Biocarburants et hausse des prix des céréales

à la une 14 | 08 | 2007

Biocarburants et hausse des prix des céréales

Avec la flambée des prix des céréales, les biocarburants font l’objet de nouvelles polémiques. Pour certaines associations environnementalistes et altermondialistes, qui ont repris à leur compte les arguments du dictateur cubain Fidel Castro, l’usage énergétique des cultures alimentaires serait à très court terme la cause de nouvelle famines dans le monde.

Pendant plusieurs années, le niveau particulièrement bas des prix des matières premières agricoles a constitué un problème majeur, régulièrement dénoncé par les associations altermondialistes. Dans son rapport Agriculture : pour une régulation du commerce mondial, publié en décembre 2005 à l’occasion de la sixième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hong Kong, le collectif d’ONG françaises Coordination Sud affirmait que « la plupart des marchés agricoles mondiaux sont structurellement déséquilibrés. L’excès d’offre par rapport à la demande solvable provoque un effondrement des cours. » Pour Coordination Sud, c’était l’occasion de dénoncer les subventions aux exportations des pays occidentaux, « qui permettent de compenser les producteurs pour la différence entre leurs coûts de production et le prix mondial auquel ils vendent leurs produits ». Selon les auteurs du rapport, ces subventions portaient atteinte aux agricultures des pays en développement, mises enconcurrence avec des produits des pays de l’Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE) vendus à des prix inférieurs à la production locale. Résultat : « En Afrique de l’Ouest, nos amis nous disent la détresse des paysans qui perdent leurs marchés locaux, encombrés de surplus et de sous-produits européens ou américains ».

C’est ce même discours que l’on retrouvait chez Oxfam International, une confédération de treize organisations qui publie régulièrement des rapports économiques. Dans Arrêtez le dumping, paru en octobre 2002, les auteurs s’insurgeaient contre les productions qui « occasionnent le surplus d’un grand nombre de produits comme le sucre, les produits laitiers et le blé », vendus « en dessous de leur prix de revient ». En conséquence, ils demandaient aux pays occidentaux « d’établir un plan pour supprimer graduellement tous les subsides agricoles qui facilitent le dumping à l’exportation, ou la vente sur les marchés mondiaux de marchandises à des prix inférieurs à leur prix de revient ».

N’aurait-il pas été logique que toutes ces associations se félicitent aujourd’hui de la bonne tenue des prix agricoles, enfin revus à la hausse après plus de trente années consécutives de dépréciation ? Ne devraient-elles pas se réjouir de la fin de l’époque où l’Amérique déversait ses excédents de maïs sur les marchés ? Comme le note Guillaume Duval, rédacteur en chef adjoint du mensuel Alternatives Economiques, les hausses actuelles « peuvent aussi bénéficier aux pays du Sud, qui n’ont cessé de voir les prix agricoles chuter depuis le milieu des années 1970. [...] Le pouvoir d’achat dégagé par les produits agricoles des pays en développement a été divisé par trois en trente ans. Cette chute a beaucoup contribué à enfoncer de nombreux pays du Sud, notamment sur le plan de leur dette extérieure. »

Or, voici que des voix s’élèvent contre ce nouveau « désordre économique ». Anne Bringault, directrice de l’association Les Amis de la Terre, s’indigne devant l’augmentation de 40 % du prix du maïs, qu’elle impute en outre aux bio-carburants. Analyse partiellement partagée par l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui indique dans son dernier rapport Perspectives de l’alimentation de juin 2007 que l’essor des biocarburants constituerait déjà la principale cause de la hausse des prix des importations alimentaires en 2007. Depuis, il n’y a pas un seul titre de la presse écrite qui ne relaie l’idée selon laquelle les biocarburants menaceraient à court terme l’équilibre alimentaire de la planète. Comme si retrouver des prix à peine supérieurs aux coûts de production était devenu anormal ! C’est Fidel Castro - qui a « beaucoup réfléchi » à la question des biocarburants durant sa longue convalescence - qui est à l’origine de ce déchaînement médiatique. Le vieux dictateur - qui n’est pas vraiment le mieux placé pour donner des leçons en matière agricole, étant donné l’état de l’agriculture dans son pays après un demi-siècle de politique castriste - expliquait le 29 mars 2007 que « plus de trois milliards de personnes dans le monde sont condamnées à mourir prématurément de faim et de soif [à cause de] l’idée sinistre de convertir les aliments en carburant ». C’est aussi ce qu’affirme l’écologiste Lester Brown, connu pour ses dérives malthusiennes qui consistent à vouloir « stabiliser la population mondiale à 7 milliards d’individus au lieu des 9 milliards prévus par l’ONU en 2050 ». Selon lui, « la hausse des prix alimentaires pourrait conduire à des émeutes urbaines de la faim dans de nombreux pays à
bas revenus comme l’Indonésie, l’Egypte, le Nigéria ou le Mexique »
. Ce credo est devenu le nouveau leitmotiv des associations écologistes, qui bénéficient d’une couverture médiatique continuelle accusant les biocarburants de tous les maux de la planète. Ainsi, l’édition du 24 mai 2007 de Courrier International proposait un dossier intitulé Biocarburants : l’arnaque. Le mois suivant, Alternatives Economiques titrait L’essence de la faim, Le Monde Diplomatique s’interrogeait : Les carburants verts, une imposture ?, tandis que L’Ecologiste (la revue d’Edouard Goldsmith) avertissait : Les biocarburants affament le monde. Derrière cet ensemble de critiques se profile en réalité surtout l’idée que les biocarburants sont condamnables parce qu’ils « prolongent la vie du modèle agricole productiviste ». Sans entrer dans le débat sur l’utilité des biocarburants en tant que source d’énergie substitutive au pétrole, faut-il pour autant attribuer l’augmentation des cours des matières premières agricoles - et de la faim dans le monde - à l’accroissement des cultures qui leur sont destinées ?

