actualités 20 | 10 | 2006

Blé et maïs : des niveaux de réserve au plus bas depuis 25 ans !

Alors que l’agriculture dite intensive continue à être pourfendue par ses détracteurs, le monde se retrouve cette année avec des stocks de céréales, notamment blé et de maïs au plus bas niveau depuis 25 ans !

Les céréales (blé, maïs, riz, orge etc..) représentent 70% de l’alimentation mondiale. La demande est croissante et plus de 2 milliards de tonnes seront consommées en 2006, mais la production sera à nouveau très inférieure à la consommation. En effet dans son dernier rapport publié fin septembre 2006, le Conseil international des céréales (CIC) a révisé à la baisse sa prévision de la production mondiale de blé (tendre et dur). Celle-ci a été évaluée à 588 millions de tonnes (MT), soit presque 31 MT (4,8 %) de moins que l’an dernier. Les stocks de blé, estimés aujourd’hui à 116 MT, accusent une chute de 19 MT par rapport à la campagne 2005-2006. La cause de cette baisse réside essentiellement dans les mauvaises récoltes des Etats-Unis (moins 8 MT par rapport à l’année dernière), de l’Australie (moins 9 MT) et des pays de la Mer noire (moins 10 MT). En conséquence, les cinq principaux pays exportateurs se retrouvent aujourd’hui avec des stocks qui ont littéralement fondu : 12 MT pour les Etats-Unis, moins de 8 MT pour le Canada, 6 MT pour l’Australie et 0,5 MT pour l’Argentine. Avec seulement 11 MT de stocks de blé, l’Union européenne dispose d’à peine 10 % de réserve par rapport à sa consommation annuelle, qui est de 110 MT. Ce qui représente moins d’un mois de consommation ! Cette situation est d’autant plus paradoxale que certains pays se tournent davantage vers l’UE pour s’approvisionner en blé de qualité. C’est le cas de l’Inde, qui prévoit plus de 6 MT d’importations pour la campagne 2006-2007, et qui vient de refuser une cargaison de blés ukrainiens dont la qualité s’est dégradée à la fois à cause des fortes gelées hivernales, des chaleurs de l’été et, pour finir, d’une invasion de sauterelles.

La chute des stocks risque même d’être pire ! Comme le constate l’Office national interprofessionnel des grandes cultures (ONIGC) dans une note datée du 10 octobre 2006, la consommation mondiale de blé, évaluée à 607 MT pour la période 2006-2007, a en effet été revue à la baisse, « compte tenu du recul des disponibilités ». Si la consommation restait au niveau de 2005-2006 (621 MT), les stocks accuseraient donc une chute supplémentaire de 14 MT.

La situation n’est pas plus réjouissante pour les stocks de maïs. En hausse de 25 MT, la consommation mondiale pour la période 2006-2007 est estimée à 724 MT, contre seulement 698 MT de production. Il en résulte un niveau de stocks mondiaux de maïs de seulement 100 MT (contre 125 MT pour 2005), niveau le plus bas atteint depuis 23 ans. Pourtant, en France, la production de maïs a connu une sévère « correction » à la baisse (moins de 12,2 MT), principalement due aux pressions des mouvements environnementalistes, alors qu’il existe une réelle demande mondiale.

Il n’est donc pas surprenant que les cours de ces deux matières premières aient littéralement explosé depuis l’année dernière, alimentant des fonds qui spéculent sur les « futures ». En hausse de plus de 47 % en moins d’un an, le cours de la tonne de blé rendu à Rouen se situe aujourd’hui autour de 159 euros. Le maïs, lui, se vend à plus de 150 euros la tonne, soit une augmentation de 36 % en un an. Comme s’interroge La France Agricole dans son numéro du 13 octobre 2006, « jusqu’où la fébrilité qui s’étend va-t-elle conduire les prix ? » Cette question est d’autant plus pertinente que face à cette demande tous azimuts, certains intermédiaires font de la rétention, en pariant sur des prix encore à la hausse. Selon un courtier français cité par Jean-Luc Boubals dans une dépêche de l’AFP du 11 octobre 2006, « ce sont eux qui dictent les prix, d’autant qu’aucun indice baissier ne se profile à l’horizon ». Raison supplémentaire pour mettre en place une vraie régulation du marché régulier des matières premières agricoles. Telle était l’ambition du colloque organisé par le MOMA, Mouvement pour une Organisation Mondiale de l’Agriculture, le 19 octobre au Sénat. Notons au passage que les prix actuels n’ont rien d’extravagant au regard des coûts de production. L’abondance avait tellement fait chuter les prix de marché qu’on avait fini par oublier qu’il pourrait redevenir possible de vivre décemment de la production agricole sans dépendre de compensations publiques.

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