Bio : le développement trop rapide du bio inquiète les professionnels de la filière !

actualités 02 | 03 | 2010

Bio : le développement trop rapide du bio inquiète les professionnels de la filière !

Dans un courrier adressé aux pouvoirs publics, cinq associations de producteurs de fruits et légumes bio - [1] ont fait part de leurs très fortes inquiétudes concernant « la communication massive sur la croissance du marché et le déficit de production [qui] sont en décalage avec la réalité ». Sous entendu, la communication enthousiaste de l’Agence bio sur la progression du marché bio ne met pas assez en évidence quelques-uns des problèmes de la filière. Alors que les importations de fruits et légumes bio se poursuivent, le marché bio connaît en effet déjà des situations de surproduction durable en fruits et légumes, révèlent pour la première fois les professionnels de la filière. Un phénomène pourtant parfaitement prévisible.

« L’importation ne vient pas combler le manque chronique de volumes, qui devraient, dans ce cas, progressivement être remplacés par des productions françaises. Elle répond à une demande en produits exotiques, hors saison ou à bas prix, que nous ne pouvons et ne voulons pas proposer aux consommateurs pour des raisons éthiques, techniques ou économiques », notent en effet les signataires du texte. Eh oui, tant que le consommateur souhaitera acheter des tomates en novembre ou des salades en mars, ce seront des tomates et des salades bio importées...

Tout comme s’il désire acquérir du bio à un prix raisonnable. « C’est ainsi que l’été dernier, en pleine saison de production française, la majorité des fruits et légumes biologiques présents dans certaines enseignes de grande distribution étaient importés. Cet état de fait répond aux engagements pris par ces enseignes de fournir à leurs consommateurs des produits bio à bas prix », expliquent les cinq associations. Il est en effet impossible pour les producteurs bio français de rester compétitifs face à leurs collègues étrangers, qui bénéficient non seulement d’un coût de la main d’œuvre bien moins élevé, mais dont le cadre social des travailleurs saisonniers est très différent. Or, une des spécificités de l’agriculture biologique réside précisément dans sa forte exigence en main d’œuvre. De quoi durablement handicaper la filière française...

« Le soin que nous apportons à nos cultures et notre volonté de pratiquer une agriculture durablement biologique ne nous permettent pas d’être compétitifs pour répondre à ces demandes », admettent les professionnels du bio. Au final, les produits importés ne le sont pas en raison d’un manque de production nationale, contrairement à ce que laisse entendre « la communication institutionnelle », mais bien à cause d’un surcoût estimé trop élevé par le consommateur. Surcoût volontairement passé sous silence par l’Agence bio et la Fnab, afin de ne pas faire fuir l’acheteur potentiel.

Deuxième élément d’inquiétude des professionnels : l’accompagnement technique et la formation. « En matière de politique de conversion, nous constatons l’insuffisance de l’accompagnement technique et de la formation, qui met les nouveaux producteurs dans une situation intenable. La transposition pure et simple du système agronomique conventionnel au bio n’est pas viable, encore moins durable ; la diversification des cultures fait partie intégrante du mode de culture biologique », explique le texte, qui lance un avertissement très fort : « Ignorer ces principes conduira l’agriculture biologique à l’échec ». La question de l’accompagnement est en effet fondamentale. Selon Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, aujourd’hui déjà, sur « quinze agriculteurs biologiques qui sont formés chaque année dans la Région, dix sont contraints d’en partir ». Un chiffre qui reste à confirmer puisque jusqu’à présent, aucune statistique nationale ne permettait de connaître le nombre réel d’abandons. Toutefois, si ce chiffre s’avère être exact, ce serait en effet très inquiétant pour le futur du bio en France...

[1Il s’agit de l’Association des producteurs de fruits et de légumes biologiques de Bretagne (APFLBB), de Bio Loire Océan, de Mediterrabio, de Solébio et de Verte Provence.

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