Matières premières non agricoles

Pas si sûr ! D’abord parce que l’augmentation du prix des matières premières agricoles a été précédée par celle des autres matières premières, qui n’ont aucun lien avec les biocarburants. Ainsi, l’augmentation de l’indice des cours des matières premières en dollars - hors métaux précieux, pétrole et matières premières agricoles - est permanente depuis 2002. Les cours des métaux connaissent même une flambée vertigineuse depuis 2005. Comme le note Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine et auteur du rapport Cyclope 2007, « la conjoncture est exceptionnelle. Le monde connaît la croissance la plus forte de son histoire (5 % par an depuis cinq ans). » Toutes les hausses peuvent donc parfaitement s’expliquer par la simple croissance économique des pays émergents, notamment la Chine et l’Inde. « Tous les produits se sont appréciés, du charbon universel jusqu’au niobium confidentiel, du blé raréfié par la sécheresse jusqu’au marché du dangereux carbone. Tous à l’exception des produits tropicaux, car le café, le sucre et le cacao n’ont pas pris l’ascenseur comme les autres produits, ceci pour une bonne raison : le responsable de cette inflation générale, à savoir la Chine, ne s’y est pas intéressé », explique l’économiste, qui poursuit : « Car c’est la Chine et sa croissance échevelée de près de 11 % l’an qui aspirent goulûment le cuivre de Zambie, le charbon d’Australie, le coton du Burkina Faso, les emballages et les vieux papiers à recycler de l’Europe, le pétrole d’Angola, etc. Elle est le chef de file incontesté d’une demande mondiale en pleine forme. On murmure que ses importations de frites surgelées sont à l’origine de la hausse étonnante, en Belgique, de la pomme de terre. »

En ce qui concerne les minerais et les métaux, Philippe Chalmin rappelle que nous nous trouvons dans un cycle classique de sous-investissement. « Nous payons l’insuffisance des investissements dans les années 1990 », analyse-t-il. Fermetures de mines, mise en sommeil de l’exploration pétrolière, gel des terres, mais aussi « critique du productivisme agricole et fauchages de champs OGM », telles sont selon lui les causes profondes du niveau actuel des prix. Analyse partagée par le journaliste économique Eric Le Boucher, qui souligne dans sa chronique Fin de la croissance gratuite parue dans Le Monde du 10 mai 2007 que « l’effet Chine est frappant sur certaines filières. Faute de production mondiale suffisante, la liste s’allonge des produits qui manquent à l’échelle planétaire, les pneus, par exemple, ou les cargos. Les consommateurs chinois se mettent à manger des carrés de chocolat ? Boum sur les cours mondiaux du cacao. Du lait ? Boum sur la poudre de lait. Si vous voulez gagner de l’argent, spéculez sur ce qu’ils vont acheter demain : du bœuf et des roudoudous. »

Le cas de la poudre de lait est particulièrement significatif : vendue à 3.700 euros la tonne le 21 mai 2007, elle a vu son prix augmenter de 82 % en un an, alors qu’il y a six mois certains producteurs de lait n’étaient même pas certains d’être collectés.
Aujourd’hui, l’agro-industrie européenne craint d’autant plus un manque de matière utile que les stocks communautaires, autrefois légendaires, ont disparu. Cruel retour de bâton pour une Europe chez qui s’est progressivement imposée l’idée que l’agriculture était devenue structurellement surproductrice ! Cette vision - ou plutôt cette absence de vision - stratégique a conduit la Commission européenne (CE) à préconiser une politique visant à réduire la production. La Pac, réformée à contretemps et à contre-emploi en 2003, est devenue l’instrument de cette myopie, non seulement en pérennisant les jachères, mais plus encore en introduisant des contraintes dites d’écoconditionnalité qui minent la compétitivité des agriculteurs, et en généralisant des formes de soutien conduisant à la déprise. Dans les faits, la CE a tout simplement favorisé la cessation d’activité des producteurs européens ! Rien qu’en France, environ 10.000 d’entre eux ont abandonné leur exploitation, faute de revenus suffisants. C’est dire à quel point la réalité des marchés n’a pas été anticipée par les
responsables politiques.

