Des miels français présentés au Concours Général Agricole 2008 contenaient des antibiotiques

actualités 14 | 05 | 2009

Des miels français présentés au Concours Général Agricole 2008 contenaient des antibiotiques

Le miel chinois n’est pas le seul à connaître des contaminations par antibiotiques (voir Trafic et blanchiment de miel aux États-Unis). Selon une enquête réalisée par le Centre d’études techniques de Moselle (Cetam), et dont les résultats ont été confirmés par l’Afssa, près de 10 % du miel français présenté au Concours Général Agricole (CGA) de 2008 et à la Foire aux Miels de Montauban contiennent des résidus non négligeables de tétracyclines – une famille d’antibiotiques déconseillés aux femmes enceintes car ils peuvent altérer et changer la configuration de la dent en formation chez le fœtus. « Sur 100 miels analysés, 9 présentent des teneurs en résidus de tétracyclines supérieures ou égales à 15 µg/kg », indique un article publié à ce sujet dans le dernier numéro de la revue de la Société des experts chimistes de France [1]. Les auteurs concluent sans ambiguïté : « Cette enquête montre que les miels français livrés à la consommation peuvent présenter des résidus de tétracycline. Ils devraient être retirés de la vente. » La note de service de la Direction générale de l’Agriculture sur l’usage de tétracyclines dans le traitement des ruchers atteints de loque, datée du 11 février 2005, est d’ailleurs très claire à ce sujet : « Sur le plan réglementaire, le miel doit être considéré comme impropre à la consommation humaine », avertissent ses auteurs, qui précisent que ce miel ne peut pas davantage servir au nourrissement d’autres colonies. « Il contient des antibiotiques qui entraîneraient la présence de résidus dans le miel des colonies nourries », indique la circulaire. En aucun cas, ce miel n’aurait dû se trouver sur le marché, et encore moins être présent à un concours « de renommée », qui ne soumet ses candidats qu’à des analyses physico-chimiques portant sur des critères de qualité (l’humidité, les teneurs en sucre ou l’analyse pollinique). Curieusement, aucune analyse effectuée dans le cadre de ce concours ne portait sur des résidus de contaminants. Or, avec 10% d’échantillons positifs présentant des teneurs allant jusqu’à 1.217 µg/kg (analyse ELISA), on peut se demander si l’usage d’antibiotiques reste aussi marginal que ne veut bien le faire croire la profession apicole. D’autant plus que, comme l’indique le Cetam, cette enquête a été réalisée « dans le but d’évaluer les teneurs en tétracyclines sur un échantillon le plus représentatif possible de miels français ». Trouver près de 10% de miel contaminé n’est donc pas une simple erreur de parcours...

Plus généralement, les auteurs de l’enquête remettent sur la table le problème du traitement médicamenteux des maladies bactériennes du couvain. Comme ils le rappellent, « l’augmentation des exigences réglementaires et scientifiques a contribué au déficit croissant des médicaments vétérinaires. Ce déficit est particulièrement marqué pour les petites filières animales, qui ne constituent pas un marché important pour les industriels du médicament ». En effet, aucune autorisation de mise sur le marché (AMM) ne peut être délivrée sans qu’une limite maximale de résidus (LMR) n’ait été établie au préalable. Or, « compte tenu du coût élevé des études scientifiques nécessaires pour établir les dossiers de LMR, seules les espèces les plus importantes dites “majeures” ont fait l’objet de travaux. Ainsi, pour les abeilles, espèces dites mineures, aucun antibiotique n’a pu faire l’objet d’une demande d’AMM », indique les auteurs. De leur côté, les syndicats apicoles ont pris ce dossier d’autant moins à bras le corps qu’ils ont préféré communiquer sur le thème : « nos abeilles n’ont pas de problèmes sanitaires ». Résultat : laissés à leur propre sort, les apiculteurs en sont réduits à faire ce qu’ils peuvent... quitte à prendre quelques libertés avec la réglementation sanitaire !

[1Les antibiotiques et l’apiculture : conséquences sur la qualité sanitaire des miels ; A-C Martel & J-P Faucon (Afssa), P. Schweitzer (CETAM), C. Cailteau, Département de Génie biologique de l’Université Paul Verlaine (Thionville-Yutz) ; Annales des Falsifications, de l’expertise chimique & toxicologique, N° 970, 1er semestre 2009.

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