Céréales : une dégringolade des prix agricoles anticipée dès mai 2008 !

actualités 14 | 10 | 2008

Céréales : une dégringolade des prix agricoles anticipée dès mai 2008 !

Alors que les experts de l’OCDE et de la FAO affirmaient encore très récemment que si « les prix des produits agricoles devraient fléchir par rapport à leurs récents niveaux record, ils devraient sur les dix prochaines années se maintenir au-dessus de leur valeur moyenne de la décennie passée », Ralph Ichter, président d’Euroconsultants, annonçait qu’outre-Atlantique, « on était plutôt convaincu que les prix agricoles allaient baisser » (voir A&E FLASH : Farm Bill 2008 ou le bras donneur du Congrès américain ) .

Avec des cours divisés par deux en moins d’un an, on ne peut que constater la pertinence de l’analyse du président d’Euroconsultants. Ainsi, le prix du blé tendre vient de passer en dessous de la barre des 145 euros la tonne (rendu Rouen), tandis que celui du maïs varie entre 95 et 100 €/t « au départ des plates-formes hongroises ». Cette chute libre amorcée dès mars 2008 est-elle le simple fait d’un excédent de production mondiale ? S’agit-il d’une simple réaction au fait que l’offre a dépassé la demande ? Avec une progression de 10% par rapport à la saison dernière, la production 2007-2008 de blé (676 Mt) a certes été encore revue à la hausse par l’ONIGC (Office national interprofessionnel des grandes cultures) le 8 octobre 2008, lors de son traditionnel point presse. Elle est donc supérieure à la demande solvable, estimée à 646 Mt (+35 Mt par rapport à 2007-2008). C’est également le cas de l’orge, dont la production est révisée à la hausse (+ 20 Mt, soit 153 Mt), et qui est donc supérieure à la demande (+9 Mt soit 148 Mt), tout comme la production de 644 Mt de riz paddy, qui devrait fournir 431 Mt de riz blanchi, pour une consommation attendue de 427 Mt.

En revanche, ce n’est pas le cas du maïs, dont la récolte (la deuxième meilleure de tous les temps, après celle de 2007) devrait enregistrer un recul de 16Mt pour atteindre une production totale de 771 Mt. Son niveau est inférieur à la demande, qui est estimée à 788 Mt (+12 Mt par rapport à 2006-2007). « Le stock mondial de maïs devrait continuer de chuter, car il y a eu aux Etats-Unis une réduction des surfaces et donc de production, en dépit d’une hausse de 24 Mt dans la production de bio éthanol », a précisé Rémi Haquin, président de l’ONIGC. Or, son prix a commencé à décrocher dès février 2008, c’est-à-dire bien avant que ne commence le jeu de dominos qui fait chuter établissement bancaire après établissement bancaire. Pour Patrice Germain, directeur général adjoint de l’ONIGC, l’effondrement du prix du maïs s’explique en partie par « la recherche de trésorerie qui a entraîné de vastes mouvements de liquidation de positions longues détenues par les fonds, y compris sur le marché des matières premières agricoles ». « Les hedge funds ont arrêté de jouer au casino et sont devenus très, très avares de leurs sous », confirme Alain Faujas, chroniqueur au Monde.

En adoptant dès mai 2008 un Farm Bill qui place l’agriculture américaine à l’abri des aléas des marchés, le Congrès et le Sénat américains ont donc pris une décision éclairée, contrairement au dogme libéral toujours d’actualité à Bruxelles. D’autant plus que si la crise bancaire actuelle s’apparente à la crise de 1929, « alors, l’agriculture n’échappera pas à la récession », comme le note Michel Collonge dans La France Agricole. « La création de l’Office du blé en 1936 découle directement de la grande dépression », rappelle avec pertinence l’éditorialiste.

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