François Veillerette étend son réseau de lobbying

à la une 17 | 09 | 2012

François Veillerette étend son réseau de lobbying

Tout en gardant la main sur son association Générations Futures (GF) –dont la présidence a été confiée à Maria Pelletier, administratrice du syndicat des entreprises bio–, François Veillerette étend patiemment, année après année, son réseau d’influence.

Après s’être forgé le statut indiscuté de Monsieur Antipesticides, François Veillerette a cofondé avec André Cicolella le Réseau Environnement Santé (RES), devenu depuis 2009 un interlocuteur clé en matière de santé environnementale. Dans la foulée, il a ouvert un nouveau front en réunissant à Ruffec (Charente) un groupe d’agriculteurs autour de Paul François en janvier 2010 – une initiative qui a donné naissance à l’association Phyto-Victimes en mars 2011.

En mars 2010, François Veillerette a décidé d’investir le champ politique. Il s’est fait élire conseiller régional de la région Picardie avec Europe-Écologie et est devenu vice-président chargé du dossier « Environnement, alimentation, santé ». Ce qui lui a permis d’acquérir un poids au niveau régional.

En septembre de la même année, il a été nommé représentant suppléant de l’Association des régions de France au comité économique, éthique et social du Haut conseil des biotechnologies (HCB). Ambitieux, il a même envisagé de se présenter aux élections législatives de 2012 dans la deuxième circonscription de l’Oise. Toutefois, sa candidature a été écartée au profit de celle d’un candidat socialiste dans le cadre de l’accord PS-EELV.

Courant 2012, le patron de GF est devenu président de Pesticide Action Network Europe, un organisme de lobbying dont le siège est à Bruxelles et qui regroupe une trentaine d’asso- ciations européennes luttant contre l’« agro-industrie » et les pesticides.

Et ce n’est pas fini ! Suite à l’annonce du gouvernement Ayrault d’organiser une Conférence environnementale en septembre 2012, François Veillerette tient absolument à partager les petits fours avec ses amis des grandes associations écologistes. Début juillet, il a donc lancé une nouvelle fédération d’associations, baptisée Rassemblement pour la planète. Il s’agit en réalité d’un succédané de L’Alliance pour la planète, lancée en grande pompe en 2007 par 80 associations écologistes afin de peser dans les négociations du Grenelle de l’environnement. À l’époque, la grande famille écologiste s’était vite décomposée, avec les défections rapides de France Nature Environnement (FNE) et de la Fondation Nicolas Hulot (FNH). Et après le Grenelle de l’environnement, l’Alliance a inexorablement périclité. Malgré une tentative de relancer la machine, la moitié des associations membres avaient quitté le navire en novembre 2010.

Veillerette toujours à la manœuvre
Cette fois-ci, seules cinq petites associations (GF, RES, Écologie sans frontières, Respire et Robin des toits), dont quatre faisaient partie de la défunte Alliance pour la planète, sont fédérées. N’en doutons pas, c’est bien François Veillerette qui sera à la manœuvre ! Car deux des associations sont déjà sous sa tutelle, et la présidence du Rassemblement a été confiée à... Nadine Lauverjat, la coordinatrice de GF. « Nous voulons mutualiser nos expertises et les exprimer au niveau national », explique la coéquipière de Veillerette. Certes. Mais pour Le Monde, le Rassemblement pour la planète vise d’abord à « contrebalancer l’influence de France Nature Environnement », puis à « obtenir du gouvernement une révision du décret sur la représentativité des organisations de défense de l’environnement ». Rédigé par l’ex-ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, ce décret stipule que les petites associations d’expertise pourront « sans difficulté être nommées comme personnalités qualifiées dans les instances soumises aux règles de la représentativité ». Mais surtout, il a le mérite d’exiger un minimum de transparence et de représentativité de la part des associations écologistes !

Or, voilà précisément ce qui manque à ces petites associations. En effet, nulle part les cinq piliers du Rassemblement n’indiquent leur nombre d’adhérents. Certes, Écologie sans frontières (ESF) revendique plus de 2880 membres donateurs. Mais l’absence d’action militante de l’association depuis belle lurette laisse planer de sérieux doutes. Si ESF a pu s’immiscer dans le débat écologiste officiel, c’est grâce à l’amitié de son président Frank Laval avec Jean-Louis Borloo –tous deux sont des anciens de Génération Écologie– et grâce au fait que sa porte-parole, Ariane Vennin, est une proche de l’UMP et de NKM. Autant dire que la légitimité d’ESF est sujette à caution...

L’opacité des comptes demeure
Côté finances –excepté la toute jeune association Respire, dont le budget pharaonique s’élève à 12072,25euros pour sa première année d’existence–, on ne trouve sur les sites de GF, RES, ESF et Robin des toits ni rapports moraux, ni rapports financiers. Bref, l’opacité la plus complète ! D’ailleurs, même si ces informations financières étaient rendues publiques, il subsisterait des zones d’ombres. Car François Veillerette et Nadine Lauverjat se sont mis chacun à leur compte (en avril 2009 pour le premier, en décembre 2009 pour la seconde) sous la forme juridique « affaire personnelle personne physique » et avec la même activité, en l’occurrence « activités spécialisées, scientifiques et techniques diverses ». Ils peuvent donc encaisser de l’argent pour leurs activités d’« expertise militante » de la part d’entreprises, de fondations, d’associations ou autres, sans avoir à rendre de comptes à qui que ce soit. Astucieux !

Générations Futures/MDRGF lobbying politique