actualités 21 | 04 | 2008

Entretien avec le député UMP François Grosdidier à propos de sa position sur les OGM.

François Grosdidier clarifie les raisons qui l’ opposent à sa majorité au sujet des OGM.

A&E : Monsieur le député, pouvez-vous clarifier les raisons qui vous opposent à la majorité de votre groupe parlementaire (UMP) au sujet des OGM ?

M. François Grosdidier : Je tiens tout d’abord à préciser que je ne suis pas un partisan de la décroissance. Bien au contraire, je suis partisan du progrès scientifique et de tout ce qu’il peut apporter à l’humanité, bien que je sois aussi un partisan du principe de précaution. Compte tenu du fait que les biotechnologies concernent tout le vivant, il est absurde de postuler l’innocuité ou la nocivité des OGM en général. Je refuse donc de rentrer dans un débat d’ordre théologique sur cette question. Je n’ai pas non plus de problème avec le fait que les biotechnologies transgressent la barrière des espèces. Comme pour les pesticides chimiques ou les antibiotiques, il faut raisonner au cas par cas. Il faut évaluer ce qui est dangereux, quels risques on est prêt à prendre, et pour quels bénéfices.

Cependant, bien qu’on ne puisse pas comparer les OGM à l’amiante, on a des éléments sérieux de doutes quant à l’innocuité sur le long terme de certains d’entre eux. Dans le cas du MON 863, je me réfère aux travaux de Gilles-Eric Séralini, que je connais très bien, et qui n’est pas motivé par une opinion politique prédéterminée. Comme Jean-Marie Pelt, que je connais également très bien et avec qui j’ai beaucoup discuté du sujet, M. Séralini est membre du Crii-gen. Cette organisation est présidée par Corinne Lepage, qui n’est pas une gauchiste révolutionnaire. Voilà des gens qui n’ont pas de raisons idéologiques de s’opposer aux OGM et dont l’approche ne résulte pas d’un engagement idéologique altermondialiste. Or, comme le note Gilles-Eric Séralini, on ne fait des études sur rats que de trente jours. En épidémiologie, ce n’est pas sérieux ! Il y a donc deux éléments qui troublent le député que je suis. Le premier, c’est que les tests exigés pour les « pesticides OGM » sont trois fois moins longs que pour les pesticides chimiques. Le deuxième, c’est l’opacité qui entoure les résultats des études

Mais les travaux de M. Séralini sont très contestés par ses collègues…

J’ai suivi toute la mission parlementaire sur les OGM et j’ai vu comment M. Séralini a été reçu par le député Jean-Yves Le Déaut, partisan convaincu des OGM. M. Séralini est passé devant un véritable tribunal inquisitorial au cours duquel on ne le laissait même pas répondre aux questions. Jean-Yves Le Déaut lui reprochait d’avoir livré en pâture au grand public et à la presse (en l’occurrence le journal Le Monde) un certain nombre d’informations sur plusieurs études. Dès le départ, toute cette mission a été orientée. Or, des personnalités comme Jean-Marie Pelt sont sûrement plus qualifiées pour parler de botanique que le Pr Bernard Debré dont j’ai entendu les aberrations lors des débats à l’Assemblée nationale.

En outre, je constate qu’il y a réellement des obstacles à la transparence, puisque pour le maïs MON 863, il a fallu faire intervenir la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) afin de rendre les informations publiques. Pour moi, ces éléments ne peuvent que renforcer le doute. Je n’ai aucune certitude au sujet des OGM. Il n’y aura peut-être aucun problème. Je dis simplement que des essais de trente jours sur rats ne permettent pas de mesurer les effets à long terme sur la santé. Or, quand je demande pourquoi on n’aligne pas les tests des OGM sur les tests des pesticides, on me répond que c’est pour des raisons économiques. Ce n’est pas une réponse qui peut me satisfaire au regard de la santé publique. J’ai des doutes, et on ne fait rien pour lever ces doutes.

