actualités 31 | 01 | 2008

Entretien virtuel (mais réaliste) avec le président de Monsanto SA, Hugh Grant

A&E : Le président Sarkozy, qui a des « doutes », sur les OGM, vient d’activer la clause de sauvegarde afin d’empêcher la culture de l’OGM MON 810 sur le territoire français. Que pensez-vous de sa décision ?

Hugh Grant : Politiquement, je ne peux que me féliciter de cette décision, qui n’a bien entendu aucun fondement scientifique.

A&E : Comment ! Cette décision fait pourtant suite à l’avis de la Haute autorité provisoire ?

Hugh Grant : Pensez-vous vraiment qu’une poignée de chercheurs français, qui ont à peine passé quelques heures sur le dossier du MON 810, aient mis en évidence de graves problèmes que les scientifiques du monde entier n’auraient pas perçus ? Pensez-vous vraiment que les autorités sanitaires américaines, beaucoup plus exigeantes que les vôtres, laisseraient des agriculteurs cultiver un produit dangereux pour la santé des citoyens américains ? Voyons, ce n’est pas sérieux !

A&E : Mais alors, en quoi cette décision vous ravit-elle ?

Hugh Grant : La France, jadis grande puissance agricole et dont la recherche était considérée par les Américains comme exemplaire, est en train de se tirer une balle technologique dans la tête. Ce qui va encore accentuer son retard et rendre les agriculteurs américains et canadiens encore plus compétitifs. Déjà, la parité dollar/euro est tellement en leur faveur que les productions agricoles de l’Amérique du Nord remportent tous les marchés. Regardez le blé. Combien de tonnes avez-vous vendues cette année en Egypte ? Presque rien ! Les OGM vont creuser davantage l’écart technologique sur le maïs, ce qui garantit aux agriculteurs américains, canadiens, argentins et brésiliens un avenir radieux et sans concurrence. Nos clients ne vont quand même pas se plaindre, et nous non plus ! D’autant plus que faire de l’Europe un sanctuaire sans OGM était peut-être envisageable il y a quelques années, mais depuis la levée du moratoire, c’est terminé !

A&E : Vous allez quand même perdre le marché des semences OGM en France ?

Hugh Grant : Vous savez, ce ne sont pas les quelques milliers d’hectares de cultures OGM de moins en France qui vont bouleverser les bénéfices de Monsanto. Vous avez bien vu que les autorités américaines viennent de suspendre temporairement la procédure engagée devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à l’encontre de l’Union européenne sur les OGM, alors que le délai imparti aux Européens pour respecter les décisions de l’OMC était écoulé depuis trois jours. Vous voyez bien que les Etats-Unis ne sont pas pressés de voir l’Europe adopter une législation plus favorable aux OGM. Vous êtes-vous demandé pourquoi ?

A&E : Non...

Hugh Grant :Tout simplement parce que ce climat de doute et de suspicion systématique au sujet des OGM conduit vos meilleurs chercheurs aux Etats-Unis. Chaque semaine, nous recevons des offres de jeunes scientifiques français qui ne demandent qu’une chose : rejoindre nos équipes de recherche à St Louis pour développer les biotechnologies de l’avenir. Et puis, pendant que vous vous posez vos questions métaphysiques sur les OGM de première génération, nous travaillons sur des OGM bien plus performants, avec plusieurs évènements. Fini les problèmes de résistances, fini les rendements à moins de 150 quintaux à l’hectare !

A&E : Mais cela va changer puisque la ministre de la Recherche vient de débloquer une enveloppe budgétaire de 45 millions d’euros pour la recherche...

Hugh Grant : Ce sont des clopinettes ! Que représente un chétif budget annuel de recherche de 15 millions d’euros ? Nous avons investi plus de 2 milliards de dollars dans la recherche OGM ces 10 dernières années ! Chaque jour, notre société dépense 2 millions de dollars dans la recherche OGM, et votre ministre promet 45 millions d’euros pour les trois prochaines années… dont une partie pour faire de la recherche sur des peupliers OGM ! Encore des effets d’annonce, mais rien qui mettra à mal la compétitivité de nos prochaines semences maïs, auxquelles vous aurez peut-être accès dans 20 ans…

A&E : Que voulez-vous dire ?

