La science du climat n'est pas encore au point - Chronique du PR Richard S. Lindzen

actualités 14 | 12 | 2009

La science du climat n’est pas encore au point - Chronique du PR Richard S. Lindzen

Existe-t-il une raison d’être alarmé par la perspective du réchauffement climatique ? Rappelons tout d’abord que la mesure utilisée – l’Anomalie de la température moyenne mondiale – est constamment en changement : parfois elle monte, parfois elle descend, et de temps à autre, comme depuis les dix dernières années, elle évolue si peu que l’on ne peut la distinguer.

Prétendre que le changement climatique s’accélère est donc curieux. En revanche, il est établi que l’Anomalie de la température moyenne mondiale a augmenté d’environ 0,8 degré Celsius depuis le milieu du 19e siècle. Cependant, de par la qualité médiocre des données, mais aussi parce que les changements sont faibles, il est facile de décaler ce genre de données de quelques dixièmes de degré dans un sens ou dans un autre. Plusieurs des courriels de l’unité de recherche en climatologie de l’université d’East-Anglia, qui ont suscité un véritable tollé, traitent de la façon de le faire afin de maximiser des changements manifestes.

Le soutien partagé d’un réchauffement n’a pas tant son origine dans la qualité des données, mais plutôt dans le fait que du 15e au 19e siècle, nous avons traversé un petit âge glaciaire. Il n’est donc pas surprenant que depuis cette période, les températures augmentent. Or, la sortie de ce petit âge glaciaire coïncide avec le début de l’ère industrielle, qui a entraîné des émissions croissantes de gaz à effet de serre, dont le CO2, le méthane et l’oxyde d’azote. Le CO2 est le plus important d’entre eux et il est généralement admis qu’il a augmenté d’environ 30 % pendant cette période.

Un gaz à effet de serre est défini par le fait qu’il est relativement transparent à la lumière du soleil, mais capable d’absorber en partie le rayonnement thermique. En général, la Terre équilibre le rayonnement solaire entrant par l’émission de rayonnement thermique. La présence de substances à effet de serre limite le rafraîchissement par rayonnement thermique et amène donc à un certain réchauffement.

Ceci dit, les principales substances à effet de serre existantes dans l’atmosphère de la Terre sont la vapeur d’eau et les nuages de haute altitude. Qualifions-les de substances majeures à effet de serre afin de les distinguer des substances mineures anthropogéniques. Même un doublement de CO2 ne bouleverserait l’équilibre d’origine entre le rayonnement entrant et sortant que de seulement 2 % environ. C’est ce que l’on appelle le « forçage climatique ».

Les découvertes mentionnées ci-dessus sont admises par la plupart du monde scientifique. A ce stade, il n’y a aucun fondement pour s’alarmer, indépendamment de ce qu’on peut penser d’une éventuelle relation entre l’observation d’un réchauffement climatique et l’augmentation de gaz mineurs à effet de serre. Néanmoins, les affirmations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU qui attirent le plus l’attention du public concernent précisément notre capacité à identifier une telle relation. Or, depuis vingt ans, toutes les tentatives de lier les deux ont échoué, ce qui affaiblit tout discours préoccupant sur la question.

Le Rapport d’évaluation du GIEC représente un document d’environ 1000 pages. Son Résumé à l’intention des décideurs est de 20 pages. Bien entendu, il est impossible de résumer avec exactitude les mille pages de l’évaluation en seulement vingt pages, qui, au grand minimum, écartent toutes nuances et mises en garde. Or, selon ma propre expérience, même le résumé n’est presque jamais lu. L’ensemble du rapport tend à être caractérisé par une simple affirmation emblématique.

Il y a deux ans, suite au dernier Rapport d’évaluation du GIEC, la principale déclaration rendue publique consistait à affirmer que la majeure partie du réchauffement depuis 1957 (un moment de froid anormal) était probablement causée par l’homme. Cette affirmation reposait essentiellement sur le fait que les modèles alors utilisés par le GIEC n’arrivaient pas à reproduire le réchauffement entre 1978 et 1998 sans un « forçage », et que le seul forçage auquel ils pouvaient penser était celui provoqué par l’homme. Ce qui suppose que ces modèles traitent de manière adéquate la variabilité interne naturelle du climat, c’est-à-dire notamment les cycles qui se produisent naturellement tels que El Niño, l’oscillation décennale du Pacifique, l’oscillation atlantique multidécennale, etc.

Pourtant, des articles émanant des plus grands centres de modélisation ont dû reconnaître que si ces modèles n’ont pas été capables de prévoir l’absence du réchauffement durant les dix dernières années, c’était précisément en raison de leur incapacité à prendre en compte la variabilité interne naturelle. Ainsi, même les fondements du faible argument du GIEC en faveur du changement climatique anthropogénique se sont révélés être erronés.

Bien sûr, aucun des articles publiés n’ont mis ce point en avant. En revanche, l’accent a été mis sur le fait que, selon des modèles modifiés pour représenter la variabilité interne naturelle, le réchauffement reprendrait respectivement en 2009, 2013 et 2030.

Ajoutons que même si la déclaration emblématique du GIEC était correcte, cela ne constituerait toujours pas un motif d’inquiétude. Après tout, nous parlons encore de dixièmes de degré pour plus de 75 % du forçage climatique associés à un doublement de CO2. Ce qui peut potentiellement (et seulement potentiellement) nous alarmer, c’est la question de la sensibilité climatique, c’est-à-dire le changement qu’un doublement de CO2 produira dans l’Anomalie de la température moyenne mondiale. Il est généralement admis que toute chose étant égale par ailleurs, un doublement de CO2 produira seulement un changement d’environ un degré Celsius. Il est peu probable que cela puisse susciter davantage d’inquiétude.

