actualités 25 | 01 | 2008

La croisade anti-pesticides de France 2

France 2 s’est visiblement lancé dans une croisade contre les pesticides ! Après plusieurs émissions sur ce thème (Complément d’Enquête, Les 100 qui font bouger la France et Vu du ciel), Envoyé Spécial s’est à son tour engagé, avec un reportage-choc sur le trafic de pesticides. Reportage qui s’est très rapidement égaré.

S’il est louable de s’en prendre à des pratiques agricoles condamnables, il aurait été en revanche plus correct de laisser d’abord la justice faire son travail avant de condamner d’office des personnes qui sont pour l’instant mises en examen, et de laisser entendre que ces pratiques concernent l’ensemble du monde agricole. Ainsi, à qui viendrait l’idée saugrenue d’interdire à tous les journalistes de France 2 de prendre l’avion au motif qu’un animateur-vedette de la chaîne publique, Jean-Luc Delarue, a causé des ennuis à des hôtesses de l’air ?
Comme le note la journaliste Véronique Blanc, auteure du reportage, 80.000 litres de simazine, un produit interdit en Europe, ont été vendu en Espagne l’an dernier, ce qui permet de traiter 40.000 ha. Pourquoi n’a-t-elle pas précisé que ces 40.000 ha représentent 0,0013 % de la surface agricole utile française ?

En réalité, l’objectif de l’émission n’est pas de condamner ces pratiques agricoles marginales. Le thème du trafic des pesticides a été choisi comme prétexte pour dénoncer, encore une fois, l’usage des produits phytosanitaires. Pourtant, dans son reportage, Véronique Blanc ne peut qu’admettre qu’aucun produit, hormis les pesticides, « n’a lutté aussi efficacement contre les fléaux qui ravageaient et ravagent encore les cultures ». Ce qui explique que les « agriculteurs ont du mal à se passer de ces produits », reconnaît-elle. Voilà qui aurait mérité quelques développements. Mais au lieu de s’attarder sur les difficultés de la lutte contre les «  ravageurs », la journaliste a préféré remarquer que si ces pesticides sont « efficaces », c’est qu’ils sont « risqués ». Un vrai scoop ! La suite est encore plus extraordinaire : comme on a interdit des produits utilisés dans le passé à cause de leur dangerosité, elle en conclut que tous les produits d’aujourd’hui seront retirés demain, quand on aura mis en évidence leur toxicité !

Pourtant, aurait-il été difficile d’expliquer aux téléspectateurs de la chaîne publique les éléments de base de l’évaluation risques/bénéfice, utilisés par les autorités pour définir quels produits doivent être retirés, maintenus ou autorisés ? N’aurait-il pas été possible de préciser que si personne ne conteste la toxicité des pesticides (qui est d’ailleurs clairement indiquée sur leur emballage), leur autorisation ne dépend pas du seul critère de toxicité ?

Non ! Adepte, semble-t-il, du risque zéro, Mme Blanc met dans le même panier produits interdits, produits autorisés, produits anciens et produits nouveaux. Ainsi, au sujet de poivrons espagnols dans lesquels on a détecté un pesticide interdit, elle demande : « A-t-on mangé sans le savoir des poivrons contenant de l’isophenphos-méthyl ? Si oui, en quelle quantité et depuis combien de temps ? » Occasion de faire habilement dérailler le reportage avec la réponse suivante : « On ne le saura jamais… pas plus que le réel impact des pesticides sur la santé des consommateurs de fruits et légumes car, pour l’instant, aucune étude n’est capable d’établir des liens directs entre maladies et pesticides ». Si aucune étude n’a établi de lien, en revanche, un agriculteur atteint de la maladie de Parkinson – qu’il attribue à l’usage des pesticides – vient témoigner du contraire dans l’émission ! La conclusion de la journaliste est sans appel : « En dépit des fraudes, combien d’années encore pour s’apercevoir en fait que les produits autorisés à ce jour feraient mieux, eux aussi, d’être interdits ? »

Mais alors, en suivant son raisonnement, les partisans de l’agriculture biologique n’auraient jamais dû demander une dérogation pour continuer à utiliser la roténone, dont le processus d’homologation européen a été abandonné en novembre 2007. Ce produit, utilisé pour les cultures bio, est effectivement toxique pour les organismes aquatiques. Il a des effets avérés sur la fécondité et le développement embryonnaire des rats, et son administration intraveineuse à faibles doses induit les symptômes… de la maladie de Parkinson !

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