actualités 14 | 08 | 2007

Des viticulteurs bio reviennent aux produits chimiques

On nous avait annoncé un été chaud et sec. Marc Laimé[1], « journaliste spécialisé et conseil sur les politiques publiques de l’eau auprès de collectivités locales », s’était lancé le 8 mars dernier dans l’exercice périlleux de nous prédire pour l’été 2007 « une sécheresse annoncée comme dramatique » 1. Mais voilà que madame Météo a démenti les belles promesses du journaliste, n’apportant que pluie et fraîcheur. Après un mois de mai et de juin désolants, le mois de juillet a été caractérisé par des températures situées en dessous des moyennes saisonnières sur l’ensemble du territoire français, hormis la Corse, et surtout par des précipitations allant jusqu’à 220 % de la « normale ». Depuis le 1er mars, l’écart cumulé des précipitations par rapport à la moyenne des dernières années se situe à 23 % pour le Centre-Est et le Sud-Est, et jusqu’à 62 % pour l’Ouest. L’agriculture n’a donc pas subi la sécheresse annoncée, mais bien la pluie, dont quelques orages de grêle dans certaines régions.

Les vignerons ont été particulièrement touchés par ce temps maussade. Ainsi, le potentiel de récolte de vin 2007 a été estimé à moins de 50 millions d’hectolitres par le Service central des enquêtes et études statistiques (SCEES) du ministère de l’Agriculture. C’est-à-dire un des plus faibles depuis 2000. En revanche, « ce millésime s’annonce précoce et de bonne qualité. Les premiers coups de sécateurs sont prévus fin août sur les raisins blancs et 1re quinzaine de septembre sur les rouges (pour le cépage merlot). Les conditions météo à venir affineront ces données », a indiqué le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) dans un communiqué en date du jeudi 9 août 2007. Cette année, les vignes ont connu une forte présence de mildiou, une maladie favorisée par ces mauvaises conditions climatiques. Cependant, le CIVB assure que « les traitements soutenus et la vigilance des viticulteurs, associés aux différents travaux effectués en vert, ont réduit la propagation, irrégulière selon les parcelles et les cépages ».

« Le millésime 2007 se gagne aujourd’hui. Seuls ceux qui savent travailler dans leurs vignes ont des chances de s’en sortir », explique pour sa part Olivier Rostang, œnologue-conseil des services techniques d’Inter Rhône, le syndicat interprofessionnel de la vallée du Rhône. En clair, ceux qui savent traiter contre les maladies. Dans un article publié le 10 juillet, Libération relate les déboires de Didier Michaud, viticulteur dans le Bordelais : « Il travaille en bio depuis longtemps, réalise des vins qui méritent d’être connus. Mais c’est râpé pour 2007. “Je n’aurai pas de récolte, rien cette année, soupire-t-il. Tout a été attaqué par le mildiou. Il me reste une toute petite parcelle dans laquelle le raisin n’est pas encore tombé, mais je ne me fais pas d’illusions. Je continue quand même de la sulfater, pour éviter de contaminer les voisins ” ». L’article poursuit : « “Cette année, les pluies sont régulières et discontinues, ce qui ne laisse pas le temps de sécher les raisins, explique Eric Maille, ingénieur au Civam bio 33, qui regroupe les producteurs bio de Gironde. La météo est par ailleurs trop aléatoire. Une pluie annoncée le dimanche peut tomber le lundi. Or, en bio, le traitement doit se faire au plus près de la pluie, juste avant si possible”. Selon le technicien, la situation est très hétérogène, avec des parcelles relativement saines et d’autres perdues à 80 ou 90 %. Le merlot, notamment, est très touché par le mildiou. Les viticulteurs travaillant en bio sont particulièrement exposés. Leurs plantes deviennent plus résistantes, mais elles réclament beaucoup d’anticipation. Une fois le mycélium [2]. installé, impossible de le déloger sans produits phytosanitaires. Dans plusieurs régions, des vignerons en bio sont repassés exceptionnellement aux produits chimiques pour contenir les attaques ». Bigre, quelle révolution ! Voilà que Libération reconnaît des vertus aux pesticides de synthèse...

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[1] Marc Laimé, dans « Eau, sécheresse et OGM : dissémination massive d’OGM en France l’été prochain ».

[2Le mycélium est un ensemble de filaments, plus ou moins ramifiés, appelés hyphes, formant la partie végétative d’un champignon que l’on retrouve dans le sol ou le substrat de culture

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