actualités 09 | 07 | 2006

« Il n’y a aucune corrélation entre diffusion des moustiques et élévation de la température »

Contrairement aux adeptes de la théorie du réchauffement climatique, l’épidémiologiste Paul Reiter, directeur de l’unité insectes et maladies infectieuses à l’Institut Pasteur de Paris, affirme qu’il n’y a aucun lien entre élévation de la température et diffusion des moustiques.

Dans un entretien réalisé par Corinne Bensimon pour le journal Libération, il déclare que « l’idée d’une corrélation entre une élévation de la température et une diffusion des moustiques et du paludisme en Europe fait obstinément son chemin depuis le début des années 90. Et pourtant, c’est un non-sens alarmiste qui repose sur une profonde ignorance de l’épidémiologie de ces maladies et de la nature de leurs vecteurs. Des moustiques vecteurs du paludisme font partie de la faune naturelle de l’Europe. Pour être transmissibles, les parasites véhiculés par ces insectes ont juste besoin d’un mois avec des températures supérieures à 15 °C, une condition qu’offrent de longue date la France comme la Finlande. »

L’épidémiologiste rappelle que «  la malaria était présente en Europe jusqu’au milieu du XXe siècle [...]. De Shakespeare à Defoe, les témoignages médicaux et littéraires abondent : la malaria était alors une maladie fréquente. A Paris, en 1865, on rapportait encore des cas de palu sur les chantiers du baron Haussmann, sur les grands boulevards, tandis qu’on a dénombré 13 millions de cas par an, dans les années 1920, en URSS où l’épidémie s’étendait jusqu’à Archangelsk, près du Cercle arctique... Il n’y fait pourtant pas une chaleur tropicale. Quant aux derniers cas d’Europe du Nord, ils n’ont pas été recensés dans les marécages méditerranéens de la Camargue, mais aux Pays-Bas, après la Seconde Guerre mondiale.  »

En ce qui concerne l’éradication du paludisme en Europe, Paul Reiter souligne que « le déclin de la malaria en Europe occidentale a commencé dès le milieu du XIXe siècle, quand les températures étaient globalement à la hausse ! Les raisons de ce déclin sont complexes. Il y a l’assèchement des marais, les changements de techniques agricoles, l’amélioration de l’habitat, et la disponibilité des antipaludéens. Aujourd’hui, les moustiques vecteurs sont toujours présents, et s’ils piquent des personnes qui ont attrapé le parasite à l’étranger, ils peuvent toujours le transmettre à d’autres. Mais les cas sont rapidement identifiés, traités. Il n’y a donc plus d’épidémie.  »

En revanche, explique-t-il, la recrudescence dramatique, dans les pays du Sud, de maladies transmises par des moustiques - dont le paludisme qu’on avait pourtant espéré éradiquer au milieu du XXe siècle - « est l’effet conjugué de plusieurs causes. La première est la pauvreté, le manque de médicaments, le manque d’insecticides. La seconde, c’est évidemment la résistance des parasites aux thérapeutiques et des insectes aux pesticides. Ajoutez à cela la déforestation, qui expose des mares ombragées à ciel ouvert, offrant de nouveaux gîtes à des moustiques qui ont besoin de soleil. Il y a également le développement de villes misérables, générant des millions de points d’eaux stagnantes. Et enfin, les migrations liées à la crise de l’agriculture, la sécheresse ou les guerres : des gens qui vivaient dans des zones indemnes de palu et autres fièvres, qui n’ont aucune immunité, se retrouvent dans les villes, voire dans des camps, où les insectes pullulent de même que les porteurs du parasite. C’est ainsi que flambe le paludisme au Soudan, où des populations des régions sèches du Sud se retrouvent entassées à Khartoum. C’est le prix de la guerre, rien à voir avec l’effet de serre.  »

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