Baisse du QI des Français : décryptage d'une intox

actualités 16 | 11 | 2017

Baisse du QI des Français : décryptage d’une intox

L’élément déclencheur de « L’inquiétant recul du quotient intellectuel » en France aurait été identifié, indiquait le site Internet du journal Les Echos le 25 juillet dernier. Une information reprise comme un seul homme par de nombreux médias.

Le journaliste des Echos admet certes que les origines de ce surprenant phénomène « sont multiples, et leur poids relatif pas aisé à déterminer » mais ce n’est que pour mieux incriminer le facteur premier : à savoir les perturbateurs endocriniens. « Pour la physiologiste Barbara Demeneix, professeur au Museum national d’histoire naturelle [...], le principal responsable de cette déconfiture cérébrale est à chercher du côté des perturbateurs endocriniens », conclut ainsi Yann Verdo.

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Rien de très original en réalité, le journaliste se contentant de reprendre les propos d’une chronique parue dans Le Monde, en juin 2016. C’est-à-dire il y a plus d’un an ! Or, il s’agit d’une intox, transformée en fait avéré par l’implacable fabrique de la peur qui sévit dans l’Hexagone.

L’étude passée inaperçue

A l’époque, le journaliste militant anti-pesticide Stéphane Foucart s’était inquiété d’une étude de Richard Lynn et Edward Dutton publiée en juillet 2015 et « passée inaperçue ». « L’affaire est en effet d’une importance cardinale : les deux chercheurs documentaient, pour la première fois, une chute du quotient intellectuel moyen en France. Selon leurs estimations, ce dernier aurait perdu près de quatre points entre 1999 et 2009. » Prenant acte que les auteurs ont fondé leurs calculs sur un petit échantillon de quatre-vingts personnes et que leur résultat devait encore être « reproduit et confirmé par d’autres études », Stéphane Foucart n’hésitait pourtant pas à faire écho aux conclusions alarmistes de l’analyse. D’autant plus qu’elles confirment l’hypothèse de Barbara Demeneix, qui, comme le journaliste, souffre d’une forme aiguë de chimie-phobie, une affection hélas de plus en plus répandue ces temps-ci.

« Depuis longtemps, Barbara Demeneix s’attend à ce que ses idées soient confortées par un début de baisse, dans la population générale, des capacités cognitives. Désormais, nous y sommes, même si d’autres causes que les contaminants chimiques ne sont pas à exclure... », note Foucart, satisfait d’avoir enfin dégoté l’étude manquante.

De la propagande eugéniste

Or, si la communauté scientifique l’a totalement ignorée, ce n’est pas sans raison. Les travaux de Richard Lynn consistent ni plus ni moins en une ultime tentative de propagande eugéniste, publiée par un psychologue britannique de 87 ans mondialement connu pour tenir des propos racialistes dans les réseaux d’extrême droite américains et britanniques. Convaincu de l’existence d’un lien entre les « races » et le QI, il a établi une hiérarchie, donnant lieu à une cartographie répertoriant les « races » – ou les nationalités – et leurs QI respectifs. Dans un ouvrage publié en 1991, il avait ainsi conclu que les Africains se distinguaient par un QI inférieur de 30 points à la moyenne européenne. En raison d’un climat plus rude, les habitants des pays du Nord ont en effet davantage développé leur cerveau, avait-il alors expliqué. Sauf que ce lien entre la taille du cerveau et l’intelligence est démenti par les neurobiologistes.

Préoccupé par la violence qui traverse les sociétés, Richard Lynn explique avoir « rassemblé des preuves suggérant que la personnalité psychopathique est la plus élevée chez les Noirs et Amérindiens, ensuite chez les Hispaniques, et la plus basse chez les Blancs et les Orientaux ». Encore des propos sans fondement aucun. Le père de Richard Lynn, lui-même un eugéniste convaincu, avait signé en 1939 le Manifeste des Généticiens, qui avait pour objet de s’interroger sur les possibilités d’améliorer le patrimoine génétique de la population mondiale. Fidèle à son père, Richard Lynn appelle à « repenser » l’eugénisme, affirmant qu’une sélection des embryons permettrait d’accroître le QI moyen d’une « race » de 15 points par génération.

Enfin, au cours d’un entretien paru en 2007 dans The Occidental Letter, Richard Lynn proposait de mettre en place un « permis pour avoir des enfants » analogue à l’obtention d’un permis de conduire. « Pour obtenir un permis parental, les couples devraient démontrer qu’ils possèdent des qualités génétiques solides et des compétences parentales », expliquait-il, admettant volontiers qu’il « serait impossible de mettre en œuvre cette proposition dans les démocraties libérales ».

En cause : l’immigration !

Dans l’étude citée par Foucart, Richard Lynn ne fait aucune mention du rôle de la chimie dans ce recul du QI aussi « inquiétant » qu’imaginaire. Pour l’eugéniste britannique, les raisons de ce déclin sont ailleurs. Notamment dans « l’augmentation du nombre d’immigrés aux QI bas dans la population française ». Richard Lynn poursuit : « Cette augmentation s’est constatée dans toute l’Europe occidentale et un nombre conséquent d’études a démontré que les immigrés d’Afrique du Nord et du Sud-Ouest asiatique ont typiquement un QI moyen compris entre 85 et 90. » Selon M. Lynn, il ne s’agit donc aucunement de pollution chimique mais plutôt de « pollution génétique »...

Bref, on conçoit aisément que plus personne ne s’intéresse aux élucubrations nauséabondes de ce triste sire. En revanche, on comprend difficilement comment une telle étude a pu faire l’objet d’un article si peu critique, de la part d’un journaliste aussi affuté que Stéphane Foucart. Aurait-il été aveuglé par quelques a priori idéologiques ?

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