actualités 24 | 09 | 2008

L’Italie suspend les quatre principaux traitements de semences

Le 17 septembre 2008, le ministre de l’Agriculture italien, Luca Zaia, a sorti l’artillerie lourde. Tous les produits agricoles à base de clothianidine, de thiamethoxam, d’imidaclopride et de fipronil ont été suspendus, suite à des mortalités d’abeilles constatées dans plus de 170 communes des trois régions du nord de l’Italie (Lombardie, Piémont et Vénétie). Depuis plusieurs mois, les syndicats apicoles italiens étaient mobilisés, communiquant sur des mortalités qui auraient touché jusqu’à 40.000 ruches durant le printemps (période des semis du maïs), dans toute la région nord du pays. Pour preuve, l’Unione Nazionale Associazioni Apicoltori Italiani (Una-api) a remis aux autorités italiennes un rapport d’analyses portant sur une petite centaine d’échantillons, récupérés dans ces trois régions. Sur les 27 échantillons du Piémont, 24 contenaient des résidus d’une ou de plusieurs matières actives (imidaclopride, thiamethoxam, clothianidine). De même que 30 des 65 échantillons de Lombardie et que 15 des 24 de Vénétie. Les teneurs en résidus se situaient entre 0,79 ppb et 8,6 ppb, hormis deux cas de clothianidine à 20 ppb et un cas d’imidaclopride à 37,9 ppb. Suite à ces rapports, les trois régions du nord de l’Italie avaient clairement indiqué leur volonté d’interdire l’usage de ces matières actives dans plusieurs notes datées du 17 avril 2008, du 26 juin 2008 et du 28 juillet 2008, remises au gouvernement fédéral.

L’accusation semble donc très sérieuse. Sauf qu’il ne suffit pas de retrouver des traces d’une matière active sur quelques échantillons pour expliquer des mortalités. « A moins de 10 ppb, on n’observe pas d’effets délétères (survie, butinage, apprentissage) de l’imidaclopride », explique Axel Decourtye, auteur d’une thèse sur ce sujet et spécialiste des abeilles à l’Acta. De plus, le fait que 100% des échantillons ne sont pas contaminés indique qu’il y a certainement plusieurs causes à ces mortalités.

Toutefois, on sait depuis « l’affaire des 7 ruchers », qui a eu lieu dans la région Midi-Pyrénées en mars 2003, que mal enrobées, les semences peuvent dégager des poussières fatales aux abeilles. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en Allemagne au printemps dernier. « Les causes des mortalités des abeilles du Baden-Würtemberg ont clairement été identifiées. Il s’agit d’une combinaison de plusieurs facteurs : une qualité défectueuse du pelliculage dans l’enrobage des semences, conjuguée à un climat sec et venteux », reconnaît Utz Klages, porte-parole de Bayer CropScience. Ceci ne l’empêche pas de rester très confiant quant à l’avenir de cette technologie, surtout depuis que ces matières actives ont toutes été réautorisées pour le colza. « En Allemagne, dès que cet incident est apparu, tout le monde s’est assis autour d’une table pour trouver les causes et apporter des solutions », poursuit-il, étonné qu’en Italie, le décret de suspension ait été pris plus de six mois après les constatations des apiculteurs.

L’Allemagne pourrait d’ailleurs s’inspirer du décret du 11 février 2004 adopté par les autorités françaises pour imposer également un plan poussière, avec un taux maximal admissible. En effet, contrairement à la France, l’Italie et l’Allemagne n’ont établi jusqu’à ce jour ni norme, ni contrôle qualité poussière. Le pelliculage peut donc être effectué par tous les opérateurs, et les semences traitées, mises à disposition pour usage dans des semoirs pas nécessairement adaptés. Une situation un peu imprudente pour une famille de produits aussi sensible... politiquement !

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