Hugh Grant : C’est que votre système européen d’homologation est tellement obsolète, tellement lourd et lent, qu’avant qu’un OGM de nouvelle génération soit autorisé à la culture en Europe, vous devrez patienter quelques décennies. Pendant ce temps, les agriculteurs du continent américain et ceux du monde entier bénéficieront du produit de la science et de notre recherche. Le monde ne se résume pas à l’Europe, encore moins à la France !

A&E : Il circule des rumeurs selon lesquelles vous financez José Bové. Qu’en est-il ?

Hugh Grant : Ce sont des balivernes. Nous n’avons même pas besoin de le payer. Et pourtant, il est de très loin notre meilleur atout ! Personne, dans le monde, n’a fait autant que lui de campagnes de publicité pour Monsanto. Grâce à lui, même le paysan le plus éloigné du fin fond de l’Afrique connaît notre existence. Et cela, sans que nous ayons à débourser le moindre cent. Vous vous rendez compte ?

A&E : Mais il ne dit que du mal de vous ?

Hugh Grant : Et alors ? Vous avez vu notre croissance économique ? Et la montée extraordinaire des cours de notre action ? Elle était de 40 dollars en janvier 2007. Elle est passée à 125 dollars ces derniers jours. Avec une progression du chiffre d’affaires de 36 %, le bénéfice brut de notre groupe a progressé de plus de 50 % en un an. Et surtout, le chiffre d’affaires de la branche semences a progressé de 23 % par rapport à la même période l’an passé, avec une demande en forte augmentation pour les semences de maïs (56 % des ventes du secteur). A chaque fois qu’il y a une opération montée par José Bové et ses amis contre Monsanto, nos ventes d’OGM explosent. Les agriculteurs argentins et brésiliens se précipitent. Les Indiens en redemandent, et maintenant les Chinois s’y mettent. Même ici, aux Etats-Unis, les agriculteurs, qui sont fiers d’être Américains, se ruent sur nos produits. Cette année, plus de 87 % du coton et plus de 73 % du maïs sont OGM. Et pour le soja, ce sont plus de 90 % qui sont maintenant OGM, ceux-là même que nous exportons pour nourrir vos vaches.

A&E : Justement, certaines personnes demandent maintenant l’interdiction d’importer des céréales OGM.

Hugh Grant : Vraiment ? Et comment allez-vous faire pour nourrir votre bétail ? Est-ce avec les farines animales que vous avez interdites ? Là aussi, soyons sérieux ! Chaque année, l’Europe importe 22 millions de tonnes de soja, et 5 à 10 millions de tonnes de dérivés du maïs. C’est toute votre alimentation animale qui dépend des céréales OGM !
En outre, l’Europe n’a pas vraiment avantage à se lancer dans une guerre commerciale contre les Etats-Unis. Sauf à vous priver de la vente chez nous de vos excellents vins, que nous dégustons avec grand plaisir. Eh oui, il est difficile d’interdire les produits américains et de vouloir y exporter là-bas les vôtres, d’autant plus que dans le secteur alimentaire, l’Europe est de loin le continent qui importe et exporte le plus. Elle ne peut donc pas s’offrir le luxe de se mettre constamment à dos l’OMC. Donc, vous n’allez jamais pouvoir nous interdire de vendre nos produits OGM chez vous. Et vous comprenez bien qu’on ne se présente pas à l’OMC pour interdire un OGM avec le genre de dossier que votre Haute autorité provisoire a rédigé. Cette petite mise en scène de MM. Sarkozy, Borloo et Le Grand, assez comique par ailleurs, est juste bonne pour amuser les foules.
L’Europe devrait plutôt faire très attention, car à force de jouer sur le registre de la sécurité alimentaire, elle se trouvera bientôt dans une situation très paradoxale. Les critères de pureté pour les mycotoxines vont bientôt être renforcés afin qu’ils ne puissent être atteints qu’avec des semences OGM. Ainsi, les maïs rustiques seront définitivement hors jeu ! D’ailleurs, déjà aujourd’hui, les producteurs de porcs espagnols préfèrent utiliser, pour des raisons sanitaires, du maïs OGM. Et selon des rumeurs qui circulent ici à St Louis, certains producteurs de viande en France préfèrent le maïs OGM pour nourrir leur bétail…

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