Une production mondiale trop faible

Autre cause de cette hausse des cours des matières premières agricoles : chaque année depuis 1999 (en dehors de l’année exceptionnelle 2004), la production mondiale de céréales a été inférieure à la consommation. Bien qu’il ait été régulièrement évoqué par de nombreuses associations agricoles comme les Jeunes Agriculteurs ou la Coordination rurale, ainsi que par des think tanks comme le Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture, ce problème a longtemps été occulté par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, il est reconnu que les réserves de céréales se trouvent à un niveau historiquement bas (moins de deux mois de consommation). Un triste record dont même la Banque mondiale s’inquiète pour la première fois dans son dernier rapport. « Les stocks de blé et de maïs sont tombés à 16 % de la consommation mondiale », rappelle-t-elle. Et ceux-ci ne peuvent que continuer à décroître, car cette année aussi, la production mondiale de céréales ne pourra pas faire face à la demande mondiale, estimée selon les prévisions de la FAO à 2.100 Mt (dont environ 60 pour les biocarburants, contre 10 en 2000). Pourtant, cette production devrait atteindre un niveau record de 2.095 Mt, soit une augmentation de 4,8 % par rapport à 2006.

Nervosité sur les marchés

Cette combinaison de facteurs - croissance économique des pays émergents et niveau très faible de stocks - explique l’envolée des cours actuels. Elle induit une nervosité extrême chez les traders, car le risque d’une très forte volatilité des cours est inhérent aux marchés agricoles non régulés. « Les marchés des grandes productions végétales ne sont pas comme les autres. L’offre, soumise aux aléas climatiques, s’ajuste d’autant moins automatiquement à la demande que celle-ci est rigide. En conséquence, pour 2 % de production en plus ou en moins dans le monde, toutes céréales confondues, les prix peuvent varier en ce moment de plusieurs dizaines de points », rappelle Philippe Pinta, président d’Orama. Autrement dit, en l’absence de stocks suffisants, c’est-à-dire d’une capacité de régulation, la moindre inquiétude quant aux récoltes provoque inévitablement une flambée des prix. Comme le soulignait déjà le rapport Perspectives de l’alimentation de la FAO en juin 2006, « les marchés agricoles ont dû également faire face, l’année écoulée, à une cascade anormale de désastres naturels, notamment des ouragans et des maladies animales capables de se propager rapidement ». En conséquence, « plusieurs produits agricoles devraient connaître des mois encore plus instables et, dans la plupart des cas, les prix des produits de base devraient enregistrer des hausses ultérieures ». Nulle part les auteurs ne considéraient alors les biocarburants comme responsables de cette hausse. Et les faits ont conforté cette analyse. Le cas le plus exemplaire est celui de l’orge de brasserie. Jean-Jacques Charpentier, des Etablissements Charpentier, une entreprise de négoce de la Somme, rappelle que « l’orge de brasserie est un produit de haute qualité, qui exige un savoir faire technologique difficile à atteindre. Or, le très bas niveau des prix (entre 100 et 120 euros la tonne) avait fini par décourager les agriculteurs d’en planter, ce qui a entraîné un déficit de production par rapport à la consommation mondiale qui, elle, continue de croître. Il a suffi de la sécheresse en Australie l’année dernière et d’une demande accrue de la Chine pour créer, dès les semis de 2007, un début de tensions sur les marchés. Ensuite, les cinq semaines de sécheresse en avril ont été fatales pour une plante à cycle court, ce qui a entraîné une hausse des cours qui ont atteint les 245 euros la tonne. » Imputer cette hausse aux biocarburants relève donc du pur amalgame.

