Le bio est-il devenu un luxe inabordable ?

actualités 30 | 04 | 2009

Le bio est-il devenu un luxe inabordable ?

Comme le révèle The Telegraph du 28 avril, au Royaume-Uni, la vente des produits bio a chuté dans certains cas de près d’un tiers par rapport à l’an passé. Le quotidien britannique rapporte les résultats d’une étude portant sur les habitudes d’achat de 28.000 ménages britanniques, réalisée par l’institut de recherche en marketing TNS Worldpanel. Jusqu’à 31% de baisse ont été observés pour le pain, 16,5% pour les fruits et 10% pour les légumes bio. Après des années de forte croissance, les producteurs bio ont vu leur part tomber de 1,4 à 1,3% dans un marché de fruits et légumes d’une valeur annuelle de 120 milliards de livres, poursuit l’étude. Ces constatations sont conformes à celles établies par la Soil Association, qui certifie l’essentiel des produits bio vendus en Grande Bretagne. Au début du mois d’avril, l’association avait admis que les ventes de l’année 2008 s’étaient terminées sur une hausse de seulement 1,7%, après une chute durant le deuxième semestre. Conséquence : chaque semaine, au moins deux fermiers quittent le secteur bio pour reprendre le mode de production conventionnel à cause de la baisse continue de la demande des produits biologiques.

L’étude du TNS Worldpanel insiste sur le fait qu’avec la récession économique, les consommateurs choisissent davantage leurs produits en fonction des prix. Or, d’après Ed Garner, le directeur de la communication de TNS Worldpanel, cité dans le magazine The Grocer, « de nombreux aliments bio sont perçus comme étant trop chers ». Plusieurs supermarchés ont en effet confirmé le déclin de leurs ventes de produits bio pendant la période du ralentissement économique.

Toutefois, la Soil Association, leader du secteur bio au Royaume-Uni, estime que tous les supermarchés ne sont pas touchés par cette chute. « Il s’agit d’un portrait mixte et non pas d’une question liée aux supermarchés puisque les consommateurs découvrent qu’ils peuvent acheter des produits bio auprès des fournisseurs locaux et pas seulement dans les grands magasins », se défend la porte-parole de l’association, qui pense que ce déclin est également lié à l’augmentation du nombre de magasins indépendants qui livrent à domicile des paniers d’aliments bio fournis par les producteurs locaux.

Rachel’s Organic abandonne une partie de son nom

Quoi qu’il en soit, le principal fabricant britannique de produits laitiers bio, connu sous le nom de Rachel’s Organic, a décidé d’abandonner la partie « Organic » de son appellation. De nouveaux emballages, plus simples, sont en préparation pour protéger pots de yaourt et autres produits à base de lait bio. Selon Steve Clark, le directeur du marketing de Rachel’s, cette modification résulte d’une étude qui montre que les consommateurs préfèrent des noms plus courts. « A la lumière de la recherche que nous avons effectuée sur la hiérarchie des marques, le logo présentera simplement le nom de Rachel’s dans le style de sa signature actuelle. Le mot « organic » sera déployé de manière « prédominante » derrière les emballages avec une description importante et claire de nos produits laitiers et de leurs ingrédients », a-t-il déclaré dans The Grocer.

Ce n’est pas ce que pense Adam Leyton, l’éditeur du magazine. « Je pense que ce qui est derrière leur tête, c’est l’association entre le mot « bio » et produit cher », écrit-il. « Le mot bio est devenu quelque peu déprécié. Personne ne sait réellement ce qu’il veut dire, mais les gens pensent qu’il est exactement le même produit, mais plus cher », poursuit Adam Leyton. « Chez Rachel’s, ils disent : « Ne nous achetez pas simplement parce que nous sommes bio, mais parce que nos produits sont formidables » », estime l’éditeur, qui confirme que le secteur bio traverse un « moment difficile ». Comparativement, les produits équitables font mieux face à la crise économique, grâce à un positionnement plus clair, qui revient à : ”achetez nos produits pour aider les agriculteurs du tiers-monde”. Or, les raisons d’acheter bio ont été multiples et mal définies, poursuit Adam Leyton. Les consommateurs peuvent les acheter pour des raisons éthiques, pour des raisons de santé ou pour des raisons de goût. Il avertit : « En devenant le produit-phare de tous les commerces, le bio est en danger de devenir le maître d’aucun ».

agriculture biologique

Articles analogues