actualités 16 | 07 | 2007

« Franska n’est pas un nounours à mettre dans son lit »

Le mercredi 11 juillet, une centaine d’éleveurs a manifesté à Tarbes contre l’introduction d’une ourse slovène débarquée en 2006 dans le massif pyrénéen.


Interview de Christian Puyo
, éleveur et président de la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles des Hautes-Pyrénées...

Entretien paru dans Libération du 11 juillet 2007

Une manifestation a réuni aujourd’hui plus d’une centaine d’éleveurs à Tarbes quels étaient les motifs de grogne ?

Nous nous battons contre la réintroduction, enfin il faudrait plutôt parler d’introduction, de l’ours dans les Pyrénées. C’est un combat qui dure depuis sept ans maintenant, depuis qu’on nous a imposé leur présence, sans aucune concertation, ni avec la population ni avec les élus. Nous savions que la cohabitation entre les élevages et les ours dans nos montagnes n’était pas possible, nous en avons aujourd’hui la preuve, avec plus d’une centaine de bêtes tuées en un mois.

En quoi cette cohabitation n’est-elle pas possible ?

Il reste encore une vingtaine d’ours des Pyrénées. Ceux qui ont été introduits sont des ours slovènes qui ont été capturés. Ils ont été élevés sur des plateaux. Ils ont été nourris à la viande, ils sont donc carnivores. Ils n’ont pas le même mode de vie. Ils sont aussi plus agressifs, comme la fameuse Franska qui a à son actif déjà tué plus d’une centaine de bêtes. Sans compter les élevages perdus et les bêtes qu’on a dû euthanasier car elles étaient trop abîmées. Aujourd’hui les éleveurs sont désespérés. L’ours est une atteinte à la quiétude des pyrénéens. Notre paysage n’est pas fait pour les ours, il y a plein de petites exploitations, d’une centaine d’animaux, le territoire est parcouru par plus d’un millier de touristes randonneurs. Notre espace est domestiqué par l’homme, il n’y a pas d’espace sauvage et donc pas d’espace pour les ours.

Comment être sûr qu’il s’agit bien d’une attaque d’ours ? Et de Franska précisemment ?

Le dispositif mis en place nous renseigne très bien. Il y a plus de 300 fonctionnaires mobilisés sur l’ours, des gendarmes, des gens de l’ONF, des parcs nationaux. Ca coûte 2,5 millions d’euros par an. Ils réalisent un suivi 24 heures sur 24 pour savoir exactement où se trouvent les ours. Avant ceux-ci portaient un collier, aujourd’hui ils sont équipés de puces électroniques. Alors pas moyen de se tromper.

On en a assez de ces gens bien pensants de l’environnement qui disent que les bêtes sont tuées par des chiens errants ! C’est complètement faux. Il n’y a pas de chiens errants à 1000 ou 1500 mètres d’altitude ! Les chiens errants traînent dans les villages ou autour des poubelles. Quelques dégâts peuvent être causés par des chiens de touristes mais pas par des chiens errants.

A côté des élevages, la population est-elle menacée ?

Je peux vous dire où se trouve actuellement Franska. Elle a été effarouchée par les éleveurs qui ont tiré des coups de fusil ce matin. Et elle se promène près du lac de plaisance, un endroit touristique. Elle est quasiment repartie vers l’autoroute. Un propriétaire de centre de vacances m’a indiqué qu’il avait reçu dernièrement une classe d’enfants et qu’ils ont refusé d’aller randonner dans la montagne à cause de la menace du plantigrade. Et si un ours peut attaquer une vache, un homme ne lui fera pas peur. Je ne sais pas comment un cueilleur de champignons caché dans un buisson pourra s’en sortir...

Quelles sont aujourd’hui vos revendications ?

Les éleveurs sont en pleine détresse. Je me répète. Il faut donc arrêter de se faire plaisir avec ça ! On ne peut pas faire courir le moindre risque aux gens. Toute la population de la montagne pyrénéenne est derrière nous. Il ne faut pas faire fi de cette mobilisation et respecter aussi les mouvements des populations locales. J’ai demandé à être reçu par le Président de la République pour lui faire part de nos demandes. Il faut que les gens prennent conscience de ce qu’il y a derrière les ours de Madame Olin. Ce ne sont pas des nounours qu’on met dans son lit !


L’entretien a été réalisé par Stéphanie Platat pour le quotidien Libération du 11 juillet 2007.

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