actualités 19 | 09 | 2006

Le DDT réhabilité

Dans son numéro de juillet-août 2005, Agriculture & Environnement s’était entretenu avec le docteur Esidor Ntsoenzok, président de la Ligue contre le paludisme.

Face aux conséquences terribles du paludisme, le docteur Ntsoenzok avait lancé un appel afin d’obtenir « la possibilité d’une utilisation à très faible dose du DDT, par exemple pour traiter les murs intérieurs des habitations ». Son appel a enfin été entendu. Dans un communiqué de presse daté du 15 septembre dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que le DDT allait de nouveau jouer un rôle important dans le combat contre la maladie : « L’OMS recommande désormais la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent (DDT) à l’intérieur des habitations, non seulement dans les zones d’épidémie palustre mais aussi dans celles où la transmission de la maladie est constamment élevée, notamment dans toute l’Afrique », explique le communiqué.

Il aura donc fallu attendre près de trente ans pour recouvrer enfin la raison. Trente ans pour admettre que « les données scientifiques et programmatiques justifient sans conteste cette réévaluation », comme l’a déclaré le Dr Anarfi Asamoa-Baah, sous-directeur général de l’OMS chargé du VIH/SIDA, de la tuberculose et du paludisme. Et trente ans pour que l’OMS puisse enfin affirmer que « le DDT ne présente pas de risque pour la santé s’il est correctement utilisé ».

Or, faut-il le rappeler, on recense encore chaque année plus de 500 millions de cas de paludisme aigu, dont plus d’un million sont mortels. Au moins 86 % de ces décès ont lieu en Afrique subsaharienne, avec 3000 enfants et nourrissons qui meurent chaque jour du paludisme dans le monde. Toujours selon l’OMS, de nombreux tests et travaux de recherche ont clairement montré que la pulvérisation de DDT à l’intérieur des habitations dans le cadre de programmes bien gérés n’est dangereuse ni pour l’homme ni pour la faune et la flore. « Nous devons fonder notre position sur la science et les données objectives », a expliqué le Dr Arata Kochi, directeur du Programme mondial de lutte antipaludique à l’OMS. « L’une des meilleures armes que nous ayons contre le paludisme est la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent dans les habitations. Sur la douzaine d’insecticides que l’OMS juge sans danger pour cet usage, le plus efficace est le DDT. »

« Pulvériser des insecticides dans les habitations, c’est comme tendre une énorme moustiquaire au-dessus d’une maison pour la protéger 24 heures sur 24 », a expliqué pour sa part le sénateur américain Tom Coburn, l’un des principaux avocats de la lutte antipaludique dans le monde. « Grâce à la position claire de l’OMS sur la question, nous pouvons enfin couper court aux mythes et prétendues données scientifiques qui n’ont fait qu’aider les vrais ennemis, les moustiques, qui mettent en danger la vie de plus de 300 millions d’enfants chaque année », a-t-il ajouté.

De son côté, l’amiral R. Timothy Ziemer, qui coordonne l’initiative du Président Bush contre le paludisme, estime « que les 15 programmes de pays au profit desquels le Président Bush s’est engagé à verser 1,2 milliard de dollars pour réduire de moitié les décès par paludisme feront une large place à la pulvérisation d’insecticide rémanent dans les maisons, et principalement de DDT ».

Tout comme au sein des pouvoirs publics, le discours semble avoir bien évolué chez certaines associations environnementalistes anglo-saxonnes, qui paraissent avoir retrouvé leur bon sens. Ainsi, l’Environmental Defense Fund, qui avait lancé la campagne contre le DDT dans les années 60, approuve maintenant son usage à l’intérieur des habitations contre le paludisme, de même que le Sierra Club et l’Endangered Wildlife Trust.

Comme le mentionne l’OMS, « les données de programme montrent qu’effectuée correctement et en temps voulu, la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent dans les habitations réduit la transmission du paludisme dans une proportion pouvant atteindre 90 %. L’Inde est parvenue autrefois à diminuer considérablement la morbidité et la mortalité palustres en pulvérisant du DDT dans les habitations. L’Afrique du Sud a réinstauré la pulvérisation de DDT pour maintenir la morbidité et la mortalité aux taux les plus bas jamais enregistrés et progresser vers l’élimination de la maladie. Aujourd’hui, 14 pays d’Afrique subsaharienne pratiquent la pulvérisation d’insecticide à effet rémanent dans les habitations, et 10 d’entre eux utilisent du DDT. »

Défendant l’innocuité de l’usage des pulvérisations d’insecticide en intérieur dans la mesure où les recommandations sont bien suivies, le docteur Kochi lance un appel aux défenseurs de l’environnement : «  Aidez à sauver les bébés africains, comme vous aidez à sauver l’environnement ! » Espérons que les associations environnementalistes françaises sauront répondre positivement à cet appel.

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