actualités 24 | 09 | 2007

Chlordécone : la singulière communication du ministère de l’Agriculture

Devenu depuis 2004 la coqueluche des médias, Dominique Belpomme excelle dans l’agitation médiatique grâce à la collaboration de quelques journalistes bienveillants. Comme chacun l’aura constaté, les propos alarmistes de ce « médecin-spectacle » sont activement relayés par d’autres journalistes, qui ne prennent pas toujours le temps de vérifier ses allégations fantaisistes. Ce qui est dommage, d’autant plus qu’il n’est pas nécessaire de se lancer dans une grande investigation pour s’apercevoir que le document sur le chlordécone, rendu « public » le 17 septembre dernier par M. Belpomme, et paré du titre bien prestigieux de « Rapport d’expertise et d’audit externe », n’est rien d’autre que le énième épisode de la croisade militante anti-pesticides du père de l’Appel de Paris. Ce document est en effet disponible sur Internet depuis le 23 juin 2007 ! C’est dire à quel point sa sortie, à l’occasion de la journée européenne pour la lutte contre le cancer de la prostate, était programmée.

Or, plutôt que d’expliquer que les autorités sanitaires n’ont pas attendu l’agitation de Dominique Belpomme pour diligenter un véritable travail d’experts sur ce dossier, Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture, a curieusement réagi au remue-ménage médiatique en jouant sur le registre de la peur. Déclarant sur Europe 1 que la situation en Martinique était « grave », sans préciser qu’aucun lien n’a été démontré à ce jour entre l’exposition aux pesticides aux Antilles et certains effets sur la santé - contrairement à ce qu’affirme M. Belpomme -, M. Barnier n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. Il a fallu attendre la déclaration du directeur général de l’Institut national de veille sanitaire (INVS), Gilles Bruckner, pour calmer le jeu. Ce dernier, réagissant vivement aux propos de M. Belpomme, a en effet rappelé que « ce document [de M. Belpomme] n’est pas un travail scientifique ». Il est même parsemé « d’approximations, d’inexactitudes, d’incohérences et surtout d’affirmations mensongères sur les intentions des investigateurs », précisent un chercheur de l’Inserm et plusieurs médecins du CHU de Pointe-à-Pitre, cités dans Le Figaro. Interpellé à ce sujet par A&E, François Lucas, le président de la Coordination rurale, remarque pour sa part qu’« il aurait été plus judicieux que le ministre de l’Agriculture donne une vision globale des différents modèles de production de bananes. Il apparaîtrait alors que le système de production antillais est heureusement beaucoup plus rigoureux que les pratiques sanitaires, sociales et environnementales des pays d’Amérique centrale, dont les exportations issues d’exploitations latifundiaires envahissent le marché européen. »

Or, le ministre n’a fait rien de tel. Il s’est contenté de faire de la surenchère avec les militants anti-pesticides, déclarant même qu’il envisageait « d’aller vers la banane zéro pesticide ». Finalement, on pourrait presque croire que le document de M. Belpomme tombe à point nommé pour réorienter l’agriculture vers un modèle conforme aux exigences du président Sarkozy sur la diminution quantitative des pesticides - exigence clairement exprimée dans sa lettre de mission adressée au ministre. A moins que les services de communication de Michel Barnier n’aient pas vraiment préparé le ministre à un tel événement médiatique. Hypothèse d’autant plus crédible que ce dernier s’est également fait piéger par la publication dans Le Monde d’une déclaration de son collègue Jean-Louis Borloo sur un projet de gel des cultures OGM. En effet, c’est par la presse - et dans le TGV - que Michel Barnier aurait pris connaissance de la position du ministre de l’Ecologie, une heure à peine avant de se présenter devant les congressistes du Sommet du Végétal de Tours, le 20 septembre dernier. Face à la colère des congressistes, M. Barnier a dû annuler pour la seconde fois (la première ayant eu lieu à l’occasion du Salon européen des productions animales de Rennes) son grand discours sur son projet pour l’agriculture de demain.

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