Scandale à la dioxine au paradis du bio

à la une 12 | 05 | 2010

Scandale à la dioxine au paradis du bio

Bien que la presse française n’en ait soufflé mot, le scandale est considérable : 2500 tonnes de maïs bio contaminées à la dioxine ! Telle est la découverte révélée par la presse allemande, qui note que ces lots, contaminés par une substance cancérigène, ont servi à alimenter des poules d’exploitations biologiques de 9 des 16 Etats régionaux (Länder). « Dans le seul Land de Basse-Saxe, 19 des 150 exploitations bio sont touchées », rapporte le Süddeutsche Zeitung dans son édition du 8 mai 2010, tandis que WordlPoultry.net fait également état de 8 fermes contaminées en Hollande. Deux jours plus tard, plusieurs chaînes de distribution alimentaire, dont Lidl et Rewe, en ont tiré les conséquences, rappelant des millions d’œufs bio issus de ces fermes.

Comment de telles quantités de maïs bio – correspondant à 7% de la production française – ont-elles pu être contaminées ? La réponse est simple : il s’agit de lots de maïs importés par bateau d’Ukraine, et livrés notamment à Harreveld en Hollande, où se situe l’usine de transformation d’aliments biologiques de la société néerlandaise ForFarms. Selon ForFarms, un certificat confirmait une teneur en dioxine conforme à la législation européenne. C’est donc en toute confiance – mais sans avoir effectué ses propres analyses – que le fournisseur d’aliments a traité cette marchandise pour ensuite la livrer aux quatre coins de l’Allemagne sa nourriture pour volailles contaminée à la dioxine. Un parcours qui démontre au passage que le bilan carbone de ces œufs n’est pas nécessairement digne de son label bio...

Et ce n’est pas tout. Comme l’a révélé le quotidien Die Tageszeitung (Taz), le maïs ukrainien a été livré dans la période du 16 décembre 2009 au 10 février 2010. Or, le 16 mars 2010, des analyses de routine, effectuées par l’organisme allemand de contrôle des œufs, le Kontrollierte Alternative Tierhaltungsformen (KAT)1, ont mis en évidence dans ces aliments une présence de dioxine de 6,5 picogrammes par gramme de graisse, alors que la norme européenne autorisée est de 6 pg. Ce « léger » dépassement n’a cependant suscité aucune alerte, ce dont s’étonne aujourd’hui la presse allemande, qui note qu’il a encore fallu attendre le 21 avril 2010 pour que le KAT obtienne les résultats d’une deuxième série d’analyses. Ceux-ci indiquaient une présence nettement plus élevée : 13,6 pg/g de graisse. Des taux impossibles à passer sous silence. Toutefois, le KAT n’a communiqué ces chiffres aux autorités sanitaires que six jours plus tard !

La porte-parole des autorités sanitaires du Land de Basse-Saxe a publiquement critiqué l’attitude du KAT, en précisant que si les résultats avaient été transmis plus tôt, les fermetures des établissements touchés par la contamination auraient pu se faire plus rapidement. Le directeur du KAT, Caspar Von der Crone, se réfugie derrière le fait que le KAT n’est aucunement contraint de révéler les résultats des analyses qu’il réalise. Mieux encore, selon lui, le KAT a fait son travail correctement en pratiquant une « fermeture en interne », c’est-à-dire en interdisant aux éleveurs touchés de continuer à vendre des œufs sous son label. Ce qui n’a pas empêché les exploitations touchées de continuer à vendre leurs produits !

Pire, certains fermiers bio n’ont découvert que plus tard que leurs œufs étaient contaminés, l’information provenant des autorités sanitaires, et non du KAT. Andreas Klose, installé en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a ainsi vendu près de 2000 œufs par jour pendant plusieurs semaines avant d’être alerté par les autorités que son exploitation était touchée. L’organisme Foodwatch a fait savoir par la voie de son vice-président qu’il fallait enfin se détacher de « l’idylle des fermes bio où les poules gambadent gaiement ». Les fermes bio se transforment de plus en plus en exploitations intensives et sont obligées d’importer leurs aliments pour faire face à la demande. Le président de l’Union de l’industrie biologique allemande (Bund Ökologische Lebensmittelwirtschaft), Felix Prinz zu Löwenstein, considère qu’il faut maintenant tirer les conséquences de cette contamination, qui frappe de nouveau la filière biologique. Il a ainsi déclaré lors d’un entretien à la radio allemande : « Il nous faut maintenant tirer deux éléments au clair : en premier lieu, quelles sont les défaillances du système de contrôle des aliments de la filière ? En second lieu, est-ce que certaines personnes étaient au courant et ont tout de même donné leur accord à la commercialisation ? Si c’est le cas, nous faisons face à un procédé des plus graves. »

Cette affaire de contamination à la dioxine n’en est qu’à ses débuts. Car plusieurs exploitations de chèvres et de porcs situées en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ont, elles aussi, été livrées en maïs bio contaminé...

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