Concernant le maïs OGM MON 863, avez-vous contacté le toxicologue Gérard Pascal, qui est à l’origine de l’interrogation de la Commission du génie biomoléculaire sur les rats, afin d’avoir son avis définitif ?

Non...

…Pourtant, le MON 863 est autorisé à l’importation. Si vous avez un doute sur son innocuité, pourquoi ne demandez-vous pas son interdiction ?

Je n’ai pas fait d’amendement pour interdire ou autoriser un maïs. J’ai simplement proposé un amendement pour assurer la transparence, afin qu’en aucun cas des résultats de tests soient couverts par le secret industriel. Mon amendement a été repoussé. De même, j’ai proposé des amendements pour que les autorisations de mise en culture fassent l’objet d’un arrêté conjoint des ministères de l’Environnement et de l’Agriculture. Car je sais comment fonctionne le ministère de l’Agriculture, et je sais à quel point les préoccupations économiques – qui sont légitimes – prédominent. Nathalie Kosciusko-Morizet soutenait même, au nom du gouvernement, l’amendement qui demandait un arrêté conjoint. Vous auriez dû voir le visage fermé de mon collègue Christian Jacob, et la violence de la charge pour que cet arrêté soit l’affaire exclusive du ministère de l’Agriculture. Je prétends que ce débat a été complètement confisqué par les semenciers. Ils ont empêché qu’il y ait un long débat de fond au sein du groupe UMP. On ne répond pas aux exigences de transparence et d’indépendance comme nous l’avions souhaité. Tout cela ne me rassure pas.

Pourtant, la communauté scientifique semble assez unanime quant à l’innocuité des OGM autorisés…

J’ai entendu plusieurs scientifiques débattre sur les biotechnologies, mais comme je suis juriste et pas scientifique de formation, il y a un certain nombre de choses qui m’échappent. Cependant, étant élu, je me dois de définir un cadre institutionnel qui garantisse la transparence et l’indépendance. Or, on n’a rien voulu fixer sur la prévention des conflits d’intérêts au sein du futur Haut Conseil, ni sur le partage de la responsabilité. Celle-ci incombera uniquement au petit agriculteur qui contaminera son voisin. En cas de contamination de grande ampleur, on se retournera alors vers le contribuable. En clair, l’ensemble de la filière va une fois de plus échapper à sa responsabilité. Pour ma part, je défends le principe de pollueur-payeur. Je suis de conviction libérale, mais avec son corollaire qui est la responsabilité. Or, au bout du compte, dans cette affaire, je crains qu’en cas de problème, ce sera soit l’agriculteur qui devra payer, soit la collectivité. Encore une fois, comme c’est le cas dans l’économie mixte française, on privatise les bénéfices et on collectivise le risque. J’aurais été prêt à m’abstenir si j’avais eu au moins la garantie de la transparence totale.

Que voulez-vous dire par transparence totale ?

J’entends par là que le ministère de l’Agriculture ne doit pas pouvoir décider que des éléments sur l’effet éventuel pour l’homme et l’environnement restent confidentiels, au motif de la protection du secret industriel. Prenons un exemple : dans le cas du MON 863, avec la loi actuelle, les résultats des tests sur rat – qui font partie des éléments d’évaluation du risque pour l’homme ou l’environnement – ne peuvent pas être confidentiels. La CADA a même dû rappeler à l’ordre le ministère de l’Agriculture pour dire que ces informations devaient être rendues publiques. Avec le nouveau texte, ces éléments pourront être confidentiels au titre du secret industriel dans le dossier d’informations qui sera donné au public. Or, j’estime que dans le domaine de l’évaluation du risque, la transparence doit présider, d’autant plus qu’aucune autorité scientifique d’évaluation ne donne des avis noirs ou blancs. Voilà les principaux aspects qui me motivent. Je ne suis pas biotechnicien. Je ne suis pas médecin. Je n’ai pas l’approche d’un scientifique au sujet des OGM, et je me déclare même incompétent. En revanche, j’ai l’approche d’un juriste et d’un élu de la République.

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