Le collège des experts de l'Union européenne serait incompétent, estime Chantal Jouanno

actualités 08 | 03 | 2010

Le collège des experts de l’Union européenne serait incompétent, estime Chantal Jouanno

Les propos tenus le 5 mars 2010 au quotidien Le Parisien par la secrétaire d’Etat à l’Environnement, Chantal Jouanno, concernant l’expertise de l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (Efsa), sont très inquiétants. La « porte-parole » de Nicolas Sarkozy a en effet déclaré « ne pas reconnaître leurs expertises, car nous estimons que leurs avis sont partiels ». Reprenant, pour le compte du gouvernement, les accusations les plus extrêmes du lobby anti-OGM, la secrétaire d’Etat a affirmé que « les experts ne s’intéressent aux OGM que par le petit bout de la lorgnette. Leur expertise est insuffisante et ils devraient revoir de fond en comble leur manière de travailler ».

Ce n’est pas la première fois que l’agence européenne est ainsi dénigrée. Déjà dans un article daté du 30 juin 2009 et intitulé « Génétiquement pro-OGM », Le Monde avait mis en cause l’indépendance de l’agence au motif qu’elle ne rendrait « que des avis positifs sur les OGM ». A l’époque, la directrice française de l’Efsa, Catherine Geslain-Lanéelle, avait très vivement réagi, adressant au quotidien un courrier rappelant que « la qualité scientifique et l’indépendance de l’Efsa ne sauraient être mesurées à une simple arithmétique fondée sur le nombre d’avis positifs ou négatifs rendus. Cette approche, fortement réductrice, est peu en accord avec le contenu réel des avis. Sur la base des connaissances de la recherche scientifique mondiale, des données de consommations alimentaires de la population européenne et grâce aux méthodologies d’évaluation reconnues au plan mondial, l’Efsa décrit les risques potentiels liés à l’utilisation d’un produit ou d’une technologie afin d’éclairer le décideur public ».

Catherine Geslain-Lanéelle avait également souligné qu’« en créant l’Efsa, l’Europe s’est dotée d’une capacité scientifique d’évaluation des risques alimentaires exceptionnelle et enviée dans le monde. Grâce à nos 400 employés, aux 1200 experts scientifiques venant de toute l’Europe, aux 27 agences nationales et aux 370 organisations scientifiques qui coopèrent avec nous, nous sommes fiers à l’Efsa de contribuer quotidiennement dans la plus grande transparence à la protection de la santé des consommateurs et de l’environnement ». Ainsi, depuis sa création en 2002, l’Efsa a rendu « plus de 1500 avis scientifiques qui ont ensuite été utilisés par la Commission et les Etats membres pour protéger les consommateurs ». Ces avis sont le fruit d’une expertise collective avec la participation de nombreux experts provenant de disciplines différentes.

Les propos de Mme Jouanno sur la prétendue incompétence de l’expertise européenne sont donc très graves, car ils ne mettent pas en cause un expert particulier, dont une éventuelle proximité avec l’industrie aurait conduit à une évaluation complaisante, mais bien l’ensemble du dispositif de l’expertise européenne. Si ce collège d’experts internationaux, dont la France a participé à la mise en place, n’est pas qualifié, comme le suppose les accusations de la secrétaire d’Etat, comment peut-on faire confiance aux 1500 avis scientifiques rendus par l’agence, concernant notamment des domaines aussi variés que les additifs, les emballages, les contaminants, les allégations santé et les risques microbiologiques ? La question dépasse donc le simple cas des OGM, et implique que l’Union européenne – et donc la France – n’assurerait pas la qualité sanitaire des aliments disponibles au sein de l’Europe ; une accusation lourde de conséquences.

ogm biotechnologie

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