique, les consommateurs, l’agriculture et les syndicats ».

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Dans ce texte, figurait pour la première fois l’idée d’une « réduction de 50 % de la fréquence des applications de pesticides au niveau national dans un délai de 10 ans ». Un choix politique qui, comme l’admettait déjà volontiers Pan Europe, ne reposait sur aucune réalité de risque. « La quantité de pesticides consommée ne reflète pas nécessairement le risque présenté par l’utilisation des pesticides », expliquait ainsi le collectif, bien conscient que « les risques réels dépendent de facteurs tels que le type de produit, la toxicité, la persistance, les conditions climatiques et pédologiques, la solubilité dans l’eau, le type de culture et les pratiques d’application, ainsi que l’exposition qui en résulte ». Et de conclure : « Les pesticides à forte dose ne sont pas nécessairement susceptibles d’entraîner une augmentation de ces risques.»

Un indicateur facile à vendre

Alors, pourquoi choisir cet indicateur ? Tout simplement parce que la mise en place d’un indicateur qui prendrait en compte les risques devrait également « prendre en compte tous les paramètres mentionnés ci-dessus ».

Or, comme « cela impliquerait des calculs complexes et controversés » et que « la disponibilité des données ne permet pas encore le calcul d’un indicateur de risque pesticide « scientifiquement fondé » et ne le permettra probablement jamais », Pan Europe a préféré « vendre » aux responsables politiques l’idée d’une réduction quantitative, bien plus simple à comprendre. Voilà pourquoi, au terme du Grenelle de l’environnement, le président de l’époque, Nicolas Sarkozy, a enjoint, dans un discours « ambitieux » tenu à l’Élysée en octobre 2007, à son ministre de l’Agriculture Michel Barnier de proposer « un plan pour réduire de 50 % l’usage des pesticides ». Et il aura beau déclarer, trois ans plus tard, au Salon de l’agriculture, que « toutes ces questions d’environnement, ça commence à bien faire ! », le sparadrap des 50 % de réduction imposés par Pan Europe n’en sera pas pour autant mis au rebut…

Ayant gagné la bataille dans l’Hexagone, Pan Europe a ainsi pu compter sur la complaisance des gouvernements français successifs pour convaincre la Commission d’adopter un objectif similaire

Bien pire: ayant gagné la bataille dans l’Hexagone, Pan Europe a ainsi pu compter sur la complaisance des gouvernements français successifs pour convaincre la Commission d’adopter un objectif similaire. Ce qui fut réalisé avec le Green Deal et sa déclinaison dans le règlement sur l’usage durable des pesticides (SUR), qui comprend également des mesures visant à réduire de 50 % tous les pesticides dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Tout cela sous prétexte qu’il faut éviter les distorsions de concurrence en Europe. La belle affaire !

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