actualités 05 | 07 | 2006

Agra Presse fait parler les chiffres !

« Les chiffres sont limpides, les ventes de produits phytopharmaceutiques diminuent de manière structurelle », peut-on lire dans ActuAgri du 30 juin dernier. Limpides ? Pas si évident, à en lire le compte rendu de la présentation du bilan 2005 de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), signé par Olivier Bertrand dans Agra Presse Hebdo. Selon le journaliste, les ventes de phytosanitaires seraient au contraire à la hausse en 2005, et représenteraient « une embellie commerciale » pour les industriels, dont le chiffre d’affaires aurait progressé de + 5,4 % l’année dernière.

Apparemment, Olivier Bertrand semble avoir quelques difficultés avec les calculs. Tout d’abord, d’où vient le chiffre de + 5,4 % ? Comme le note Catherine Deger, de Référence Environnement, le chiffre d’affaires de l’agrochimie est en « progression de 4,1 % sur 2004 », et non de 5,4 % comme on peut le lire dans Agra Presse. Il suffit de prendre les données des années 2004 (1 797 millions d’euros) et 2005 (1 870 millions d’euros) pour s’en assurer !

Olivier Bertrand affirme ensuite que le chiffre d’affaires des firmes phyto aurait augmenté de 11 euros par hectare cultivé en deux ans. Occasion pour le journaliste d’insinuer que les firmes s’enrichissent au détriment des agriculteurs, qui dépenseraient depuis deux ans plus d’argent pour traiter leurs parcelles. S’appuyant sur des données de l’UIPP et des statistiques du ministère de l’Agriculture, Olivier Bertrand réalise un tableau qui « démontrerait » que la vente de phytosanitaires, qui s’élevait à 91,9 euros/ha cultivé en 2003, serait passée à 98,4 euros/ha cultivé en 2004, puis 103 euros/ha cultivé en 2005. Comment obtient-il ses résultats ? Tout simplement en mélangeant les pommes et les oranges ! En effet, il indique dans son tableau le montant des ventes de matières actives pour une année civile (du 1er janvier au 31 décembre), qu’il divise avec les surfaces cultivées pour une campagne agricole (du 1er octobre au 30 septembre), et il obtient ce qu’il appelle « la vente par hectare cultivé ». Ce qui ne veut bien entendu plus rien dire... D’ailleurs, en suivant sa logique, on « découvrirait » que depuis 1999, les agriculteurs dépensent... 14 euros de moins pour traiter leurs parcelles, la « vente par hectare cultivé » s’élevant cette année-là à 117,2 euros, contre 103 euros en 2005. Agra Presse aurait donc pu titrer : « Grâce à l’industrie chimique, le coût des traitements pour les agriculteurs a massivement chuté  » !

Gil Rivière-Wekstein

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