Deux pesticides (dont un bio) accusés de multiplier les risques de la maladie de Parkinson

actualités 17 | 02 | 2011

Deux pesticides (dont un bio) accusés de multiplier les risques de la maladie de Parkinson

Une étude menée par l’Institut national de la santé et de l’environnement américain (NIEHS), et publiée dans le journal américain Environmental Health Perspectives [1], suggère que les personnes exposées à la roténone et au paraquat auraient deux fois et demi plus de risques de souffrir de la maladie de Parkinson. « La roténone entrave directement la fonction de la mitochondrie qui permet de produire l’énergie des cellules alors que le paraquat augmente la production de certains dérivés d’oxygène qui peuvent endommager la structure des cellules », relate le Dr Freya Kamel, co-auteur de l’étude. Avec toutefois un bémol. Précisé en introduction, les auteurs notent que « des dizaines d’années d’études en laboratoire n’ont jamais permis d’établir avec certitude un lien entre ces deux pesticides et la maladie de Parkinson chez l’homme. Des études antérieures font état de relations avec le paraquat, mais les résultats sont inégaux, et, en général, les études incluent peu de cas de personnes exposées ». « Pour la roténone, les preuves sont rares », poursuivent-ils, citant cependant pas moins de 12 études qui suggèrent fortement un lien entre la roténone et la maladie de Parkinson. La première date de 1983 (Langston et al.) et la dernière de 2010 (Pan-Montojo et al.).

L’équipe du Dr Kamel, et celles associées à ses travaux, n’a donc pas réalisé de nouvelles études cliniques, mais a examiné 110 personnes atteintes par la maladie de Parkinson et un groupe de contrôle de 358 sujets. Il s’agit de personnes sélectionnées parmi une cohorte de 90 000 professionnels, utilisateurs de produits phytosanitaires, ainsi que leurs épouses, suivies dans le cadre de l’étude FAME (Farming and Movement Evalution). Les auteurs sont pourtant formels : « Cette étude apporte des preuves solides concernant un lien entre l’utilisation de la roténone et la maladie de Parkinson. Elle est 2,5 fois plus fréquente chez les personnes qui ont déclaré avoir utilisé la roténone que chez celles qui ne l’ont pas utilisée. » Ce taux de fréquence est identique lorsque l’exposition date de plus de quinze ans avant le moment du diagnostic clinique du malade.

Ce constat est d’autant plus inquiétant que l’usage de la roténone s’est très largement étendu ces dernières années, notamment chez les non professionnels. « L’usage omniprésent de la roténone jusqu’à encore récemment, tant chez les professionnels que chez les particuliers, suggère que beaucoup de personnes ont été exposées. […] Etant donné que la roténone vient de plantes, elle a été considérée comme un pesticide “bio” et a été communément utilisée comme insecticide domestique, dans les jardins et l’agriculture, et pour tuer les poissons. […] Elle est retirée d’usage dans l’Union européenne depuis 2007, après quoi les Etats-Unis ont décidé d’annuler la plupart de ses utilisations. » Les auteurs omettent cependant de préciser qu’en France les agriculture bio ont obtenu des dérogations afin de maintenir son usage notamment sur les pommes, les poires, les pêches, ou encore la vigne et les pommes de terre. Des dérogations qui visiblement ne dérangent pas François Veillerette, le patron de Générations Futures. Son dernier document portant justement sur « l’usage de pesticides interdits » ne mentionne même pas l’existence de ce neurotoxique ! Ne veut-il pas embarrasser ses amis « bio » ? La question reste ouverte...

[1Caroline M. Tanner, Freya Kamel, G. et al., « Rotenone, Paraquat and Parkinson’s Disease », Environmental Health Perspectives, 26 janvier 2011.

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