FCO : les raisons de l'explosion d'une épizootie

actualités 04 | 09 | 2008

FCO : les raisons de l’explosion d’une épizootie

« Une vaccination entreprise trop tardivement, pas systématiquement obligatoire, et qui n’a pas été accompagnée de la mise en place d’un cordon sanitaire » : voilà les trois principales raisons qui expliquent, selon l’immuno-physiopathologiste Jean-Louis Thillier, expert en analyses et évaluations des risques en sécurité sanitaire, l’expansion rapide de la fièvre catarrhale ovine (FCO). La FCO est aujourd’hui endémique sur l’ensemble du territoire français en ce qui concerne la souche de type 8.

Détecté pour la première fois fin 2006 dans la région de Maastricht – et probablement transmis par des chevaux ayant participé à un concours international équestre et déjà infectés dans leur pays d’origine –, le virus de sérotype 8 (BTV-8) a malheureusement eu le temps de se répandre avant que les mesures adéquates pour l’éradiquer n’aient été prises. Pourtant, dès le mois d’octobre 2007, le ministère de l’Agriculture et de la Pêche décrivait « une diffusion explosive de la maladie, accompagnée de signes cliniques plus prononcés qu’en 2006, notamment dans les troupeaux ovins ». En février 2008, il ajoutait qu’ « il n’y [avait] pas, dans l’histoire sanitaire européenne, de maladie réglementée pour laquelle autant de foyers [avaient] été identifiés en aussi peu de temps ». De plus, dès 2007, il était déjà établi que le vecteur principal de ce virus est un insecte natif, le Culicoides dewulfi, beaucoup moins sensible au froid que le Culicoides imicola, rencontré en Afrique. Comme le souligne le Dr Thillier, « la vaccination aurait dû être réalisée obligatoirement avant la période de début d’activité printanière du moucheron Culicoides dewulfi, c’est-à-dire à la fin de l’hiver 2007-2008 ». Malheureusement, les premiers vaccins n’ont été disponibles que vers le début du mois de mai 2008. Une première campagne de vaccination tardive et non systématique a été entreprise dans seize départements du nord-est de la France et cinq du sud-ouest.

En outre, le caractère obligatoire de la vaccination n’a pas été retenu par le ministère de l’Agriculture, alors qu’il était fortement recommandé par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Dans son avis du 17 mars 2008, l’Afssa mettait clairement en garde le législateur : « Une vaccination facultative contre le sérotype 8 sur la plus grande partie du territoire ne répond pas de façon optimale à des objectifs d’ordre épidémiologique, et risque probablement d’être moins efficace pour limiter l’incidence et l’extension de la maladie qu’une vaccination obligatoire ciblée dans certaines zones géographiques » . Seuls les bovins et ovins destinés aux échanges ont fait l’objet d’une vaccination obligatoire pour le sérotype 8. Une mesure bien évidemment insuffisante pour enrayer l’épizootie. « Si la phase d’incubation de la fièvre catarrhale varie de 2 à 15 jours selon la souche, en revanche la phase de virémie est beaucoup plus longue (jusqu’à 60 jours pour les bovins) car le BTV se réfugie dans les globules rouges », rappelle le Dr Thillier. Ainsi, des réservoirs de contamination ont pu se développer parmi les troupeaux de bovins et d’ovins, facilitant l’expansion de l’épizootie.

Enfin, cette vaccination aurait dû être accompagnée d’un cordon sanitaire établi à environ 200 km autour de la zone atteinte par le sérotype 8, afin de contenir l’épizootie. Par mesure de précaution, un cordon sanitaire concernant le sérotype 1 aurait également dû être mis en place dans le sud-ouest de la France, puisque l’on constatait la montée progressive de ce virus par l’Espagne.

Comme le confirme la sénatrice Nicole Bricq dans le rapport parlementaire sur la gestion de l’épizootie de fièvre catarrhale ovine [1], « l’examen de la stratégie vaccinale retenue par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche montre que la priorité a été donnée, dans le cas de l’actuelle épizootie, aux enjeux politiques et économiques, s’opposant ainsi à l’approche scientifique développée par l’Afssa » – et qui avait été approuvée par des experts indépendants (voir entretien avec le Dr Thillier dans A&E N° 60, juin 2008).

Le rapport parlementaire conclut en s’interrogeant sur le fait que « la divergence d’approche entre l’Afssa et le ministère de l’Agriculture et de la Pêche repose la question, déjà soulevée par [la] rapporteuse spéciale lors de sa mission de contrôle sur la gestion de l’influenza aviaire, de la difficile articulation des fonctions d’évaluation (assurée par l’Afssa) et de gestion du risque (qui relève de la compétence du responsable politique). » Il incombe également aux élus de prendre en considération les questions budgétaires et l’avis des citoyens. D’où la nécessité de diffuser le plus rapidement et largement possible une information scientifique claire et objective. « Toute crise sanitaire devrait s’accompagner d’un volet d’information (et de formation), destiné tant au grand public qu’aux principaux acteurs (agriculteurs, vétérinaires, responsable syndicaux) », estime le Dr Thillier.

[1La gestion de l’épizootie de fièvre catarrhale ovine (FCO) : tirer des enseignements pour l’avenir, Rapport d’information de Mme Nicole Bricq, (Soc, Seine-en-Marne), juillet 2008.

fièvre catarrhale ovine (FCO) filière animale