Finalement, il n'y aura pas de « feed holiday » pour les éleveurs bio britanniques

actualités 30 | 04 | 2009

Finalement, il n’y aura pas de « feed holiday » pour les éleveurs bio britanniques

Pendant le début de l’année 2009, un véritable débat a secoué la filière élevage bio britannique, suite à l’incapacité financière de nombreux éleveurs à assumer leurs approvisionnements en aliments du bétail bio, dont les prix ne cessent d’augmenter. En janvier 2009, les prix des nourritures bio pour animaux étaient en effet deux fois plus élevés que ceux des aliments conventionnels, indique la Soil Association, la principale organisation de certification outre-Manche. Une situation aggravée par une nette baisse de la demande des consommateurs bio, touchés par la crise économique et financière.

A la recherche d’une solution, la Fédération d’aliments bio (Organic Food Federation), l’Association écossaise des producteurs bio (Scottish Organic Producers Association) et d’autres représentants du secteur bio se sont réunis dans un premier temps pour examiner un projet de demande de dérogation permettant aux éleveurs bio en difficulté de nourrir leurs animaux biologiques avec des aliments non-bio, pour une durée limitée. Le 5 février dernier, douze organes de certification britanniques ont ensuite transmis collectivement une demande auprès du ministère de l’Agriculture, le Defra (Department for Environment, Food and Rural Affairs), afin d’obtenir l’autorisation d’accorder aux éleveurs bio du Royaume-Uni un « feed holiday », c’est-à-dire « une trêve curative » leur permettant de nourrir leur bétail avec des produits conventionnels, tout en conservant leur statut d’éleveurs bio ; étant bien entendu que les produits issus de cette « trêve curative » perdraient leur label bio.

Comme l’indique Peter Melchett, directeur au sein de la Soil Association, cette proposition a néanmoins rencontré une vive opposition. Et non des moindres, puisque le Centre de recherche en bio s’est immédiatement montré hostile à une telle mesure, estimant qu’elle « porterait préjudice à un marché déjà en forte baisse depuis ces derniers mois ».

Dans un document mis à la disposition de ses adhérents, la Soil Association a en effet confirmé que la récession économique a entraîné un ralentissement rapide de la croissance du marché des produits bio, voire une certaine baisse des ventes, conduisant à admettre l’hypothèse selon laquelle l’année 2009 verrait le niveau des ventes stagner, sinon chuter. Toujours selon ce document explicatif, l’incapacité d’un nombre significatif d’éleveurs bio à écouler une partie ou la totalité de leurs produits (viande, lait, œufs, etc.) a affecté tous les segments du secteur d’élevage, alors que jusqu’au milieu des années 2008, ce marché était en croissance et profitait des prix les plus élevés. La Soil Association estime donc que les perspectives d’avenir laissent supposer que cette morosité durera un certain temps avant qu’un équilibre entre la demande et la production ne se rétablisse. Elle n’hésite pas à rappeler que tout fermier engagé dans un plan quinquennal de conversion en bio – que ce soit en Angleterre, en Ecosse, au Pays de Galles ou en Irlande du Nord –, et qui souhaiterait user de sa liberté de mettre fin à son engagement pour reprendre son mode de production conventionnel, devrait s’acquitter de toutes les aides reçues dès son entrée dans le plan. L’Association avertit également que ce remboursement obligatoire pourrait entraîner la faillite des fermiers et la cessation complète de leurs activités dans le secteur agricole. Toutes ces raisons ont conduit la Soil Association à effectuer auprès de ses adhérents une consultation publique, lancée du 5 au 28 février, pour recueillir les avis sur l’idée de modifier les prescriptions requises pour la nourriture des animaux bio.

Trois-quarts des 180 personnes ayant répondu à l’enquête d’opinion se sont opposés à l’autorisation de changer les normes alimentaires fixées pour le bétail bio. Une opposition essentiellement liée à la mise en garde du Centre de recherche en bio (Organic Research Center), qui a déclaré qu’une telle mesure « diminuerait la confiance dans la marque des produits bio ». En outre, Anna Bradley, présidente du Standards Board (Conseil des normes) de la Soil Association, a indiqué que cette « trêve alimentaire » serait préjudiciable aux céréaliers bio, mettant en péril un maillon essentiel de la chaîne bio. C’est pourquoi « le Conseil s’accorde à l’idée que tout changement ad hoc de ce type porterait préjudice à l’ensemble des normes bio ».

Au final, les dix membres du Soil Association’s Independent Standards Board ont finalement conclu que « dans la phase actuelle de récession, rien ne justifie une quelconque modification des standards alimentaires des animaux biologiques… et que toutes les nourritures certifiées par la Soil Association et commercialisées comme aliments bio continueront d’être fabriquées avec les standards entièrement biologiques », indique un communiqué de presse du 9 mars 2009.

Cette décision ne fait pas le bonheur de tous. Richard Jacobs, le directeur exécutif de l’organisme certificateur bio Organic Farmers & Growers – l’un de ceux qui avaient déposé la demande d’un changement de menu alimentaire des animaux bio –, s’est en effet dit très déçu de ce refus. Selon lui, il ne fait aucun doute que « certains fermiers bio, surtout dans la production porcine et de volailles, jetteront l’éponge en conséquence de la crise ». « Notre espoir est qu’ils puissent continuer leur activité de fermier pour le bénéfice de leurs familles et de la société, que ce soit dans le bio ou non », a-t-il ajouté.

agriculture biologique

Articles analogues