actualités 22 | 05 | 2006

Campagne du MDRGF sur les pesticides dans les fruits : mais que fait donc Interfel ?

Il y a à peine un an, le Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF) de François Veillerette, l’ancien président de Greenpeace France, avait saisi les tribunaux contre l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), suite à la campagne publicitaire de celle-ci sur les pesticides. Indignée par le fait que le monde des phytos ait osé choisir un petit pois et un melon pour illustrer sa campagne, l’association interprofessionnelle des fruits et légumes (Interfel) avait fait de même. L’action de l’UIPP pourrait « donner une mauvaise image des fruits et légumes », expliquait alors l’avocat de l’interprofession. Admettant que cette campagne ne présentait aucun caractère alarmiste, le juge de référé, Marie-Christine Courboulay, avait cependant estimé que le visuel pouvait susciter « une interrogation et une crainte ». L’UIPP s’était ainsi vue privée de son petit pois et de son melon.

Mais que dirait donc Madame le juge aujourd’hui si d’aventure elle consultait le site
Internet du MDRGF ? Car la nouvelle campagne « Pesticides non merci » de François Veillerette est illustrée par une pomme - visiblement bien plus dangereuse que celle de Blanche Neige - transpercée de multiples seringues. La légende précise : « 27 traitements pour une pomme », tandis qu’apparaissent alternativement les adjectifs « cancérigène » et « neurotoxique ». Après s’en être pris aux pesticides, François Veillerette s’attaque maintenant non seulement aux filières fruits et légumes traditionnelles, mais également à celles du lait, du pain et du poisson, toutes accusées d’être sources de « dizaines de pesticides différents qu’on ingère chaque jour par notre alimentation et qui viennent contaminer notre corps ».

Selon le MDRGF, on retrouverait « fréquemment dans le lait » du DDT, du lindane et du fipronil. Ce dernier, toujours d’après le MDRGF, est même « suspecté d’être cancérigène et perturbateur endocrinien ».Qu’importe que l’Agence pour la protection de l’environnement américaine (EPA) ait autorisé en 2004 l’usage du fipronil, estimant que la molécule ne représentait aucun risque majeur ! Qu’importe que l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) ait levé toute ambiguïté sur la toxicité du fipronil pour la santé humaine dans un rapport publié en 2005 ! Qu’importe qu’encore tout récemment, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Aesa) ait confirmé les conclusions de l’agence française ! François Veillerette préfère passer sous silence le rapport pourtant des plus clairs de l’agence européenne, selon lequel « aucun potentiel génotoxique ou cancérogène n’a été mis en évidence [sur le fipronil]. Le mécanisme d’induction des tumeurs thyroïdiennes a été discuté par les experts et considéré comme étant une réaction spécifique aux rats et non significative pour les humains. Aucune toxicité au niveau de la reproduction ou du développement n’a été observée. Les études neurotoxiques spécifiques ne révèlent aucun élément histopathologique dans le système nerveux ».

Alors, d’où le président du MDRGF tient-il donc ses « révélations » ? Qui est le corbeau de l’affaire ? En l’occurrence, un certain Bernard Fau, « l’avocat de l’Association des victimes de pesticides agricoles, [qui] a mis en évidence la présence de traces de fipronil, la molécule active de l’insecticide Régent TS, dans un échantillon de lait provenant d’un élevage de Vendée ». Sûrement une source plus crédible que l’EPA, l’Afssa et l’Aesa réunies...

Tout ceci est d’autant plus maladroit que la campagne de François Veillerette coïncide précisément avec celle d’Interfel, intitulée « La semaine fraîch’attitude », et dont l’objectif, parfaitement louable, est « d’inciter chacun à augmenter sa consommation de fruits et légumes frais afin de maintenir son capital santé ».

Pourtant, hormis un timide communiqué de presse adressé exclusivement à l’AFP, qui précise que « c’est la trop faible consommation de fruits et légumes qui inquiète les professionnels de la santé  », Interfel reste très discret sur les agissements du MDRGF. Sophie Le Mouël, responsable de la communication de l’interprofession, nous a expliqué qu’un rendez-vous avec « les ONG » [sic] était prévu. Visiblement, Interfel souhaite obtenir un arrangement à l’amiable plutôt que de faire appel à la justice.

Pourquoi une telle retenue envers le MDRGF ? Serait-ce parce que parmi les avocats du Cabinet Racine, en charge des dossiers juridiques d’Interfel, figure Maître François Honnorat ? Or, ce dernier a fait partie - jusqu’à très récemment - du Comité d’Alerte de H - 50, une association écologiste extrémiste présidée par un autre avocat, Pierre-Yves Le Mazou, qui est, lui, celui du... MDRGF !

Les bureaux de Maître Le Mazou - situés au 92 rue Richelieu à Paris - servent d’ailleurs de QG parisien aux militants de François Veillerette...

Générations Futures/MDRGF pesticides

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