Apiculture : le rapport de la dernière chance

actualités 14 | 10 | 2008

Apiculture : le rapport de la dernière chance

A en croire Le Point du 25 septembre dernier, Jean-Louis Borloo aurait déclaré au sujet de sa secrétaire d’Etat à l’environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet : « On la pense polytechnicienne, techno, elle est timbrée ». Sans cautionner un tel jugement, on peut cependant affirmer que NKM n’est pas vraiment une spécialiste de l’abeille. Ainsi, à l’occasion de la remise du rapport de mission sur les abeilles du député de Haute-Savoie Martial Saddier [1], NKM a demandé si les trois ruches du Rucher pédagogique de Verrières (Essonne) se partageaient la même reine ou bien si elles possédaient chacune leur propre reine ! La secrétaire d’Etat a également expliqué à la presse que le réchauffement climatique pouvait être l’une des causes des mortalités des abeilles. « Surtout à cause des très fortes variations quotidiennes, qui déroutent les abeilles », a-t-elle indiqué !

Plus sérieusement, la secrétaire d’Etat a apporté son entier soutien aux travaux de M. Saddier, dont le rapport préconise non moins d’une vingtaine de mesures-phares pour organiser « une filière apicole durable ». Le premier volet consiste à mettre en place une interprofession apicole dotée d’un Institut technique et scientifique. Le rapporteur propose de définir le statut d’apiculteur et de réintégrer la déclaration annuelle des ruches (supprimée en 2005) dès le 1er janvier 2010. « Il s’agit de pouvoir réaliser un inventaire précis et régulier du cheptel », a-t-il expliqué.

Le deuxième volet concerne les maladies des abeilles. Le rapporteur, qui a auditionné de nombreux acteurs de l’apiculture française depuis plus de six mois, a ainsi souligné que « l’objectivité et la fidélité à la fois des entretiens et des visites sur le terrain poussent la mission à positionner les problèmes de maladies des abeilles comme facteurs prépondérants ». Selon lui, l’ensemble de ses interlocuteurs ont admis que le Varroa représentait « l’ennemi n°1 de l’abeille ».

Enfin, un troisième volet, qui concerne les problèmes phytosanitaires, a été soulevé. « Il est important que dès qu’une intoxication est observée, des analyses rapides et efficaces soient effectuées afin d’identifier les causes. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui », a souligné le député de Haute-Savoie, qui souhaite également que les autorisations de mise sur le marché des produits phytosanitaires évoluent afin de prendre en compte la présence à faible dose de résidus dans le pain de pollen.

D’autres mesures ont également été évoquées, comme l’encouragement des signes de qualité, un étiquetage différencié pour le miel des producteurs et celui des négociants, la mise en place d’une filière de production française de reines et d’essaims ou encore le renforcement de la ressource en fleurs, comme les jachères apicoles.

« Ce rapport apparaît comme celui de la dernière chance pour rassembler tous les acteurs autour d’une même table afin de dialoguer, d’échanger et de faire des propositions sur l’avenir des pollinisateurs », conclut la mission, qui appelle « les professionnels impliqués dans la filière apicole à prendre toute leur responsabilité ». Du côté du syndicat des producteurs de miel de France, le SPMF, la réponse ne s’est pas faite attendre. A peine le rapport rendu à la presse, un communiqué signé de son président, Joël Schiro, déclarait partager « l’axe stratégique proposé par M. Saddier » [2]. Présent lors de la remise du rapport, le représentant du Syndicat national des apiculteurs (SNA) a également souligné la pertinence du travail de la mission. Reste à savoir si les syndicats sauront surmonter leurs incessantes querelles, à l’origine du sabotage de l’interprofession dans les années 1990...

[1Télécharger le rapport « Pour une filière apicole durable »

[2Télécharger le communiqué du SPMF

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