Pourtant, les modèles climatiques actuels prévoient des sensibilités beaucoup plus élevées. Pourquoi ? Parce que dans ces modèles, les principales substances à effet de serre (vapeur d’eau et nuages) amplifient tout ce que fait le CO2. On parle de « rétroaction positive ». Mais comme l’admet le GIEC, les nuages continuent à être une source d’incertitude majeure dans les modèles actuels. Etant donné que les nuages et la vapeur d’eau sont intimement liés, on a du mal à comprendre comment le GIEC peut être aussi affirmatif au sujet de la vapeur d’eau.

Il existe quelques preuves d’une rétroaction positive de la vapeur d’eau dans des régions sans nuages. Mais le fait que celles-ci sont toujours en train de changer jouerait un rôle important sur la rétroaction de vapeur d’eau, et cela reste une inconnue. A ce stade, peu de scientifiques soutiendraient que la science est au point. En particulier, il reste à savoir si la vapeur d’eau et les nuages ont des rétroactions positives ou négatives.

L’idée selon laquelle le climat de la Terre serait dominé par des rétroactions positives est intuitivement peu plausible, et l’histoire du climat de la Terre offre quelques pistes sur cette question. Il y a environ 2,5 milliards d’années, le Soleil était entre 20 et 30 % moins brillant que maintenant (comparez cela avec les 2 % de perturbation que produirait un doublement de CO2), et pourtant il est prouvé qu’à l’époque les océans étaient dégelés, et que les températures pourraient ne pas avoir été très différentes de celles d’aujourd’hui. Dans les années 1970, [l’astronome américain] Carl Sagan qualifiait ce phénomène de « paradoxe du jeune Soleil faible ».

Durant plus de trente ans, il y a eu des tentatives pour résoudre ce paradoxe par le biais des gaz à effet de serre. Certains ont suggéré que c’était dû au CO2, – mais la quantité nécessaire était des milliers de fois plus grande que les niveaux actuels et incompatible avec les témoignages géologiques. Le méthane s’est aussi révélé être improbable. En revanche, il s’avère que l’augmentation de la mince couverture nuageuse de cirrus sous les tropiques résout aisément le paradoxe – mais seulement si les nuages constituent une rétroaction négative. En termes actuels, cela signifie qu’ils diminueraient plutôt qu’accroîtraient l’impact du CO2.

Il y a pas mal d’articles dans la littérature scientifique qui indiquent aussi l’absence de rétroactions positives. La faible sensibilité implicite est entièrement compatible avec le petit réchauffement qui a été observé. Alors, comment les modèles à forte sensibilité réussissent-ils à simuler la petite réponse actuelle à un forçage qui est presque aussi important qu’un doublement de CO2 ? Dans un article de 2007 du National Center for Atmospheric Research, le Dr. Jeff Kiehl note que pour coller aux données, les modèles utilisent autant que nécessaire une autre quantité – caractérisée par le GIEC comme mal appréhendée, à savoir des aérosols –, afin d’annuler arbitrairement le réchauffement de serre. Chaque modèle choisit un degré différent d’annulation selon la sensibilité du modèle concerné.

Quel rapport y a-t-il entre tout cela et la catastrophe climatique ? La réponse nous emmène à un scandale, à mon avis, considérablement plus grand que celui représenté par les courriels subtilisés de l’unité de recherche climatique (quoique peut-être pas aussi malfaisant que la destruction de leurs données brutes) : en l’occurrence suggérer que l’existence même du réchauffement ou de l’effet de serre est équivalente à une catastrophe. C’est la plus choquante des « tromperies sur la marchandise ». C’est cette escroquerie, à elle seule, qui apporte de la crédibilité aux machinations dans les courriels imaginées pour décaler les températures de quelques dixièmes de degré.

L’idée selon laquelle les « catastrophes » climatiques complexes se résument à une réaction d’un seul nombre, l’Anomalie de la température moyenne mondiale, et à un seul forçage, le CO2 (ou le forçage solaire à cet égard), représente un retour en arrière gigantesque dans la science du climat. De nombreux désastres que l’on associe au réchauffement sont simplement des événements normaux dont l’existence est à tort présentée comme la preuve d’un réchauffement. Et tous ces exemples mettent en jeu des phénomènes qui dépendent de la convergence de nombreux facteurs.

De la même façon, nos perceptions de la nature restent à la traîne des siècles en arrière, de sorte que les événements occasionnels normaux d’eau libre en été au Pôle Nord, les sécheresses, les inondations, les ouragans, les variations du niveau de la mer, etc., sont tous pris comme des augures présageant notre perte, en raison de nos attitudes immorales (telles qu’incarnées par notre empreinte carbone). Tous ces phénomènes dépendent, eux aussi, de la convergence de facteurs multiples.

Considérez l’exemple suivant. Supposons que je laisse une boîte sur le sol et que mon épouse trébuche dessus, renversant mon fils qui porte une boîte à œufs, lesquels tombent alors et se cassent. Notre approche actuelle concernant les émissions serait analogue à la décision d’interdire la pose de toute boîte sur le sol comme la meilleure façon d’empêcher les œufs de se casser. La grande différence est que, dans le cas du CO2 atmosphérique et de la catastrophe climatique, la chaîne de déductions est plus longue et moins plausible que dans mon exemple.

Richard Lindzen est professeur de météorologie au Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Cette chronique été également publiée dans le Wall Street Journal.

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