actualités 02 | 06 | 2009

Blé transgénique : un revirement inattendu

En 2003, un rapport conduit par le Pr Robert Wisner, économiste à l’Université d’Etat de l’Iowa, annonçait un niveau de « risque élevé » pour la filière américaine de blé, si celle-ci décidait de se lancer dans la production de blé transgénique. Le rapport notait que la filière risquait de subir une perte de 30 à 50% des parts de marchés à l’exportation du blé américain. A cette époque, le « lobby du blé » – constitué par l’Association nationale des cultivateurs de blé (NAWG), le Comité du commerce d’exportation de blé (WETEC) et les Associés américains pour le blé (USWA) – avait clairement indiqué à la Secrétaire d’Etat à l’Agriculture, Ann Venemann, ses réticences face à une autorisation de commercialisation du blé Roundup Ready de Monsanto. « Nous ne sommes pas prêts à planter du blé transgénique dès demain, mais nous voulons que le travail sur les biotechnologies puisse continuer pour pouvoir mettre sur le marché ce blé transgénique en temps opportun », avait alors déclaré Daren Coppock, membre du NAWG. Il aura fallu six ans pour que ce « temps opportun » advienne.

En effet, dès novembre dernier, la NAWG a adopté sept principes pour préparer la commercialisation de nouvelles variétés transgéniques de blé. Y figuraient notamment la nécessité d’établir un dialogue entre les cultivateurs et les semenciers avant de chercher l’approbation des autorités de régulation ; l’exigence que les autorisations de mise sur le marché d’aliments à base de blé transgénique pour humains et animaux soient coordonnées dans les principaux pays exportateurs ; le fait que l’introduction des nouvelles variétés de blé ne doive pas affaiblir le marché des semences conventionnelles ; la mise au point d’un test de détection de l’évènement et enfin l’assurance par les semenciers d’une formation adéquate des agriculteurs.

Deux mois plus tard, la NAWG a lancé une enquête nationale auprès de 21.000 producteurs possédant plus de 200 hectares (500 acres) de surfaces cultivées en blé afin de connaître et de mesurer le niveau du soutien qu’ils apporteraient à l’introduction de blé transgénique dans leur filière. Pour la NAWG, il s’agissait de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse selon laquelle les producteurs de blé souhaitent étoffer leur arsenal d’outils de production grâce aux biotechnologies. Sans ce soutien, les semenciers ont clairement fait savoir qu’aucun d’entre eux n’engagerait d’importants efforts de recherche et de développement dans cette filière.

Les réponses à l’enquête ayant été largement positives, la NAWG a alors engagé une discussion avec les associations céréalières de blé canadiennes et australiennes. Ensemble, ils ont annoncé le 14 mai 2009 leur intention « de synchroniser la commercialisation de traits biotechnologiques dans la culture de blé ». Dans une « déclaration de principes communs », les signataires estiment qu’il est « dans le meilleur intérêt des trois pays d’introduire la biotechnologie d’une façon concertée afin de minimiser la distorsion des marchés ». La déclaration déplore la croissance lente des rendements du blé comparée à celle d’autres cultures, conséquence du manque d’investissements publics et privés dans la recherche sur le blé au niveau mondial. « Les augmentations de rendement du blé ne suivent pas le rythme de celles du maïs et du soja. Nous devons être compétitifs avec d’autres cultures », a noté Byron Richard, président de North Dakota Grain Growers Association.

Tout en admettant que les biotechnologies ne constituent pas la seule réponse possible, les organisations professionnelles de ces trois grands pays producteurs de blé notent néanmoins qu’elles «  permettront de développer des variétés de meilleure qualité nutritionnelle avec des rendements plus élevés pour mieux nourrir le monde et que les semences améliorées génétiquement auront une capacité renforcée pour résister aux maladies et aux insectes, mieux utiliser les nutriments du sol, réduire les besoins en eau et accroître la tolérance aux climats extrêmes comme la sécheresse et le gel ».

ogm biotechnologie