actualités 18 | 01 | 2007

Jean-Marc Bonmatin cherche à convaincre des convaincus

En s’adressant aux lecteurs de L’Ecologiste, le très militant magazine de l’écologie radicale, Jean-Marc Bonmatin, chargé de recherches au CNRS, et son proche collaborateur Patrice Marchand, n’auront sans doute pas de difficulté à convaincre de la véracité de leur thèse. D’autant plus qu’ils ont fait appel à une autre grande vedette de la lutte anti-Gaucho, Marc-Edouard Colin. Ensemble, ils ont rédigé quelques paragraphes sur « l’apiculture écologique », dans le tout dernier numéro de L’Ecologiste, ce qui leur permet au détour de vilipender, une fois de plus, le Gaucho et le Régent TS.

Selon eux, ces insecticides présenteraient « une toxicité aiguë sur l’abeille mille fois supérieure à celle du DDT ». Un langage que comprennent bien les adeptes de Teddy Goldsmith (le propriétaire de la revue), qui font difficilement la différence entre un organochloré de première génération synthétisé en 1874, et un traitement de semences, fruit de la recherche moderne. Si cette fois-ci, les auteurs n’ont pas poussé le vice jusqu’à mentionner les fameux « tapis d’abeilles mortes » que Philippe de Villiers «  sentait crisser sous sa semelle », ils affirment toutefois que le Gaucho et le Régent TS « perturbent l’efficacité du butinage et diminuent la vitalité de la colonie ». Une assertion qui provient de leurs propres recherches en laboratoire et sous tunnel, mais qui fait curieusement l’impasse de ce que l’on observe sur le terrain... en tout cas, dès que l’on sort de l’Hexagone !

Au Canada, les apiculteurs professionnels font en effet des récoltes moyennes de 120 kg dans une région appelée « la ceinture du miel ». C’est-à-dire trois fois plus qu’en France ! Pierre et Nicole Faure, un couple d’apiculteurs français installé dans au cœur du Canada, dans le Manitoba, expliquent que cette province « constitue un véritable paradis pour les apiculteurs. Les surfaces semées en colza (canola), en trèfle (sweat clover), luzerne (alfalfa) et sarrazin (buckwheat) sont gigantesques et à l’échelle du pays. Les récoltes sont prodigieuses et avoisinent généralement les 100 kg par ruche (minimum). Nous avons produit 132 kg de miel par ruche en 2000 et depuis nous ne sommes jamais descendus en dessous des 100 kg par ruche. » Or, dans le Manitoba, plus de 95 % du colza cultivé sont traités soit au Poncho, une substance très proche du Gaucho (32 %), soit au Cruiser, un traitement de semences par enrobage récemment développé par Syngenta (63 %), soit au Gaucho (5 %). Pourtant, au Canada, ni les apiculteurs, ni leurs abeilles, n’ont de problèmes avec les traitements de semences. « Et encore moins avec les OGM qui sont monnaie courante », précise Pierre Faure dans le numéro de janvier 2007 de L’abeille et le miel, le bulletin du Syndicat des producteurs de miel de France. L’apiculteur confirme que là-bas, « les problèmes de dépeuplement sont inexistants ».

En revanche, en Suisse, «  des apiculteurs semblent observer des affaiblissements de colonies d’abeilles après le butinage de tournesol », lit-on dans la dernière étude de Jean-Daniel Charrière, spécialiste des abeilles de la Station de recherche Agroscope Liebefeld-Posieux. Le hic, c’est qu’en Suisse, les semences de tournesol ne sont pas traitées avec ces insecticides « maudits » ! Difficile dans ce cas d’incriminer le Gaucho ou le Régent TS...

La cause de la diminution de la vitalité des colonies serait-elle donc à chercher ailleurs ? On pourrait par exemple imaginer que certaines maladies mal traitées pourraient jouer un rôle non négligeable. En effet, sans aller jusqu’à mentionner le cas de Nosema ceranae, dont la responsabilité a clairement été mise en évidence par des chercheurs espagnols, « l’acarien Varroa destructor est actuellement présent dans tous [sic] les ruchers français depuis 1982 », comme on peut le lire l’article de MM Bonmatin et Colin. Et venant de chercheurs proches de l’Union nationale de l’apiculture française, cette affirmation est plutôt un scoop ! D’autant plus que le traitement de cette maladie n’est pas une mince affaire... surtout si l’on se contente d’utiliser la gamme de traitements curatifs bio proposée par les auteurs. Mais n’est-ce pas précisément ce qui plaît aux lecteurs de L’Ecologiste ?

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