actualités 02 | 10 | 2007

Eric Le Boucher condamne le malthusianisme des militants écolos

Mais que se passe-t-il au 80 boulevard Auguste Blanqui ? Plus connu pour ses positions libérales que pour sa défense de la nature et des oiseaux, le journaliste Eric Le Boucher explique dans Le Monde du 30 septembre les craintes que lui inspirait le Grenelle de l’Environnement. « L’alliance objective entre un ministre incompétent en la matière, mais en mal d’exposition médiatique, et les militants écologistes professionnels du tam-tam » aurait pu aboutir à « une vague de propositions destinées à montrer que la France est le phare vert de l’humanité polluée, bien symboliques, bien morales, mais plus antiéconomiques les unes que les autres », écrit-il. Or, « la lecture des propositions livrées « pour nourrir le débat national » ne cassent pas trois pattes à un colvert », se rassure le journaliste, tout en s’étonnant « de la facilité avec laquelle nos écologistes restent « achetables » par des mesures symboliques », comme par exemple l’alimentation bio dans les cantines scolaires.

La suite de l’article vaut la peine d’être citée en entier : « Manger, justement. Le point très inquiétant de cette champêtre symphonie de pipeaux concerne les OGM (organismes génétiquement modifiés). Tout se passe comme s’ils étaient devenus le nouveau totem des militants écologistes. La lutte contre le nucléaire, qui a été à l’origine de nombreux mouvements, n’est plus trop vendable à l’heure du réchauffement climatique : voilà une énergie qui n’émet pas de CO2. Il fallait une autre idole pour mobiliser les foules : la lutte contre le méchant OGM vient à point. On a toutes raisons de penser que le swap du nucléaire à l’OGM des mouvements écologistes fait l’objet d’un accord avec le gouvernement et avec la CGT. Comme s’il était envisageable pour la France de choisir entre les deux. Comme si au XIXe siècle, à l’arrivée du train et de la voiture, et constatant que les deux n’étaient pas sans dangers, la France avait dit : OK ! Tout pour le train mais zéro voiture ! Ou l’inverse.

On veut donc croire que le délicat problème des OGM sera géré autrement qu’avec un moratoire, comme l’a annoncé un moment Jean-Louis Borloo, avant de se reprendre, heureusement. Moratoire au passage contraire aux lois européennes. Délicat, le problème des OGM l’est au sens où il éclaire très bien le malthusianisme de nos sociétés développées vieillissantes. Les opinions sont contre les OGM : en Angleterre parce que les écologistes ont crié que ces organismes étaient « contre-nature » et en France parce qu’ils ont expliqué qu’ils allaient « contaminer » notre bouffe et donc notre corps (on est ce que l’on mange). Leur malthusianisme alimente la peur de voir l’homme manipuler l’infiniment petit (atome, gène, nanotechnologies) et ce faisant de se « pervertir » intimement, sans le voir, mais irréversiblement.

Face aux opinions désinformées, les autorités peinent à imposer des attitudes raisonnables. Elles veulent rester « prudentes mais pas fermées », comme l’explique Marion Guillou, PDG de l’INRA, avec l’idée qu’on ne peut pas refuser a priori toutes ces potentialités d’innovation pour l’agriculture, pour la santé, pour l’énergie. Les besoins de nourriture vont doubler sur la planète d’ici à 2050. Comme la terre arable et l’eau vont manquer, les OGM vont aider à répondre à ce défi mondial. La France, forte dans le nucléaire et l’agriculture, ne peut se priver ni de sa capacité de recherche (ce qui impose de pouvoir au minimum poursuivre les cultures d’essai en plein champ) ni de ses atouts dans l’agro-industrie. Il faut prendre des précautions, jamais que les précautions prennent le dessus. En 1492, pour sortir du Moyen Age, l’homme a dû vaincre sa peur inverse, celle du grand large. »

Reste maintenant à Eric Le Boucher de convaincre son collègue Hervé Kempf...

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