actualités 07 | 05 | 2008

Importations d’abeilles : la France choisit la voie de la déraison…

Décidément, le ministère de l’Agriculture prend des décisions surprenantes ! En pleine crise apicole mondiale, Jean-Marc Bournigal, directeur de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), vient de signer un arrêté qui abroge celui du 14 avril 2003. Ce dernier suspendait « l’introduction en France d’abeilles, de ruches, de lots de reines avec ou sans accompagnatrices, et de matériel apicole, originaires de pays tiers ».
Au moment même où les chercheurs du monde entier mettent en évidence la circulation intercontinentale de plusieurs pathogènes de l’abeille, cause importante des mortalités, voilà que la France décide d’ouvrir grand ses frontières !

Certes, jusqu’à présent, le transfert des maladies des abeilles via le commerce des reines n’était qu’hypothétique, sauf pour le varroa, dont la provenance asiatique ne fait aucun doute. Mais les méthodes d’analyse génomique moderne ont permis aux scientifiques de mieux appréhender le problème. Ainsi, depuis 2006, la propagation du protozoaire Nosema ceranae a fait l’objet de plusieurs études, dont deux réalisées par Robert J. Paxton, Julia Klee et Ingemar Fries. La première [1] relève la présence de Nosema ceranae entre autres au Brésil, au Vietnam, au Danemark, en Allemagne, en Grèce, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis et en Serbie, tandis que la seconde [2] suggère que ce redoutable ennemi des abeilles aurait été « introduit en Finlande à travers le transport de reines d’abeilles en provenance des pays du sud de l’Europe ».

Depuis la découverte de la variante israélienne du virus de la paralysie aiguë (IAPV) aux Etats-Unis, où le syndrome de dépopulation (CCD) mobilise des équipes entières de chercheurs, la diffusion de ce virus, dont la présence est corrélée avec le CDD, a également fait l’objet de plusieurs études. Ainsi, l’équipe du Pr Gustavo Palacios va prochainement publier ses résultats [3] dans le Journal of Virology. Elle a procédé à une analyse génétique de l’IAPV démontrant « la présence sur trois continents d’au moins trois groupes distincts du virus IAPV, dont deux actuellement en circulation aux Etats-Unis ». S’appuyant sur des données génétiques, les auteurs mettent en évidence la présence possible de l’IAPV en France et en Russie ! L’analyse phylogénétique des séquences de RNA polymérase suggère en effet que « des virus isolés en Australie, en France et en Russie, et antérieurement signalés comme virus du Kashmir (KBV), seraient en réalité des virus de l’IAPV », expliquent les auteurs, qui notent que ceux actuellement trouvés en Israël, au Canada, en Australie et aux Etats-Unis, ont cependant une origine distincte des virus plus anciens découverts en Australie, en Russie et en France. Une hypothèse que confirme l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), qui vient de découvrir l’IAPV en Lozère... « Au début de l’année, trois apiculteurs nous ont fait part de la mort de plus de 250 colonies », explique Jean-Paul Faucon, spécialiste des pathologies de l’abeille à l’Afssa, pour A&E. Son équipe a analysé des échantillons d’abeilles et trouvé le fameux virus. Ironie du sort, le président du Groupement de défense sanitaire des abeilles (GDSA) de la Lozère n’est autre qu’Henri Clément, un des chefs de file de la lutte anti-Gaucho. Ce dernier ne semble pas très préoccupé de savoir comment l’IAPV a pu atterrir au fin fond de son département... Il est vrai que pour le savoir, il faudrait que la France dispose des mêmes moyens techniques que ceux disponibles aux Etats-Unis. Là-bas, les chercheurs ont déjà conclu que l’introduction de l’IAPV provenait de sources multiples. En effet, une seule des deux souches d’IAPV présentes sur le sol américain correspond à celle mise en évidence dans des échantillons d’abeilles importées d’Australie et dans de la gelée royale de Chine. La piste pour connaître l’origine de la seconde souche reste à découvrir.

[1Widespread dispersal of the microsporidian Nosema ceranae, an emergent pathogen of the westeern honey bee, Apis mellifera, Robert J. Paxton, Julia Klee, Seppo Korpela and Ingemar Fries, Journal of Inverftebrate Pathology, décembre 2006

[2Nosema ceranae has infected Apis mellifera in Europe since at least 1998 and may be more virulent than Nosema apis, Robert J. Paxton, Julia Klee, Seppo Korpela and Ingemar Fries, Apidologie, décembre 2007

[3Genetic analysis of Israeli Acute paralysis Virus : distinct clusters are circulating in the United States, Palacios G., van Engelsdorp D., Cox-Foster D et al. ; JVI, 23 April 2008

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