« Des patates bio cultivées avec des produits chimiques toxiques ! », titre le Daily Mail

actualités 25 | 01 | 2008

« Des patates bio cultivées avec des produits chimiques toxiques ! », titre le Daily Mail

« Des milliers de tonnes de patates bio cultivées en utilisant des produits chimiques toxiques » : tel est le titre d’un article du Daily Mail paru le 2 janvier 2008. Cette enquête, qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Manche, traite de l’utilisation massive de cuivre par les producteurs de pommes de terre bio en 2007. « De nombreux consommateurs de produits savent-ils qu’un nombre très important de planteurs de pommes de terre bio ont demandé une autorisation spéciale pour appliquer de grandes doses de fongicide à base de cuivre pendant l’été et l’automne ? », s’interroge le Daily Mail.

Selon le quotidien britannique, la Soil Association, l’organisation britannique de certification et de promotion de la nourriture bio, reconnaît que 30 % de ses planteurs ont demandé une autorisation spéciale pour utiliser un fongicide à base de cuivre. Alors qu’en 2006, seuls 58 agriculteurs britanniques avaient utilisé 2,2 tonnes de cuivre, cette année, ce sont plus de 100 agriculteurs qui ont fait cette demande. « Le mildiou de la pomme de terre est causé par le champignon “Phytophthora infestans”, qui se développe rapidement en conditions humides, et peut détruire un champ entier de pommes de terre. Les spores se développent sur les feuilles et elles sont lessivées dans le sol où elles infestent les plantes voisines. Elles peuvent aussi être emportées par le vent à des kilomètres de là », explique le Daily Mail.

La succursale britannique de la société suisse Syngenta confirme que la demande des cultivateurs de pommes de terre bio concernant les pesticides à base de sulfate de cuivre a « dépassé toutes [ses] prévisions », avec des quantités qui ont atteint « un niveau presque record » l’été passé. Les planteurs ont été obligés de recourir à de très nombreuses applications de cuivre afin de protéger leurs cultures contre le mildiou. « Cette maladie est à l’origine de la famine en Irlande au XIXe siècle », rappelle le quotidien britannique.

Interrogé par le Daily Mail, le Pr Tony Trewavas, un expert scientifique des plantes à l’Université d’Edinbourg, explique que les composés cuivriques sont 1.000 fois plus toxiques que les fongicides utilisés actuellement sur les pommes de terre non bio. « Ils ne sont pas seulement un poison pour les gens, mais aussi pour la nature », a-t-il ajouté. « Le problème est que les agriculteurs bio n’ont rien d’autre à utiliser à sa place. Le mildiou détruit toute la culture de pommes de terre – elle entre par les feuilles et finit par détruire tout le plant, ne laissant rien du tout. Pas plus que les autres, les agriculteurs bio ne peuvent se permettre de perdre toute leur production », poursuit le spécialiste britannique. En France, on estime au minimum à 40 % les pertes occasionnées par le mildiou, sur les 760 hectares de cultures de pommes de terre bio. Certains agriculteurs n’ont d’ailleurs même pas pris la peine de récolter...

Le Pr Lewis Smith, directeur du département des homologations à Syngenta, confirme les propos du Pr Trewavas. « Le sulfate de cuivre est un poison à doses élevées. Il peut s’accumuler dans le sol et, n’étant pas biodégradable, vous pouvez vous trouver rapidement avec des concentrations élevées », précise-t-il. Le sulfate de cuivre est seulement actif comme pesticide préventif. Quand les exploitations bio sont frappées par le mildiou, elles sont obligées de détruire toute la végétation de la surface du sol et d’arracher tous les tubercules en quelques jours afin d’éviter la propagation de la maladie.

L’infestation par le mildiou n’a finalement pas fait que des malheureux : la pénurie de pommes de terre bio outre-Manche a entraîné l’importation, en urgence et par avion, de variétés bio israéliennes et égyptiennes. Et ce en dépit de l’incidence carbone ! En clair, voilà des pommes de terre bio, certes, mais pas très « écologiquement correctes » !

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