La récession frappe fort les producteurs de lait bio outre-Atlantique

actualités 22 | 06 | 2009

La récession frappe fort les producteurs de lait bio outre-Atlantique

Outre-Atlantique, les producteurs bio n’échappent pas à la récession, indique Jean-Christophe Debar, rédacteur d’Agri US, une newsletter spécialisée dans l’actualité agricole américaine. « Depuis le déclenchement de la crise, beaucoup de consommateurs se détournent du rayon bio, jugé trop cher », analyse l’expert, qui note toutefois qu’en 2008, les ventes de produits bio avaient progressé (+16%). Cette hausse est cependant inférieure à la croissance observée les deux années précédentes (+18 % en 2007 et + 21 % en 2006). Selon les chiffres rendus publics le 6 mai 2009 par l’Organic Trade Association, les ménages ont en effet acheté pour 22,9 millions de dollars de produits alimentaires bio en 2008, contre 19,8 Md $ en 2007. « Deux-tiers des ventes d’aliments bio consistent en fruits et légumes (37 % du total en 2008), en produits laitiers (16 %) et en autres boissons (14 %). Les produits céréaliers représentent 12 % du marché, devant les snacks (5 %), les sauces et les condiments (2 %) et les viandes et les poissons (2 %) », précise Agri US.

Mais c’est surtout depuis le début de l’année 2009 que la situation a empiré. « Plusieurs signes indiquent un net ralentissement, voire une baisse des achats des ménages, pour cause de prix trop élevés », poursuit la newsletter. Un article paru dans le New York Times le 29 mai dernier confirme les propos du spécialiste : « En Nouvelle-Angleterre, où les exploitations laitières font partie des paysages au même titre que les églises blanchies à la chaux et les plages rocheuses, ce sont les fermiers bio qui endurent le plus le fardeau du ralentissement économique national. Dans le Maine, HP Hood, l’une des marques les plus importantes dans le domaine des produits laitiers, a fait savoir qu’il ne renouvellera pas ses contrats auprès de 10 des 65 producteurs laitiers bio de cet Etat. Au Vermont, 32 exploitations laitières ont fermé depuis le 1er décembre, modifiant ainsi considérablement la physionomie de l’industrie laitière de la Nouvelle-Angleterre. » Pour sa part, Roger Allbee, le Secrétaire à l’Agriculture du Vermont, s’attend à « perdre un plus grand nombre de fermiers cette année ».

Pour les trois principaux acteurs de la filière du lait bio, Hood, Horizon Organic et Organic, la réduction des commandes s’explique par la nécessité d’absorber la surproduction, conséquence de la baisse de la demande. En avril 2009, Organic Valley, une coopérative nationale spécialisée dans l’alimentation bio, avait avisé les producteurs laitiers bio du Maine que la croissance de ses ventes était tombée à près de zéro, alors que les ventes avaient connu une hausse de 20% six mois auparavant. « Nos stocks sont sur-excédentaires », a déclaré John B. Cleary, le coordinateur de la coopérative pour la région de Nouvelle-Angleterre.

Ce retournement de situation est désastreux pour nombre de producteurs de lait bio. « Nous sommes mis dans une grave difficulté », déplore pour le NYT Craig Russell, un producteur de lait bio à Brookfield (Vermont). Ce dernier a contracté une dette de 500.000 dollars en 2006, essentiellement pour obtenir la conversion de sa ferme en mode biologique. Au début, tout était parfait, se rappelle le producteur, « j’ai eu plus d’argent en six mois que pendant cinq ans de culture conventionnelle ». Mais depuis la crise, le prix qu’il touche auprès des distributeurs ne cesse de baisser. « Produire du lait me coûtera plus que son prix de vente », constate Craig Russell. Alors que les fermiers conventionnels sont plus habitués à résister à une certaine volatilité des prix, « le bio n’arrive pas à surmonter une telle tempête », note Roger Allbee. A partir d’une certaine taille, le marché du bio devient très aléatoire car les consommateurs ne garantissent plus une vente constante. Pour des raisons de trésorerie immédiate, certains producteurs envisagent de vendre leur lait bio sur le marché conventionnel, tandis que d’autres cherchent à vendre du lait cru ou non-pasteurisé directement au public. Une initiative fortement encouragée par la Chambre des Représentants du Vermont, qui a voté une loi ce mois-ci pour accroître la quantité du lait cru qu’un fermier peut vendre par cette voie directe. C’est ce que compte faire Aaron Bell, un producteur de lait bio du Maine, dont le contrat avec Hood ne sera pas renouvelé. En 2006, M. Bell promouvait les petites fermes familiales converties au bio. S’il croit toujours en cette filière, il doute maintenant du modèle basé sur les petites exploitations. « On nous a garanti le paradis. Or, ce sont les petits fermiers qui hurlent le plus fort en ce moment », explique-t-il. Bruce Drinkman, propriétaire d’un troupeau de 60 vaches à Glenwwood City (Wisconsin), a ainsi vu ses revenus chuter de 40% depuis le début du mois de janvier. Pour maintenir son activité, il a dû puiser dans son fonds de retraite et abandonner son assurance-santé...

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