Et si on parlait plutôt de l'« affaire Jacquemart » ?

actualités 30 | 03 | 2010

Et si on parlait plutôt de l’« affaire Jacquemart » ?

Le cas de la belge Suzy Renckens, ex-coordinatrice du Groupe OGM de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (Efsa), a fait couler beaucoup d’encre. Alors qu’elle n’a jamais eu à se prononcer dans une quelconque procédure d’évaluation, son « crime » a été d’accepter un poste de salariée chez Syngenta après avoir quitté l’Efsa. Ce serait la « preuve » de la perméabilité entre les fabricants d’OGM et l’Efsa, et par conséquent du manque d’indépendance de l’agence en charge de la santé et de la sécurité alimentaire en Europe. Un argument repris par Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Environnement, lors de l’autorisation accordée par la Commission européenne à la pomme de terre transgénique de BASF, Amflora. « Nous ne reconnaissons pas leur expertise », a-t-elle déclaré au quotidien Le Parisien.

Nul doute que le dossier des biotechnologies comporte de considérables enjeux économiques et qu’il est indispensable d’être vigilant pour permettre aux institutions de l’Europe et de la République de fonctionner correctement. Cela concerne l’Efsa, mais aussi le comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies (HCB), et en particulier son comité économique, éthique et social (CEES). Il est vrai que la fonction officielle du CEES se limite à émettre des « recommandations », contrairement au comité scientifique du HCB, seul habilité à donner un « avis ». Mais comme l’a rappelé Chantal Jouanno, « il n’est pas question de se voir imposer des OGM qui ne sont pas utiles à la société ». Autrement dit, c’est bien sur les recommandations du CEES que le gouvernement semble vouloir s’aligner, et non sur l’avis du comité scientifique.

Or, c’est le co-pilote de la mission biotechnologies de France Nature Environnement, Frédéric Jacquemart, qui a été élu à la vice-présidence du CEES. Ceci n’a fait l’objet d’aucune controverse. Le biologiste affiche pourtant un parti pris assumé sur la question des biotechnologies. « Il faut savoir renoncer à la course en avant technologique », a-t-il déclaré. Frédéric Jacquemart préside par ailleurs le Groupe international d’études transdisciplinaires (GIET), qui a reçu en 2008 une subvention « pour faire au niveau européen un travail de lobbying sur les OGM : dossier de renouvellement de l’autorisation du MON 810, modification de la méthode d’évaluation, etc. ». Le GIET est en outre membre de GENET, un groupement d’une cinquantaine d’organisations écologistes visant à coordonner le lobbying anti-OGM à l’échelle européenne. Frédéric Jacquemart siège également au conseil d’administration d’Inf’OGM, aux côtés d’Arnaud Apoteker (Greenpeace), d’Helen Holder (Amis de la Terre Europe), de Jean-Pierre Leroy (Conf’) et de Didier Brisebourg (Attac). Bref, que des responsables anti-OGM, qui partagent tous le rêve d’imposer la décroissance en Europe.

La presse n’aurait-elle pas crié au scandale si ce poste stratégique de vice-président du CEES avait été confié au coordinateur OGM du Groupement national interprofessionnel des semences (Gnis) ? Si en outre celui-ci avait été administrateur de Deba, une association de promotion des biotechnologies financée par Bayer, Syngenta, BASF et Monsanto ? Et enfin, si cette personne organisait le lobbying des firmes pro-OGM à Paris et à Bruxelles ? Pourtant, il n’y a jamais eu « d’affaire Jacquemart ». A croire que Frédéric Jacquemart serait le parfait représentant de l’intérêt général...

ogm biotechnologie

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