Eva Joly, La Française des Jeux et Opinion Way

actualités 19 | 11 | 2010

Eva Joly, La Française des Jeux et Opinion Way

Lors de la grande « noce » entre Europe Ecologie et Les Verts, le 13 novembre, Denis Pingaud est plutôt discret. Ce qui ne veut pas dire que la nouvelle aventure du parti des écologistes ne l’intéresse pas. Bien au contraire ! Elle semble même mettre mal à l’aise certains sympathisants écologistes, comme en témoignent les remarques de Claude-Marie Vadrot, journaliste à Politis, qui note sur son blog que la candidature Joly « paraît bien avoir été mise au point par l’Institut de sondage Opinion Way, dont le vice-président exécutif est Denis Pingaud ». Il ajoute : « Dans le journal Libération daté du mercredi 18 août, [Denis Pingaud] a lancé sa nouvelle candidate, qui sera ou serait peu à peu imposée comme une « évidence » par une campagne de communication qui ne fait que commencer, et qui a été préparée au début de l’été sur l’île de Groix, où Eva Joly et Denis Pingaud ont une résidence secondaire. »

Le lendemain, 19 août, Denis Pingaud participe aux journées d’été du Rassemblement des écologistes à Nantes. « Il a présenté jeudi les résultats d’un sondage qui conforte ses raisons avancées de pousser la candidature de l’ancienne magistrate », note Claude-Marie Vadrot, qui conclut : « Ce qui signifie qu’Eva Joly n’est pas ou ne serait pas poussée en avant par un nouveau parti en voie de formation mais par une agence de relations publiques. Une société créée il y a dix ans et dont le chiffre d’affaires annuel approche les 10 millions d’euros, chiffre d’affaires correspondant à des études de marché concernant aussi bien des organisations de gauche que des partis ou des entreprises classées à droite. »

Surprenant ? Pas tellement si l’on considère le parcours du vice-président d’Opinion Way...

Le trio Bové-Besset-Pingaud

Denis Pingaud débute sa carrière à la fin des années 60 en tant que journaliste à la rédaction de Rouge, la publication des Jeunesses communistes révolutionnaires (l’ancêtre de la LCR). Il devient alors l’ami d’un camarade du Parti, Jean-Paul Besset, lui aussi journaliste à Rouge [1] . En 1979, les deux compères quittent la LCR pour rejoindre l’équipe du Matin de Paris. Inséparables, ils se retrouvent en 1984 dans le cabinet du Premier ministre de l’époque, Laurent Fabius. Pingaud est alors nommé chargé de mission, tandis que Besset est chargé de communication à Matignon. En 1986, alors que Besset poursuit son activité de journaliste (notamment à Politis), Denis Pingaud entame une nouvelle carrière : la communication. Après avoir fondé en 1987 Staff, une agence de communication institutionnelle (qu’il a également dirigée), il devient successivement directeur associé de BBDO Corporate, directeur général adjoint de McCann Paris et enfin directeur de la stratégie et des études chez EuroRSCG C&O. 

Sa fréquentation des équipes dirigeantes des plus grandes agences de publicité au monde, conseillant les multinationales, symboles du libéralisme triomphant et de la société de consommation, ne l’empêche pourtant pas de s’intéresser à une étoile montante du monde politique : le militant altermondialiste José Bové. En 1999, les deux hommes se lient d’amitié. Hasard des circonstances, c’est cette même année que Bové réussit son grand lancement médiatique grâce à son action de destruction d’un McDonald’s à Millau. Le militant bénéficie d’une couverture médiatique extraordinaire, alimentée par les très nombreux articles du correspondant régional à Toulouse du Monde : Jean-Paul Besset.

Depuis, Pingaud et Bové ne se quittent plus. L’homme de la communication suit le déplacement de l’altermondialiste à Porto Alegre en 2001. Il rédige même une biographie de son ami, La longue marche de José Bové. Trois ans plus tard, lors de la campagne pour le « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen, il favorise la rencontre entre Bové et Fabius – dont il est resté très proche. En 2006, Denis Pingaud conseille José Bové pour sa campagne présidentielle, avec un résultat plutôt lamentable : 1,32% des suffrages ! Enfin, lorsque Bové rejoint Europe Ecologie, le futur député européen prend dans ses bagages Denis Pingaud, qui retrouve encore une fois son ancien ami Jean-Paul Besset, l’un des principaux artisans d’Europe Ecologie avec Daniel Cohn-Bendit.

Fraîchement arrivé chez Opinion Way, Pingaud apporte lui aussi son expertise à l’équipe d’Europe Ecologie. Mais cette fois-ci, le succès est au rendez-vous, confirmé avec le score des régionales. Il est ensuite décidé de créer une Fondation d’écologie politique, qui doit, selon les termes de Jean-Vincent Placé, « développer la réflexion et affiner et expertiser nos propositions ». Jean-Paul Besset est chargé de mettre en place la nouvelle structure, qui compte un collège de fondateurs ainsi que huit membres désignés au titre de personnalités qualifiées, parmi lesquelles figure... Denis Pingaud. C’est ainsi qu’Eva Joly pourrait bénéficier du soutien du boss d’Opinion Way – un institut de sondage qui se félicite sur son site internet d’avoir comme « principales références » le grand bijoutier Van Cleefs & Arpels et La Française des Jeux !

[1Sur le parcours de Jean-Paul Besset, voir Ce que Nicolas Hulot ne vous dira pas de sa fondation.

écologie politique

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