Bien entendu, l’orge de brasserie n’est pas la seule à subir de fortes hausses. L’orge fourragère, dont le prix rendu à Rouen n’avait pas dépassé les 110 euros la tonne depuis 2004, a entamé sa flambée depuis août 2006. « Entre juin 2006 et courant juin 2007, le prix de l’orge fourragère est passé de 90 à 170 euros/tonne, ce qui s’explique par plusieurs facteurs, principalement climatiques », commente Jean-Jacques Charpentier. Bien que la demande internationale soit également en hausse (notamment à cause de la Chine, dont la consommation de viande augmente), c’est surtout la sécheresse, qui a ravagé les récoltes en Australie et dans les pays riverains de la Mer noire, qui est à l’origine du niveau actuel des prix. Le schéma est similaire pour le blé, dont le prix a explosé depuis juillet 2006. Cette année, dans les grandes plaines américaines, des pluies diluviennes ont perturbé les semis de maïs et de soja et réduit le potentiel des céréales à paille, tandis qu’en Europe centrale et en Russie, la sécheresse annonce une récolte en baisse. En conséquence, entre février et juin 2007, le cours du blé à Chicago a augmenté de 33 %, passant de 450 à plus de 600 cents le boisseau. Il a atteint ainsi son cours le plus élevé depuis onze ans ! S’y ajoute le rôle des fonds spéculatifs, qui comme le commente Alain Faujas dans Le Monde, « avaient jusqu’à présent délaissé les matières premières agricoles. Ils ont découvert les opportunités que leur ouvraient les risques météorologiques. » Pour sa part, Jean-Jacques Charpentier relève qu’« on sent une nervosité sur les marchés comme très rarement. Depuis que je suis dans le métier, je n’ai jamais connu une telle envolée des prix, qui ne s’explique pas du tout par les besoins actuels de céréales pour les biocarburants. » Le négociant relativise cependant tout discours sur le niveau élevé des prix : « Faut-il rappeler qu’il y a quinze ans, le prix du blé se situait autour de 200 euros la tonne ? ». Jean-Jacques Charpentier estime surtout que nous sommes entrés dans une aire d’instabilité croissante. D’autant plus que le blé est un produit stratégique, ce qui explique que l’Ukraine ait décidé de contingenter ses exportations de froment pour privilégier le marché intérieur et se prémunir contre une éventuelle flambée des cours domestiques, au moment même où l’Inde manifeste son intention d’augmenter ses importations de blé à 5 millions de tonnes (contre 3 en 2006).

C’est précisément ce que n’a pas su faire le Mexique avec le maïs. En effet, si le prix des tortillas a récemment augmenté de 40 à 100 %, c’est plus à cause de l’abandon par ce pays de la production intérieure de maïs dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain que de la politique de biocarburants de son voisin du Nord. Avant 1994, le Mexique était effectivement autosuffisant en maïs. Depuis la signature du traité, les autorités mexicaines ont laissé les importations américaines - réalisées en dessous du coût de production - augmenter, pour représenter désormais 6 à 7 millions de tonnes, soit 25 % de la consommation locale. Le résultat se traduit par une agriculture déstabilisée, un exode rural massif et des laissés-pour-compte qui n’ont plus les moyens d’acheter leur nourriture au juste prix. Comme le remarque Lucien Bourgeois, économiste à l’Assemblée permanente des chambres agricoles (Apca), « à partir du moment où l’on supprime les droits de douane et les restrictions au commerce, il ne faut pas s’étonner si les produits se vendent à ceux qui peuvent payer le prix fort ». Voilà au passage un bel avertissement pour ceux qui pensent que la politique agricole commune est obsolète, trop coûteuse, et que les instruments traditionnels de régulation des marchés (comme les restitutions) sont inutiles. Comme l’a rappelé Hervé Guyomard, économiste à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Rennes, en marge du colloque Evolution de la politique agricole commune du 14 juin dernier, « il ne faudrait surtout pas que l’on profite de la bonne tenue des prix agricoles pour laisser tomber les instruments de régulation du marché ».

D’autant plus que ces déséquilibres ne seront pas résorbés de sitôt, si l’on en croit Philippe Chalmin. Dans un entretien accordé à Boursorama.com le 22 mai 2007, ce dernier explique que « le phénomène de rareté continuera de s’appliquer aux produits alimentaires. Nous aurons toujours besoin de 1.500 à 3.000 calories par jour. Les défis alimentaires, donc agricoles, alors même que les terres arables sont en diminution avec la croissance urbaine, figurent parmi les plus importants de ce siècle qui commence. » Bref, ce qui semble certain, c’est que les prix resteront durablement à la hausse, avec ou sans biocarburants, et surtout avec de forts risques de volatilité.

Dans ces conditions, il est paradoxal que la Commission européenne s’apprête à démanteler ses organisations communes de marché, remparts de protection des agriculteurs - et des consommateurs - contre cette volatilité. Reste néanmoins un élément d’espoir : la position de la France, qui vient de rappeler haut et fort à Bruxelles le caractère stratégique de l’agriculture et de remettre au goût du jour un élément clé de la réussite des politiques agricoles : la
préférence communautaire.

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